Situation des enfants de la rue : l’Exposition «KOUNGO FITINI» un intermédiaire d’expression pour ces enfants avec la population
Ce lundi 12 décembre 2022, a eu lieu au Musée du district de Bamako, une rencontre autour et avec les enfants de la rue sur les conditions vitales de leur inclusion dans la société. Dans le cadre de la biennale de la photographie de Bamako, l’exposition «KOUNGO FITINI» de Arnold Grojean, artiste plasticien est à l’honneur pour sensibiliser sur ce phénomène. Ce projet est soutenu par l'Union européenne, le CISP, le SAMU Social Mali.
Y étaient présents à cette rencontre, la Représentante de la Délégation de l'Union européenne, Mme Marion COSQUER, la Représentante Pays du CISP au Mali, Mme Eveline CHEVALIER, le Directeur du SAMU Social Mali, M. Alou COULIBALY, le Représentant de la Mairie du District, M. ALPHAGALO, la Représentante du Ministère de la promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, ainsi que les acteurs impliqués dans le domaine.
En effet, l’œuvre «KOUNGO FITINI» (problèmes mineurs) a été réalisée dans le district de Bamako, capitale du Mali, entre 2013 et 2015, au cours de 3 voyages de plusieurs mois chacun de Arnold Grojean. Celle-ci a pour thématique « la vie des enfants des rues de Bamako », phénomène croissant en Afrique de l’Ouest. Le projet se présente sous forme de 10 livrets : 8 livrets contenant les images et textes des enfants, 1 livret contenant les images de l’auteur et 1 lexique présent pour contextualiser la culture malienne et donner des définitions à différents termes présents dans les commentaires des enfants.
C’est une réalité : les enfants des rues sont davantage à risque que les autres enfants, notamment le risque d'exploitation (travail forcé, exploitation sexuelle...), mais aussi de vulnérabilité face aux dangers de la ville : conditions météorologiques, maladies liées à l'eau, la nourriture ou la pollution, dangers de la circulation, agressions, etc.
Dans son allocution, Arnold Grojean, l’auteur du projet «KOUNGO FITINI», a affirmé que « l’œuvre KOUNGO FINI est le résultat de plusieurs mains et plusieurs regards, dont celui des enfants des rues... Pour moi, avoir fait cette thématique sur les enfants de la rue, avec les enfants de la rue, a été une expérience initiatique, d’une part, et d’inclusion dans ce milieu et de comprendre le fait de faire face à toute cette force que les enfants ont... J’invite la population à venir voir les livrets que les enfants ont réalisés avec leurs commentaires, leurs photos, leurs descriptions de la rue et la description de ce qu’ils y vivent. Les enfants ont fait leur part, ils ont fait le projet KOUNGO FITINI, maintenant, c’est à la population de venir voir ».
Ainsi, cette exposition donne l’opportunité aux organisateurs de suivre la campagne de sensibilisation des pouvoirs publics, de la population et des acteurs sur le phénomène des enfants en situation de rue. Selon M.Alou COULIBALY, Directeur du SAMU Social Mali, « dans la ville de Bamako, nous avons de milliers d’enfants qui sont en rupture sociale, et familiale, qui sont abandonnés à eux-mêmes et, qui vivent principalement dans la rue. Malheureusement, dans ce milieu, ces enfants sont exposés à toutes sortes de vulnérabilité, de risque, des maladies chroniques (tuberculose, VIH/Sida), des violences. Notre mission, c’est comment venir en aide à ces enfants, pour leur apporter une aide d’urgence sur le plan médical et psychosocial, et par la suite pour les accompagner dans un processus de réintégration familiale, de formation d’insertion professionnelle».
A cela, Mme Eveline CHEVALIER, Représentante du CISP au Mali, une ONG Italienne, a ajouté que : «Sortir des enfants de l’invisibilité, de faire connaître leur quotidien de violences aussi bien comme victimes qu’acteurs de la violence par défaut, c’est important. Beaucoup de Maliens passent devant ces enfants, on voit que ce sont des enfants, mais on ne les associe pas à des enfants qui sont en grande précarité. On leur donne quand on y pense 100 F CFA, on les associe à des actes de violence, délinquance, de prostitution, alors qu’ils ne sont pas que ça. S’ils sont là, c’est parce qu’ils n’ont pas le choix non plus.»
Quant à Mme Marion COSQUER, Représentante de la Délégation de l'Union européenne au M
ali, elle a rappelé l’importance de mettre en lumière cette problématique des enfants de la rue et l’implication de l’U.E dans ce domaine. « L’exposition est très poignante. Malgré la dureté du texte et des images, c’est très important de viabiliser l’invisible... Les enfants en situation de rue, requièrent des services spécialisés, et des opportunités qui correspondent à leurs besoins bien spécifiques et aux défis de leur quotidien. La création d’un environnement sûr pour les enfants de la rue afin d’assurer leur inclusion sociale est indispensable puisque pour toute société, le prix à payer pour avoir négligé les droits des enfants est considérable... Depuis plusieurs années, l'Union européenne s’engage auprès de la société civile malienne et de sa population pour protéger les enfants en situation de rue et les enfants victimes d’exploitation.»
Au cours des échanges, il ressort que les enfants sont victimes de notre système éducatif, notre manque d’attention, notre manque de surveillance. Le premier appel, a été adressé aux parents, pour qu’ils soient plus en communication avec les enfants afin de comprendre leurs besoins, et de leur apporter toute l’attention dont ils ont besoin pour s’épanouir dans un milieu propice, qu’est la famille. Après les parents, c’est aux autorités de faire en sorte de soutenir les acteurs du domaine pour pouvoir fournir des services dont les enfants ont besoin.
Pour finir, un sketch autour de la problématique et une lecture de texte en hommage à feu Boss, un enfant de la rue, ont été présentés. Sans oublier la communication de Mme Kadiatou BAH, sur « les conditions incontournables de l’inclusion des enfants dans la société ».
AFANOU KADIA DOUMBIA/Malijet.com