mercredi 22 avril 2026
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Journalisme et Conflits : les médias face aux défis d’impartialité.

Par Malijet 1,309 vues
Journalisme et Conflits : les médias face aux défis d’impartialité.

Les médias sont de “grands fabricants de héros et ou de méchants”. Certains sont attachés à des hommes politiques qui les financent et certains journalistes se considèrent comme « des journalistes de combat ». Ils incitent à la xénophobie, à la révolte, au tribalisme, à la haine. Dans un pays en conflit comme le nôtre, la notion d’impartialité des médias est mise à rude épreuve.

Trop souvent, les guerres se perpétuent naturellement. Un conflit en suscite un autre, entraînant inévitablement dans son sillage la mort, la pauvreté et la destruction. Des médias indépendants et pluralistes peuvent contribuer de façon significative de rompre ce cercle vicieux en permettant au dialogue de remplacer le conflit armé et en fournissant un espace indispensable où s’expriment des points de vue différents et où des informations de sources différentes s’offrent à l’examen de l’opinion.

En effet, c'est l’information fiable qui a donné au journalisme une place privilégiée dans les Constitutions et les Lois de beaucoup de pays. Grâce aux médias, les gens peuvent exercer leur droit à la liberté d’expression qui est garantie par l'Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'homme. Là où la liberté d’expression et le journalisme fiable coexistent, les citoyens peuvent prendre des décisions bien informées et dans leur meilleur intérêt. C'est un élément essentiel de la démocratie.

Ainsi, le journaliste doit toujours communiquer avec auditeurs et lecteurs ou téléspectateurs les faits et non sa propre opinion : ce qui s’est réellement passé et non ce que le journaliste pense.

La rigueur professionnelle lui commande de surmonter ses propres préjugés, de s’en distancier afin de présenter l’information en toute objectivité. La rigueur et le professionnalisme exigent aussi du journaliste de maîtriser tout sentiment identitaire et d’appartenance ethnique ou confessionnelle au nom de l’objectivité de l’information.

Faut-il avoir un minimum de bien-être pour être vertueux ?

Il faut dire qu’il est très difficile de faire vivre un journalisme indépendant.

Les médias, en particulier les médias privés, vivent dans la précarité. On constate un manque de moyens matériels, pénurie de personnel formé et expérimenté, assujettissement à une réalité locale encore marquée par l’autoritarisme. En somme, une carence en ressources matérielles qui rend pénible l’exercice du métier et met en péril la viabilité des organes de presse.

Aussi l’absence de respect des textes et des conventions collectives, quand ils existent, la nécessité de leur réactualisation dans certains cas sont autant de questions qui mettent à mal la déontologie. Cette situation explique les phénomènes de la corruption au sein de la presse ou encore le contrôle de la presse par les acteurs politiques ou les détenteurs de moyens financiers dont l’objectif est de réaliser des profits.

Comment les médias peuvent-ils contribuer à résoudre un conflit ?

Certes, la mission des journalistes professionnels n’est pas de réduire les conflits, mais leur mission est de diffuser des informations exactes et impartiales. Une bonne pratique du journalisme peut souvent mener à la réduction d’un conflit.

En période de conflit violent, fournir des informations fiables au public exige des compétences journalistiques supplémentaires. Les journalistes doivent acquérir une compréhension plus poussée des causes du conflit et comment celui-ci se développe et se termine et doit savoir où chercher ces causes et ces solutions. En fournissant ces informations, le journalisme contribue à mieux informer le public sur le conflit, au-delà de la violence, et peut ainsi aider à la résolution du conflit.

Les journalistes doivent être conscients du rôle crucial qu’ils peuvent jouer dans une période de conflit. Ils doivent entre autres, redynamiser les mécanismes traditionnels de prévention du conflit ; réaliser régulièrement des productions: (articles de presse, émissions radio/télé, microprogrammes et autres formes de messages sur les règles de bon voisinage, de bonne cohabitation, les pactes d’entente qui existent entre les communautés, sur la paix et la tolérance, en donnant la parole aux leaders communautaires ; rappeler régulièrement ce qui unit les communautés ; sensibiliser les leaders d’opinions (chefs de village, chefs religieux, leaders des jeunes, leaders des femmes…) sur leur rôle de veille sur la paix et la cohésion ; multiplier les messages de paix, de réconciliation ; donner la parole à chaque camp (à chaque fois que deux parties sont opposées) ; favoriser la confiance entre les parties avec des informations susceptibles de dissiper les incompréhensions ; diffuser des informations exactes (correctes), dire les faits tels quels, impartialité
Le rôle du journaliste est d’observer et d’alerter sur les foyers de tension. Son action est à titre préventif. Il peut le faire par des émissions publiques où la parole est donnée à tous les acteurs. Il peut écrire des articles ou encore réaliser des émissions télé. Le journaliste peut également procéder par des reportages dépourvus de commentaires qui mettent l’accent sur les valeurs, mais aussi sur les parentés à plaisanterie qui existent au Mali.

Ce qui caractérise la crise au-delà de l’opposition entre deux ou plusieurs camps, c’est l’environnement dangereux, et hostile, dans lequel le journaliste se doit de travailler afin de rendre compte. Son rôle en cette période de trouble est de veiller à une couverture totale (en termes de territoire) et impartiale de l’information. Il est un observateur, un informateur, mais aussi un « Agent d’apaisement ».

AFANOU KADIA DOUMBIA/Malijet.com

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