Célébration du 22 septembre 2023 : Quelle indépendance pour quel Malikura ?
Après 1960-1968, la vraie indépendance toujours en attente ?
Il est de l’accoutumée pour le gouvernement malien de célébrer le 22 septembre de chaque année qui marque la date à laquelle Modibo Keita et ses pairs avaient donné au Mali un nouveau souffle et que le colonisateur français avait plié ses bagages. Cette date est fêtée pour marquer notre responsabilité face aux défis du pays. Il faut savoir que dans certaines localités du Mali, le 22 septembre est la fête la plus importante de l’année. Mais, en cette année 2023, le gouvernement de la transition dirigée par le colonel Assimi Goita a décidé de la sobriété. La question que nous posons de nos jours sur l’indépendance notre pays est : Quelle indépendance pour quel Malikura ? Car, on a l’impression que les pères de l’indépendance sont dans la nostalgie. Oui, une nostalgie créée par des hommes et des femmes. L’espoir va-t-il renaitre ?
Qu’est-ce qu’une indépendance ?
Avant de nous aventurer, voyons voir de près le mot « Indépendance », un mot qui renferme beaucoup de valeurs. Nous aspirons tous à l’indépendance. Sommes-nous nombreux à comprendre l’indépendance et à assumer la responsabilité tout en payant le prix qu’elle demande ? On n’a pas l’indépendance sur un plateau d’or, on se bat pour l’avoir. Voilà pourquoi notre père de l’indépendance, Modibo Keita dit qu’on ne construit pas, on n’innove pas dans la facilité.
Lorsque nous lisons les définitions du mot « indépendance » dans les documents, nous trouvons un aspect partagé : état d’une personne qui ne dépend de rien d’autre ou de personne. L’indépendance commence chez soi, dans la conscience de tout un chacun. Si vous n’avez pas l’impression d’être indépendant, soyez sûr que vous êtes loin d’être libre. Chérie Carter Scott avance que l’indépendance commence par une prise de conscience. Quand on se sent mal à l’aise, cela suppose qu’une prise de conscience doit s’opérer. S’interroger sur son propre comportement permet de rester en éveil. Mon peuple d’aujourd’hui en est-il capable ? Est-ce que cette prise est née chez le corrompu et le corrupteur ? Est-elle née chez l’injuste ? C’est aussi cette prise de conscience qui mène vers l’indépendance de soi et du pays, le Maliba.
Les regrets du passé et l’indépendance chez soi
Chez nous au Mali, l’interrogation sur notre comportement ne nous vient pas à l’esprit. Chacun pense que l’autre est la source de son mal. Les erreurs, ce sont les autres, l’on n’est pas concerné. Le constat est amer. L’indépendance chez soi est un défi pour le commun des maliens. Les mines sont serrées en famille, au travail, dans la circulation. Les gens deviennent de plus en plus intolérants. Bref, les gens sont stressés quotidiennement. Il y a lieu de comprendre ce comportement social.
Les maliens ont renversé Modibo Keita en 1968 dont le pouvoir était qualifié de dictatorial par certains. En 1991, Moussa Traoré est chassé, aussi qualifié de dictateur. Après Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré fait ses dix ans sans bruits apparents. Après son départ, ATT est renversé, et encore réclamé par certains après un séjour d’exil à Dakar. Certains affirment qu’il a semé la corruption au Mali avec les questions de clan. Paix aux âmes de nos dirigeants décédés.
En 2012, La transition dirigée par Dioncounda Traoré avant l’élection d’IBK avait fait beaucoup de bruits. Un président de transition qui a été frappé. Un premier ministre avec plein pouvoir a été forcé de démissionner. Ibrahim Boubacar Keita est élu. Des maliens crient : si on savait ! IBK est réélu. Une réélection entourée de contestation. On a crié à la fraude massive. Le 10 Août 2018, l’histoire du pays marque un point. L’aventure présidentielle du Kankélé tigui s’arrête : IBK est renversé par des jeunes colonels suite à la contestation de la rue qui demandait son départ. Une transition de 18 mois commence avec des bruits et le M5 qui se sentait écarter. Le 24 mai 2021, Bah N’Daou qui dirigeait la transition est éjecté et une deuxième transition commence, cette fois le M5 est dedans, la tractation avec le Cedeao commence. Une tractation révélatrice qui a montré à quel point beaucoup de pays de la sous-région sont indépendants de nom, dans les faits il n’en est rien. Lorsque nous lisons ce petit rappel, on constate que le regret du passé est toujours. Est-ce la conséquence d’un mauvais choix ? Le lecteur trouvera la réponse.
Les questions que nous posons sont les suivantes : quel est ce peuple qui regrette toujours son passé ? N’a-t-il pas les moyens de sa responsabilité ? Ce peuple n’a-t-il pas la gestion de son avenir ? Cela fait trop de questions, et j’espère que le lecteur avisé aura aussi des réponses.
Avec les problèmes sociaux, politiques et économiques que nous vivons, devons-nous en réjouir d’être indépendants ?
Le malien n’est pas libre dans sa conscience, or c’est par là que commence l’indépendance. Modibo Keita dans ses propos a eu à dire : « Nous pourrons avoir des Présidents de la république, nous pourrons avoir des Présidents de gouvernement, des ministres, des Assemblées Nationales, mais si chacun de nous n’a pas le sentiment d’être indépendant, si chacun n’est pas animé par la volonté de faire en sorte que cette indépendance devienne une réalité et si chacun n’accepte pas en conséquence les sacrifices nécessaires de sa vie quotidienne, dans sa vie de tous les jours pour que cette indépendance devienne une réalité, eh bien, malgré nos Présidents de la république, nos Présidents de gouvernement et nos Assemblées Nationales, nous continuerons éternellement à subir la domination étrangère. »
Combien de maliens sont prêts à accepter en conséquence les sacrifices nécessaires de leur vie quotidienne ? La dévalorisation de la personne humaine et le manque d’estime de soi ont conduit le malien à être dépendant de la corruption, de la vantardise, du sexe, de l’argent. Le malien a tendance à vivre au-delà de ses moyens pour impressionner ses voisins. Tout est bon pour impressionner le voisin au détriment de l’esprit entrepreneurial. Vivre au-delà de ses moyens ne relève pas de l’indépendance. Il reste de Modibo Keita, des chansons, des hommages, des lieux publics qu’on rebaptise à son nom. Dans le fond, rares sont ceux qui veulent et qui peuvent mettre en application les idéologies des pères fondateurs. Les uns et les autres veulent l’indépendance avec la peur au ventre.
Les cœurs, les esprits et les corps ont été affaiblis. Les uns et les autres aiment les raccourcis plus qu’affronter les défis de la vie. Entre le riche et le pauvre, on ne sait pas qui vit. Quand l’un veut vivre sur le dos de l’autre, l’autre aussi souhaite le malheur pour l’un. Tariq Ramadan, philosophe Suisse dit ceci : « Tu ne seras pas en paix avec toi-même si en toi ton égo te gouverne ». Les émotions ont supplanté nos réflexions.
A cause de la cruauté de la vie, certains sont allés se cacher derrière la religion : c’est Dieu qui a fait. Il y a eu plus de fatalistes et de fanatiques dans la société. Les mauvaises interprétations religieuses ont rendu certains paresseux et plus ignorants. Ils adorent Dieu, mais sont incapables de faire face aux défis de la vie. Ils seront les premiers à être frustrés. Quelle indépendance ! Quelle horreur !
Quand un peuple ne maitrise pas ses émotions, il en sera dépendant et ce sont les autres qui vont profiter de ce peuple. On prend un peuple par là où il est faible. Il a fallu qu’on dise que le Mali est le troisième pays consommateur d’alcool en Afrique pour que les maliens fassent du bruit partout tandis que le nord était sous occupation terroriste. Nous ne sommes pas conscients des manipulations orchestrées par les forces étrangères ou d’occupation. Nous devons prendre conscience des distractions qui nous mettent hors de nous-mêmes. L’indépendance sociale est le garant l’indépendance politique, notons-le.
Les déjà-faits
De l’autre côté, il y a ceux qui sont indépendants. Ce sont eux qui ont fermé le cercle du pouvoir, des biens matériels, de l’éducation. Mais ils sont colonisés par le manque du patriotisme. Ils font confiance aux occidentaux plus qu’à leur propre peuple. Ils ont été fabriqués. Ils n’ont qu’une seule orientation : l’occident. Ils débloquent des fonds pour la santé et l’éducation de leur pays. Mais leurs enfants étudient en Europe, et eux-mêmes, se soignent dans les hôpitaux étrangers; les autres enfants sont soumis aux systèmes éducatifs du pays qu’ils gouvernent. Quelle horreur !
Ce sont eux aussi qui profitent de l’ignorance de l’autre qui ne cherche que son pain quotidien. Quel est ce pays indépendant dont l’intelligentsia veut toujours voir son semblable dans l’ignorance ? Quel égoïsme intellectuel ? Quel que soit ce que vous faites, ces personnes ne seront jamais indépendantes, il faut juste les écarter de façon systématique.
Le mot « indépendance » renferme beaucoup de significations pour les personnes visionnaires, c’est un mot fort pour les durs. C’est un mot qui renferme des défis pour tout pays qui a une vision et qui prend conscience de ses réalités. Sans la culture de la prise de conscience, il n’y a pas d’indépendance. Etre indépendant, c’est avoir les moyens de sa défense, les moyens de sa subsistance.
Le Malikura indépendant ne tend pas la main
Maliba ne doit plus tendre la main. « Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays, et si, à tout moment, on devait nous le rappeler. », dixit Modibo Keita. Qui sont ces puissances qui aident sans arrêt dans un monde en compétition et miné par la course aux biens matériels ? Si Maliba croit à ces aides; moi je n’y crois pas. Modibo dit aussi que nous ne devons pas nous faire d’illusions, que nous serons aidés certes, mais disons-nous qu’un pays ne se construit jamais rien qu’avec l’aide extérieure, et soyons convaincus qu’un tel pays n’est pas indépendant ! Jusqu’à preuve de contraire, les américains et les occidentaux rappellent leurs aides aux pays pauvres dans lesquels ils développent le sous-développement. Les français chantent à chaque arrêt des militaires français au nombre de 52 sont morts au Mali pour le Mali. Les enfants français savent-ils combien de milliers d’africains sont morts pour libérer la France ? Africains, apprenons notre histoire.
Les politiciens
Depuis l’avènement de la démocratie qui avait réclamée, l’armée malienne était dans une situation où les activités politiciennes ont impacté nos vaillants soldats. Cette armée nationale, bâtie par les pères fondateurs ne doit plus être à la solde de ces occidentaux et ces français qui ont trouvé le bon coin pour se faire de l’argent : Mali terre d’aventure. Là-bas, on peut trouver de l’argent et les femmes facilement. Cette armée nationale qui ne faisait que subir, subir, et subir. Aujourd’hui, la tendance prend une autre direction vers l’indépendance du pays, il faut suivre cette dynamique de façon sincère.
Dans les pays indépendants dépendants africains, la prolifération des formations politiques bat le record. Au Mali il y a plus de 200 partis politiques. « Etre politicien », c’est tout sauf la morale. Par ailleurs, le politique va au-delà de ses émotions. Il a une vision pour son pays. Il ne profite pas de notre ignorance. Plus les partis politiciens sont nombreux, plus les problèmes se multiplient, donc pas d’indépendance. Les uns et les autres sont animés par la soif du pouvoir. La vie politicienne, ça fait aussi de l’argent.
Avec les politiciens, les esprits qui devaient être décolonisés ont été rendus esclaves. Rien ne vaut la force des idées. Ce sont les bonnes idées qui font la force d’un pays. Pour savoir si un pays a un avenir prometteur, il faut écouter son peuple. Les mentalités sont révélatrices. Selon Maleck Bennabi dans son livre la « Lutte idéologique », les victoires se décideront sur le front de la bataille idéologique.
Pour empêcher un individu d’être indépendant, il faut faire en sorte que les besoins primordiaux (besoins alimentaires, sanitaires, vestimentaires, et le logement) de la vie deviennent ses objectifs. Cela fait des décennies que le malien n’a pas un repas équilibré. On a pris le riz comme déjeuner, on garde le reste pour le diner. L’ulcère va faire souffrir. Le politicien n’a pas pu gérer cela.
La route vers l’indépendance
Pour une prise de conscience afin d’être indépendant dans un pays où la moralité est une denrée rare, c’est l’école qui doit s’en charger si les autorités du pays s’engagent. L’indépendance ne viendra pas du ciel. Si nous, maliens, voulons être indépendants dans la facilité, disons plutôt au revoir à cette indépendance. La liberté n’est pas un acquis, c’est une quête perpétuelle. Quand bien même qu’un pays soit indépendant, il est parfois appelé à faire face à des crises, car on ne vit pas seul dans ce monde. Il faut coopérer avec les autres mais en n’oubliant pas ses propres intérêts. Il arrive parfois dans la vie de tous, d’accepter des compromis pour mieux vivre, cela est valable pour un pays.
Cette position prise par le Mali avec d’autres partenaires n’a pas plu à la France qui se croyait le maitre de la gestion dans la sous-région. C’est cette réalité qui a été camouflée aux peuples pendant des années et les dirigeants acceptent les faveurs de l’occident pour rester au pouvoir. Lorsque vous êtes engagé pour un peuple et que ce peuple est en retard par rapport à votre réflexion, vous avez du boulot à faire. Il faut nécessairement cette indépendance mentale. Nos peuples doivent vivre avec des idéologies fortes.
On aura beau marché pour dénoncer les agissements étrangers ou le double jeu de la France qui n’est pas le seul pays à profiter du Mali, si les bonnes idées, la morale et l’éducation continuent à être délaissées, soyons convaincus qu’on n’aura pas d’autres moyens de lutte. « Le Mali prendra le chemin du développement lorsque les vrais maliens auront le pouvoir », m’a dit une dame. Avoir une pièce d’identité du Mali ne fait pas le vrai malien.
22 septembre 2023, le Président de la transition Assimi Goita et toute son équipe doivent inspirer aux maliens le vrai combat de l’indépendance. Des efforts sont en cours, nous en sommes conscients. Il faut leur faire comprendre qu’ils doivent être convaincus de leur indépendance. Il n’y a pas d’indépendance dans la corruption, l’injustice (au niveau de la justice et de la société), la mauvaise gouvernance, la faim, l’ignorance, car non seulement ils prennent le pays en otage, mais aussi ouvrent la voie à la dépendance sur tous les plans. Messieurs et mesdames dirigeants de la transition, combattez tous ces maux. Maintenez la dynamique de l’indépendance, collaborez avec les patriotes.
Nous rendons un hommage exceptionnel à nos braves soldats qui se battent nuits et jours pour nous. Nous n’avons pas les mots pour exprimer nos soutiens.
En cette journée du 22 septembre 2023, Pour ma part, je n’irai ni à une marche, ni à une cérémonie, je serai dans ma bibliothèque à la recherche de bons livres pour la lecture. Je suis et je reste optimiste. Le bonheur du Mali dépend des maliens.
Vive le Mali des patriotes !
Yacouba Dao