Crise énergétique: Les syndicats de l’EDM se sont livrés à la vindicte populaire
La sortie médiatique des travailleurs de l’EDM a empiré la mauvaise perception que les Maliens ont de ce service. La colère de la population n’a fait que grandir à cause des propos tenus par les responsables des syndicats de l’EDM qui ont essayé de démentir les propos de la ministre de l’Energie. Cette dernière a dévoilé un réseau de détournement de carburant et de surfacturation. Selon la ministre Bintou Camara, cela ne constitue qu’une partie du détournement à l’EDM, l’une des raisons fondamentales des coupures intempestives d’électricité.
Dans les rues de Bamako, personne ne semble aller dans le sens des déclarations faites par les syndicalistes de l’EDM. Les gens savent comment l’EDM est prise en otage par la puissance de l’argent. L’assemblée générale couplée à la conférence de presse a donné l’occasion à de nombreux Maliens de comprendre comment le système de vol est solidement implanté au sein de l’entreprise. On sait maintenant jusqu’où les travailleurs sont prêts à couvrir les dégâts dont la plupart des employés profitent. En clair, le syndicat s’est livré à la vindicte publique, croyant détruire la réputation de la ministre et des autorités.
A l’EDM, il y a des problèmes de gestion de la production d’électricité, de son transport, mais aussi de communication, selon la ministre. Tout cela nécessite un plan de redressement qui est apparemment combattu par le syndicat de l’EDM. Il est clair que la ministre Camara a mis le doigt sur la plaie de l’EDM, en indiquant que les raisons de la dégradation continue résident dans la mauvaise gestion de la boîte et le manque de rigueur. On note que la quantité de puissance installée à l’EDM n’est pas utilisée, faute de carburant, un manque causé par des vols de carburant et des surfacturations. L’EDM a mis l’accent sur la thermique, avec une consommation accrue du carburant fioul et gas-oil. Mais chemin faisant, l’EDM a délaissé le fioul au profit du gas-oil, bien que les deux plus grandes centrales, à Siracoro et Balingué fonctionnent à partir de ce produit.
Les raisons ? Les contrôles ont révélé qu’au niveau du fioul qui est utilisé uniquement par EDM, il n’y a pratiquement pas de fraude, contrairement au gas-oil où «il y a à boire et à manger ». Le gas-oil qui arrive est exonéré par les autorités pour qu’EDM puisse l’avoir moins cher que le prix à la pompe. Souvent, selon la ministre, ces ruptures de carburant sont provoquées par des agents d’EDM eux-mêmes. Un système de gestion et de contrôle sur les fournitures de citernes qui arrivent au niveau d’EDM a permis de découvrir le pot-aux-roses. Le ministre a expliqué que tout le carburant est centralisé au niveau de la centrale de Balingué, à partir de laquelle le dispatching vers les autres centrales et les régions est effectué. Ensuite, les citernes de dispatching sont en effet enregistrées au niveau de Balingué.
Le contrôle découvre que des camions chargés de dispatching disparaissent entre la centrale de Balingué et les centrales de destination. Ces manquants sont qualifiés de vol. Sur quatre jours, on a constaté que 59 citernes ont disparu entre Balingué et les différentes centrales de Bamako. Ces carburants sont souvent revendus dans les stations de la place ou revendus moins cher à des industries. Des chauffeurs et des agents de l’EDM sont complices de ces vols de carburant, à en croire la ministre Bintou Camara. Un réseau composé de fonctionnaires et d’agents d’EDM est démasqué par le contrôle entrepris par les autorités de la transition.
« Ce vol ne se limite pas au carburant en tant que tel, il y a également le vol au niveau de la facturation d’EDM. Quand un fournisseur livre un camion de 45 000 litres, l’EDM délivre un récépissé de réception, signé par les agents d’EDM et par le chauffeur. L’EDM établit à cet effet une facture afférente à ce récépissé. Mais on a constaté qu’au lieu d’une seule, l’EDM a souvent délivré deux à trois factures liées à un même récépissé, et toutes ces factures sont payées au fournisseur », a expliqué l’invitée du journaliste Yaya Konaté. Le paiement par traite ou par virement dans le compte du fournisseur de ces factures, c’est du vol, selon la ministre.
A en croire la ministre, on a constaté sur la facturation d’un seul fournisseur en l’espace de deux mois seulement, qu’il y a 1 milliard 600 de facturation supplémentaire. Sur un deuxième fournisseur, dit-elle, uniquement sur l’année 2022, on a constaté 52 factures supplémentaires pour un montant de 18 milliards surfacturés, révèle la ministre. Selon elle, c’est le cas de seulement deux fournisseurs, et EDM est fournie par 800 fournisseurs, tous des Maliens, à qui elle doit plus de 600 milliards de FCFA.
De son avis, les plus gros des fournisseurs auxquels EDM doit, sont ceux de carburant et d’électricité, comme Albatros, Compagnie ivoirienne, ou la Sogem, qui fournissent de l’électricité à EDM.
N.D