L’AES ou la fenêtre des tirs groupés
Les pays de l’AES en rajoutent chaque jour à la vitesse de consolidation de cet espace. Le dernier acte en date remonte à une semaine environ, avec la signature d’un communiqué conjoint des États du Niger et du Mali marquant leur solidarité dans la dénonciation d’une convention de double imposition que chacun entretenait avec la France. Les deux pays emboîtent ainsi le pas au troisième maillon de l’AES, le Burkina Faso, dont on ignore pour l’heure les avantages tirés d’une démarche antérieure de même espèce. En attendant, les conséquences, à en croire les observateurs les plus avertis, paraissent plus fâcheuses pour les ressortissants des trois nations que pour ceux du partenaire en disgrâce. Il ne reste de l’initiative en définitive que le fait de s’inscrire dans une dynamique de synchronisation de leurs tirs sur tout ce qui respire l’intimité. Avant l’épisode de la France, le Mali et Niger s’illustrait récemment par une harmonisation de leurs mesures répressives contre les figures les plus emblématiques de l’irrédentisme touarègue. Au Niger, la démarche s’est traduite par une importante vague de radiations des rangs de l’armée, qui a emporté entre autres un célèbre ancien rebelle et non moins proche du président Bazoum. Le colonel Abou Tarka et consorts sont notamment accusés de désertion par le pouvoir militaire nigérien, tandis qu’au Mali les autorités de transition ont opté pour la voie de l’action judiciaire pour régler le compte aux tendances velléitaires incarnées entre autres par Algabass Ag Intalla, Bilal Ag Asharif, etc.
AKSA retire 50 mégawatts du réseau EDM, la CIE au strict minimum
Les coupures électriques intempestives ont encore les beaux jours devant elles, selon toute vraisemblance. Et pour cause, à la crise du carburant vient s’ajouter désormais la carence de générateurs. Il nous revient de bonne source, en effet, qu’un partenaire très important de la production électrique vient de se retirer avec fracas du réseau d’EDM. En intervenant à quelques encablures de la fin du contrat avec EDM, cette rupture ne présage d’aucune intention de rempiler. Le retrait de l’entreprise AKSA entraîne du coup un déficit de 50 mégawatts représentant l’électricité que produisent ses groupes électrogènes depuis la centrale de Sirakoro où ils sont installés. De bonne source, le fournisseur turc d’électricité n’a pu tolérer que ses impayés demeurent en souffrance pendant que les dettes de l’Etat auprès de l’entreprise Albatros auraient récemment été soldées à hauteur de 15 milliards de nos francs. Au demeurant, la même frustration semble avoir motivé l’attitude de la Compagnie ivoirienne d’Electricité et sa décision de réduire sa fourniture jusqu’à concurrence de 10%. Ceci explique aussi sans doute l’épaississement de l’obscurité ces derniers temps dans la capitale avec des coupures qui atteignent le plus souvent 12/24 heures.
Après les avions en carton, les locomotives en chiffon
C’est la plus grande fierté de la ministre des Transports qui est partie en lambeaux, il y a une dizaine de jours, avec l’accident ferroviaire survenu dans les environs de la localité de Mahina. La catastrophe n’a heureusement pas provoqué de pertes en vies humaines, mais les importants dégâts matériels ont emporté dans leur sillage tous les espoirs que les riverains des rails avaient reposés sur la reprise du trafic. Plus de petits commerces, plus de transports à moindre frais des marchandises, plus de voyages frauduleux d’une localité à une autre, plus de spéculation sur la vente des tickets, etc. Et pour cause : laborieusement ressuscitée à grands coups de battage médiatique, la locomotive s’est selon toute vraisemblance couchée pour de bon et les rails avec. En tout cas, malin qui pourrait dire à quand l’énième reprise après cette avarie que les autorités de tutelle ont promis de tirer au clair aux moyens d’enquête judiciaires et techniques. Sauf qu’une telle démarche ne peut être qu’une réponse trop partielle à la montagne d’énigmes qui entourent la rocambolesque affaire des locomotives en chiffon. Les contribuables attendent et ont le droit, en effet, d’être édifiés sur les conditions d’acquisition des locomotives ainsi que sur les énormes investissements consentis pour la réhabilitation du chemin de fer. On parle notamment de plus d’une quinzaine de milliards engloutis dans un projet et la ministre doit des comptes aux Maliens à ce sujet.
Cumul de sursis pour Abdoul Niang
Le célèbre activiste et non moins soutien affiché de la Transition, Abdoul Niang, aura miraculeusement échappé à l’incarcération, à l’issue d’une périlleuse démêlée avec la justice malienne. Après avoir bénéficié d’une poursuite non-détenu dans le dossier d’outrage à magistrat, il en sera davantage épargné par un verdict moins liberticide qu’on pouvait s’y attendre. Il lui a été infligé, en effet, une condamnation de 6 mois d’emprisonnement avec sursis. Seulement voilà : le verdict fait couler beaucoup d’encre et de salive dans certains milieux judiciaires où les interrogations abondent sur le traitement de faveur accordé à l’intéressé et qui jurent, selon les observateurs, avec ses antécédents judiciaires. En effet, la récente affaire est venue se superposer à un précédent dossier dans le cadre duquel une condamnation similaire au sursis avait été prononcée. Ils en déduisent, en tout état de cause, que les d’aucuns accumulent les sursis et les libertés provisoires, d’autres la privation de liberté et la rigueur répressive.
23 milliards de l’OCLEI
Les organes de contrôle et de lutte contre la corruption rivalisent de rigueur et de sévérité ces derniers temps. Après le sulfureux rapport du Vérificateur général, c’était au tour de l’OCLEI de s’illustrer par l’exhibition de plus d’ardeur à la besogne. C’était à la faveur de la cérémonie solennelle de présentation de son rapport où le magistrat Moumini Guindo a brandi le résultat d’une fouille qu’il assimile tacitement à une moisson inédite en matière de lutte contre l’enrichissement illicite. En effet, l’exploit le plus précieux du document a trait à une perte de dizaines de milliards de nos francs imputables, selon le président de l’OCLEI, aux paiements indus de subventions à des promoteurs d’écoles privées qui opèrent irrégulièrement dans le secteur de l’éducation. Tout en se gardant de piper mot sur l’irrégularité ou non de la prestation en contrepartie de laquelle ils ont perçus les sommes contestées, le rapport remet à cause le principe même d’un recours au privé pour combler les déficits du public dans le secteur de l’éducation. Moumini Guindo et compagnie estiment, en clair, que le manque à gagner peut servir à la réalisation d’infrastructures scolaires et à affranchir le public des prestations privées. Le rapport ne mentionne pas, en revanche, le nombre de lycées qu’on peut construire avec le budget de fonctionnement de l’OCLEI, une structure jusqu’ici improductive.
Le présumé quintuple tueur de Kita aux arrêts
Broulaye Coulibaly Dit Kramoko, l’auteur du crime crapuleux portant sur le meurtre de cinq personnes d’une même famille dans la nuit du 06 au 07 décembre dernier, au bout d’une brève cavale de quelques heures, a été appréhendé. Il a été mis aux arrêts, le 8 décembre, par les dispositifs que la gendarmerie de Kita à mis à ses trousses au lendemain de son crime odieux. En attendant d’être présenté à un juge, il croupit et médite sur son sort à la Maison d’Arrêt de Kita. Âgé de 20 ans et neveu du chef de famille, le présumé criminel alias Kra était jusqu’au jour de son forfait un membre à part entière de la famille sur qui comptait le chef de famille, un certain Famory Coulibaly établi à l’extérieur. Cette nuit-là, au petit matin vers 4h, l’assassin présumé décide d’étouffer et d’égorger avec la froideur d’un personnage de film d’horreur les deux épouses toutes enceintes de son oncle Famory Coulibaly et trois de ses enfants.
Le palmarès des U17 bafoué par Choguel et son ministre des sports
Lors de l’accueil des U17, sacré troisième de la Coupe du monde de leur catégorie, le Premier Ministre, sur les conseils de son ministre, a donné des informations erronées sur le palmarès des Aiglonnets. Selon Choguel Maiga, c’est la première fois qu’une équipe Afrique termine troisième à la plus haute compétition des moins de 17 ans. Seulement voilà : le Ghana a terminé troisième en 1999 en Nouvelle-Zélande et le Burkina en 2001 à Trinité et Tabago. Pire, le Mali a atteint la finale en 2015 au Chili, quand le même Choguel était membre du gouvernement Modibo Keita. Les Aiglonnets ont perdu la finale contre une autre équipe d’Afrique, les Super Aigles du Nigeria. Comme quoi, le Mali n’a même pas battu son propre record à plus forte raison celui de tout un continent. Nous avons pourtant essayé de savoir si toutefois c’est le ministre des sports qui a induit son Premier Ministre en erreur. Aucune explication n’a filtré, ce malgré insistance auprès du service de communication du ministre Fomba. En tout cas, la présence du chef du Gouvernement semble se justifier tout simplement par le fait qu’il était convaincu d’une performance assez exceptionnelle pour mériter un accueil de U17 par les plus hautes autorités. Quand le ministre des Sports m'a informé que notre équipe doit arriver et qu'on doit l'accueillir, je lui ai répondu : monsieur le ministre, vous voulez aussi accueillir en grande pompe le troisième ? C’est bien mais moi j’aurai voulu qu’ils soient premiers. Et le ministre a répliqué et marqué des points il m’a dit que c’est la première fois en Afrique. J’ai dit donc ils sont premiers ». Seulement voilà, tout comme Choguel, on peut sans nul doute affirmer que le ministre des Sports est loin d’être un fan du football. En tout état de cause, même le dernier des supporteurs des Aiglonnets sait qu’ils ont atteint la finale et qu’ils l’ont perdue de justesse contre le Nigeria.
64 eme Sommet à Abuja : La CEDEAO lâche du lest
Fortement attendu et annoncé comme un rendez-vous décisif, le sommet ordinaire de la CEDEAO a finalement vécu hier dimanche 10 décembre au Nigeria dont le président, Bola Ahmed Bola, assure la présidence de la conférence des chefs d’Etat. L’ensemble des conclusions n’était pas disponible au moment où nous mettions sous presse mais on note un clin au strict minimum dans le sens d’une normalisation avec les autorités maliennes, tandis que la fermeté reste de rigueur pour le Niger avec un dégel conditionné au sort du président renversé Mohamed Bazoum.
La Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, au lendemain de velléités marginalistes des trois pays en transition de la zone CFA, était sans doute l’occasion de mettre sur la table le cas de l'internationale putschiste désormais constituée en Alliance des États du Sahel AES. Face à ce contexte crucial, les dirigeants de sous-région - ou du moins la majorité encore épargnée par la vague des renversements - a abordé les sujets brûlants avec un semblant de stand-by. Pour le Mali où un pacte électoral a encore cours avec la CEDEAO, il semble que la Conférence n’ait pas pris en compte la décision unilatérale des autorités de Transition chambouler le calendrier électoral. Ainsi, alors qu’un durcissement des sanctions était redouté par l’opinion, les chefs d’Etat se sont plutôt prononcés dans le sens de la conciliation avec la levée des restrictions de voyage précédemment infligées au président et au Premier ministre de transition. Autant dire, en définitive, que l’atmosphère de la prochaine CAN en Côte d’Ivoire ne sera pas affectée outre mesure par les hostilités avec ce pays voisin dont l’équipe nationale y participe.
L’attitude de la CEDEAO est différente avec le Niger. En plus du maintien des sanctions contre le régime de Niamey, l’institution sous-régionale maintient également suspendu le glaive d’une possible intervention armée. Pour Niamey, l’ouverture d’une fenêtre de normalisation reste conditionnée au sort de Mohamed Bazoum que la junte au pouvoir rechigne à libérer depuis sa destitution. Pour l’amener à bouger les lignes sur la question les sanctions et les menaces d’intervention armée sont désormais combinées avec une nouvelle démarche diplomatique. Le sommet a ainsi décidé de recourir aux services d’une troïka présidentielle constituée des présidents du Bénin, Patrice Talon, du Togo, Faure Gnassingbé, ainsi que de Guinée-Bissau, Umaro Sissoko Embalo. Il leur est assignée la tâche de reprendre langue avec Abderrahmane Tiani pour envisager avec la junte qu’il dirige les modalités d’élargissement du président renversé ainsi que celles d’un retour à l’ordre constitutionnel par une Transition aussi courte que possible. C’est dire que le retour du président Bazoum aux affaires ne pèse plus dans la balance.
Cette posture moins rigide s’annonçait en filigrane dans les conclusions d’une certaine commission de médiation à l’échelle ministérielle, dont le rapport respire une atmosphère moins hostile avec les pays en Transition, en dépit de leur tendance à se soustraire de leurs engagements politiques vis-à-vis de la CEDEAO. Les mêmes relents se dégageaient de l’allocution du président de la Conférence des chefs d’Etat, Bola Ahmed Tinubu, à l’ouverture des travaux du 64 eme Sommet. Tout en insistant sur l’intégration des systèmes démocratiques et de gouvernance comme fondent la construction et l’épanouissement de l’espace communautaire, le président nigérian n’a pas fermé totalement la porte au dialogue. Il a notamment concédé la disponibilité de l’institution sous-régionale à engager des négociations avec les régimes militaires des schémas de sauvegarde de démocratie à travers des transitions réalistes et courts. Dans la foulée, Bola Ahmed Tinubu n’a pas omis d’évoquer l’avènement de l’AES qu’il a qualifié d’initiative fantôme destinée à détourner la sous-région de sa quête de démocratie et de bonne gouvernance. C’est peut-être pourquoi l’initiative du trio Mali-Niger-Burkina est apparue comme un non-événement dans les conclusions du sommet.
A. KEÏTA