lundi 20 avril 2026
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Les Tricycles à Bamako : un bon filon pour les « policiers » 

Par Malijet 1,787 vues
Les Tricycles à Bamako : un bon filon pour les « policiers » 

Les tricycles sont devenus un bon filon pour les agents de la police nationale en service au niveau de la circulation routière. Enquête ! 

Le transport urbain ou interurbain a été bouleversé depuis plus de dix ans par l’avènement des tricycles, communément appelé Katakatani. À Bamako, la Mairie du District a pris l’arrêté n°041-1M-DB du 10 août 2015, portant réglementation de la circulation des tricycles à moteur dans la capitale. Selon cette disposition réglementaire, la traversée des deux-ponts est interdite aux tricycles de 06 h à 09 h et 15 h à 19 h. 
Au-delà de cette restriction municipale, les conducteurs de tricycles se plaignent régulièrement des tracasseries de la part des agents de la police nationale déployés dans la circulation routière. L’Association malienne de lutte contre la corruption et la délinquance financière, déclare à travers son Président Moussa Amadou Ousmane Touré, recevoir de façon permanente, des plaintes provenant de cette catégorie d’usagers de la voie publique. 
Aly et Diarra sont tous des conducteurs de tricycle. Selon eux, les éléments du GMS se postaient avant en face de la cité ministérielle pour leur soutirer la somme de 1 000 F CFA. « Le conducteur qui ne coopère pas ira dans la cour du GMS. Une fois sur place, ils les obligent à payer 15 000 FCFA », soulignent nos deux interlocuteurs. Maintenant, détaillent-ils, ce sont les policiers de la circulation routière qui ont pris le relais. Ils sont à nos trousses de 06 heures du matin à 09 heures et de 15 heures à 19 heures. « Les tricycles qui portent les bagages ou sans bagages payent tous 1000 FCFA comme droit de traverser des deux-ponts de Bamako. Nous, les conducteurs travaillent pour la police et non pour le Trésor public et la famille », lâchent-ils.

Selon Kassim, un autre conducteur de tricycles, les agents du GMS patrouillaient chaque jeudi dans les alentours du 2e pont de Bamako. « Durant ces patrouilles, beaucoup de tricycles sont envoyés dans la cour du GMS et chaque moto payait 15 000 FCFA sans reçu. Souvent, plus de 500 motos sont envoyées par jour. Une fois que le camion ‘’gris’’ intervient, ça devient compliquer, chaque conducteur est obligé de payer 30 000 FCFA sans reçu ». 
Pour Mohamed Doumbia, les conducteurs de tricycles sont des esclaves des agents du GSR. « Il y a un ticket de la marie de commune urbaine de Kalaban-coro qui coûte 200 FCFA, mais la police nous impose 700 FCFA par ticket. Malgré les pièces complètes de la moto et nos permis de conduire, les policiers ont besoin de leur recette journalière pour maintenir leurs places. Je me demande si les autorités sont au courant de cette pratique dans la circulation à Bamako. Au niveau du 3e pont, quel qu’en soit le volume des bagages, on paie 500 FCFA. Dans la circulation, quand les policiers voient un tricycle, ils sont contents. Nous passons toute la journée pour travailler, mais la plus grande partie de l’argent va directement dans la poche des policiers ».  
Un haut responsable de l’association des conducteurs des tricycles est d’avis que les agents de la police nationale sont allergiques aux documents de l’engin. « Nous avons enregistré 40 000 katakatanis. Les vignettes varient de 25 000 à 15 000, selon les tricycles. Le permis de conduire est cédé à 5 000 FCFA. Les assurances varient entre 25 000 et 30 000 FCFA. Mais malheureusement, souvent, les assureurs refusent de donner les assurances. Je vous avoue que les policiers sont allergiques aux documents ». 
Dans le cadre de la mise en œuvre de son projet d’Appui à la Mobilisation de la Société Civile Malienne pour les Dénonciations de la corruption (PAMOSCD), sur le financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Coalition des Organisations de la Société Civile pour la Lutte Contre la Corruption et la Pauvreté (COSCLCCP) a reçu à remonter quelques cas de dénonciations sur la plateforme mobile KENEKANKO. Malijet.com a pu se procurer au moins de deux dénonciations faites à Bamako par les conducteurs de tricycles. Le 7 décembre 2023 à 16 h 23 au niveau de l’intersection de Niamakoro, en commune VI du district de Bamako, sur la route quittant la Cité UNICEF vers l’ancien marché, un policier a sifflé un conducteur de katakatani qui transportait des rouleaux de fil électrique. « Un policier m’a fait arrêter en me disant que je suis en infraction et que je dois payer 3 000 FCFA pour contravention. Après avoir payé cette somme, il me dit d’aller sans me donner de quittance », se témoigne-t-il sur cette plateforme mobile qui permet aux citoyens de faire des dénonciations des cas de corruption ou de violation de droits de l’homme. 

Le 09 décembre 2023 à 15 h 10, à la descente du Pont des Martyrs, face du Palais de la Culture, un conducteur de Katakatani et son apprenti transportant des bois ont été contrôlés par un agent de la circulation routière. Le policier a fait savoir que le conducteur est en déphasage avec les normes de transports. Pour cette infraction, il doit payer la somme de 10 000 FCFA. « Après une heure de négociation, le policier a demandé au conducteur de payer 3 000 FCFA pour rentrer en possession des chefs de sa moto ». « Il  a été contraint de  payer cette somme sans délivrance de quittance », peut-on lire dans la dénonciation faite sur la plateforme KENEKANKO. 
Au ministère de la sécurité et de la protection civile, un haut cadre sous le couvert de l’anonymat avoue l’existence de cette pratique au niveau des agents de la police nationale. Celui-ci, se presse-t-il d’ajouter, ne reconnaîtront jamais de prendre de l’argent de façon illicite avec les conducteurs de tricycle. 
Malgré nos multiples sollicitations, la direction générale de la Police nationale ni le Groupement de sécurité routière (ex compagnie de circulation routière CCR) n’ont pas voulu répondre à nos questions. 

Adiaratou Ouattara/Malijet.com
Note de la rédaction 

Cette enquête a été réalisée dans le cadre du Projet « Kenekanko », une plateforme de lutte contre la corruption et la violation des droits de l’homme, développée par la Fondation Tuwindi. 

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Commentaires (1)

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A
Anonyme il y a 1 an

Il faut que tous les tricycles refusent en bloc ,de payer l'amende sans quittance,quitte à perdre sa journée.Ceux qui font transporter leur marchandises,se rejoindront à eux. Il n'y a que la lutte qui va les libérer. Les flics compromis devront aller au front dans le nord !!!