Traitement de la vie privée sur les réseaux sociaux: L'APDP suspend l'épée de Damoclès sur la tête des vidéo-men insolents
L'utilisation des réseaux sociaux au Mali a atteint un stade où l'exposition de la vie privée des citoyens est devenue une banalité. Le hic, c'est que ce sont des personnes n'ayant pas la qualité de journalistes qui se livrent à cette pratique. Malgré les actions du pôle anti-cybercriminalité, la pratique persiste et signe. C'est pourquoi, l'APDP (Autorité de Protection des Données à caractère Personnel) est venue ajouter sa part dans le combat contre cette pratique qu'est la diffusion de la vie privée sur les réseaux sociaux.
Qui d'entre nous, n'a pas été victime de cette pratique, après avoir émis un avis sur une question ou sur une personnalité publique ? Face au phénomène, l'Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP) est sortie de son silence pour mettre en garde tous ceux qui se livrent à cette pratique, hormis les journalistes professionnels qui sont autorisés par la loi.
Une mise en garde sévère à saluer
C'est par un communiqué en date du 5 septembre 2024 que l'organe de protection des données à caractère personnel a annoncé cette mesure de mise en garde. « L'autorité de protection des données à caractère personnel constate avec regret, que depuis un certain temps, certains à travers des pages, des web TV, des blogs, sur des plateformes en ligne, s'adonnent en violation flagrante de la réglementation en vigueur, à la collecte et à la diffusion des données à caractère personnel, parfois sensibles, tels que les dossiers de santé, les dossiers judiciaires, les données se rapportant à la vie privée, entre autres » , dit le communiqué N°2024-004/APDP-SG du 05 septembre 2024. Et de poursuivre en ces termes : « L'autorité de protection des données à caractère personnel rappelle que le traitement de telles informations n'est autorisé que lorsqu'il est mis en œuvre par les journalistes dans le cadre exclusif de leur activité de journaliste, conformément aux dispositions de la loi N°00-046 du 07 juillet 2000 portant régime de la presse et délit de presse ». L'APDP, dans le communiqué, annonce que les personnes coupables sont passibles du paiement d'une amende de 5 millions FCFA à 20 millions FCFA sans préjudice des poursuites pénales conformément aux infractions prévues par le code pénal et la loi N°2019-056 portant répression de la cybercriminalité. « Autrement dit, les coupables, en payant l'amende, ne sont pas exempts de poursuites pénales ». Enfin, l'organe de protection de la vie privée des citoyens « invite les victimes à dénoncer ces agissements contraires aux dispositions légales ».
Avec ce communiqué, les personnes qui s'adonnent à cette pratique d'exposition de la vie privée des personnes sur les réseaux sociaux sont averties et bien averties. Communément appelées "vidéo-men", elles écument quotidiennement et permanemment les réseaux sociaux tels que Facebook, Tiktok, WhatsApp. Ces vidéo-men n'ont aucune retenue dans leur sale besogne. Ils ont brisé des foyers, des amitiés, des carrières, etc. Qu'ils sachent que l'épée de Damoclès est suspendue sur leurs têtes !
Espérons qu'avec cette mesure de haute portée de l'Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP), le phénomène de "Bourdiali" (exposition de la vie privée accompagnée d'insultes et de dénigrement) prendra fin, ou tout au moins, diminuera de façon drastique. En plus, la mesure permettra à l'opinion nationale de faire la différence entre les journalistes professionnels et les vidéo-men. Pour ce faire, la presse malienne doit féliciter l'APDP pour avoir pris cette courageuse mesure. Il en est de même pour toutes les victimes de ces vidéo-men, ainsi que toute la population.
Quid de l'expression " Épée de Damoclès"
L'expression "L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS" provient d'une légende grecque racontée par CICÉRON dans ses TUSCULANES. Elle symbolise le danger constant qui peut menacer une personne, même si celle-ci semble être en position de pouvoir ou de grande chance. Dans l'histoire, Damoclès était un courtisan à la cour de Denys l'Ancien, un tyran de Syracuse. Jaloux de la richesse et du pouvoir de Denys, Damoclès s'exclama un jour que le tyran devait être le plus heureux des hommes. Pour lui montrer la réalité de son pouvoir, Denys proposa à Damoclès d'échanger leurs places pour un jour. Damoclès accepta, ravi de pouvoir profiter des privilèges du roi. Cependant, pendant qu'il était assis sur le trône, Damoclès remarqua qu'une épée aiguisée était suspendue au-dessus de sa tête par un simple crin de cheval. Cette épée symbolisait le danger constant auquel Denys était exposé, malgré son pouvoir et ses richesses. Terrifié, Damoclès supplia le tyran de le libérer de cette situation, préférant renoncer aux plaisirs et aux honneurs royaux. Ainsi, "L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS" est devenue une métaphore pour décrire une menace ou un danger imminent qui plane sur quelqu'un, en particulier ceux qui occupent des positions de pouvoir ou d'influence. Elle rappelle que la fortune et la position élevée s'accompagnent souvent de risques cachés ou de responsabilités lourdes.
Cyrille Coulibaly