Préservation de la démocratie au Mali : une sentinelle en difficulté !
Les médias doivent incarner leur rôle de sentinelle qui protège la démocratie. Ils veillent à la transparence, alertent sur les dérives. Ils informent avec rigueur, éthique et indépendance.
L’animation de la démocratie et l’engagement civique ne devraient pas être le seul ressort des autorités politiques. Ils relèvent de la responsabilité de chaque citoyen et chaque citoyenne. Car les fruits d’une démocratie participative à savoir la paix, la stabilité, le respect des libertés individuelles et collectives, profitent à l’ensemble de la société.
La presse, souvent qualifiée de « quatrième pouvoir », occupe une place centrale dans tout système démocratique, aux côtés des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Au Mali, elle a été un fer de lance pour l’avènement de la démocratie. Malgré des hauts et des bas, les médias ont joué et continuent de jouer un rôle crucial non seulement pour préserver, mais surtout pour consolider notre démocratie, encore jeune et fragile.
« La presse doit veiller à donner la parole à toutes les composantes de la société. Les jeunes, les femmes, les communautés rurales et marginalisées doivent être entendus et intégrés dans le débat public. La démocratie ne se construit pas uniquement depuis les grandes institutions, mais aussi à partir des voix de celles et ceux qui vivent ses effets au quotidien », a soutenu Coumba Ba, femme leader et responsable d’association, non moins animatrice d’émission télévisée.
Pour elle, la presse malienne doit être un pilier actif de la consolidation démocratique à savoir un espace d’expression, de dialogue et de construction collective. «Une démocratie ne peut survivre sans une presse courageuse, bien formée, régulée, et profondément ancrée dans les réalités de son pays», a-t-elle avoué. Une véritable invite aux professionnels de l’information à refuser la censure, à rejeter l’autocensure mais aussi à rester fidèle à leur mission première qui est d’informer avec rigueur, éthique et indépendance. Elle met le curseur sur ce rôle majeur des média dans le fonctionnement démocratique du pays. Car, les médias informent les citoyens leur permettant d’avoir accès une diversité d’opinion.
Ne jamais se compromettre pour plaire à un dirigeant ou avoir des avantages matériels
Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Kéïta estime que la presse doit d’abord œuvrer à préserver son indépendance (indépendance éditoriale, indépendance financière). L’ex chef du gouvernement insiste sur le professionnalisme des acteurs de presse. Ce qui passe nécessairement par des professionnels mieux formées et outillées. Selon lui, la presse doit ensuite, travailler conformément à la déontologie, à transparence, dire la vérité, être neutre vis-à-vis des postures politiques, vérifier les informations avant de les diffuser, promouvoir les débats et les contradictions.
Dans la réussite du processus électoral, les médias peuvent apparaitre un cadre servant de décrypter les programmes des différents candidats. Aussi, ils peuvent être un vecteur de transparence dans la préservation de l’intégrité du vote des électeurs. Au Mali, certaines stations de radios diffusent les résultats électoraux dès la fermeture des bureaux de vote.
Enfin quand il le faut, avance Moussa Mara, « la presse doit dénoncer les atteintes à la démocratie et aux libertés, ne jamais se compromettre pour plaire à un dirigeant ou avoir des avantages matériels ».
Face aux attaques contre la démocratie, qu’elles soient politiques, sociales ou sécuritaires, la presse doit incarner une forme de résistance intellectuelle et morale. Elle doit alerter, enquêter, dénoncer, mais aussi proposer. En révélant les dérives autoritaires, en exposant les abus de pouvoir ou la corruption, elle protège l’espace démocratique.
Rôle de veille et de garde
A en croire Alexy Kalambry, Directeur de publication du Bihebdomadaire « Mali tribune » et Président du Groupement patronal de la presse écrite, la presse a deux rôles à jouer pour préserver la démocratie. « La presse a un rôle de veille et de garde. C'est de ne jamais se fatiguer de rappeler les principes démocratiques», a-t-il ajouté. Selon lui, la presse doit se renforcer économiquement tout en inventant un modèle économique. Et les professionnels des médias doivent être « l’avocat des vérifications des faits, en soutenant toujours le contradictoire et faire preuve de compétence et de neutralité ».
Pour un meilleur ancrage démocratique, les médias doivent devenir un véritable vecteur d’éducation citoyenne. Il s’agit de cultiver chez les citoyens l’esprit critique afin qu’ils soient plus difficile à manipuler par des personnes animées par des desseins attentatoires à la démocratie. Être un rempart, ce n’est pas seulement dénoncer, c’est aussi inspirer. La presse peut et doit valoriser les modèles positifs : des élus intègres, des jeunes engagés, des initiatives communautaires qui renforcent la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
A.Ouattara/Malijet.com