Lettre à grand-père : Pourquoi sommes-nous différents ?
Cher grand-père, Ces derniers temps, je me suis longuement interrogé sur la manière dont nos pays sont gouvernés, et sur celle des nations que nous appelons, faute de mieux, les pays occidentaux.
Une question revient sans cesse : pourquoi sont-ils si avancés et pourquoi semblons-nous toujours en retard ?
Ils dominent sur les plans sanitaire, éducatif et du développement, les trois piliers fondamentaux de toute nation viable. Pendant ce temps, chez nous, ces secteurs peinent à décoller. Sur les plans politique, infrastructurel et sécuritaire, nous reculons là où d’autres anticipent et innovent.
Beaucoup expliquent cet écart par des complots, des manœuvres extérieures, des bâtons constamment placés dans nos roues. Soit. Mais une question demeure, grand-père : pourquoi n’arrivons-nous pas, malgré tout, à surmonter ces obstacles comme d’autres l’ont fait ? Pourquoi stagnons-nous ?
Construire une nation, c’est comme ériger un édifice. Il faut des architectes et des maçons. Les architectes conçoivent, tracent les voies, éclairent par la science, l’art et le savoir. Les maçons exécutent, bâtissent avec la force, la morale et le courage. Leur boussole devrait toujours être la même : vérité, justice et paix.
Alors, où avons-nous échoué ?
Avons-nous manqué de bons architectes capables de penser une architecture nationale solide et durable ?
Avons-nous manqué de maçons intègres, prêts à bâtir pierre après pierre un avenir commun ?
Ou avons-nous échoué sur les deux fronts ?
Peut-être, grand-père, que nos architectes et nos maçons se sont tout simplement trompés d’édifice.
Ils n’ont pas bâti une Nation, mais des constructions personnelles.
Nos architectes ont pensé d’abord à eux-mêmes, à leurs familles, à leurs cercles. Les plans qu’ils ont dessinés protégeaient leurs intérêts et ceux de leurs enfants. Les politiques publiques, comme les actes posés, n’avaient rien de national.
Les maçons, à leur tour, n’ont travaillé que pour leur propre bénéfice et celui de leur progéniture.
Jamais il n’a réellement été question d’un édifice-Nation.
Résultat : au moindre vent, à la plus petite secousse, l’édifice national vacille et s’effondre. Car l’horizon n’a jamais été celui des générations futures, mais celui des prochaines élections : comment les éviter, comment les manipuler ou comment les organiser.
Voilà, grand-père, l’œuvre laissée par nos architectes et nos maçons : un édifice fragile, éphémère, sans fondations profondes.
Ma 336ᵉ lettre. À mardi prochain, Inch’Allah.
Lettre de Koureichy