Lettre à grand père : Si la parole était libre
Cher Grand-père, Ce matin, je t’écris ma 337ᵉ lettre. Oui, mon 337ᵉ rendez-vous d’analyse et de lecture politique de l’actualité malienne, africaine et mondiale. Voilà 337 fois que je dialogue avec toi, que je tente, modestement, d’apporter des pistes de réflexion pour aider à orienter la politique nationale vers des décisions justes et des issues heureuses face à nos nombreux dilemmes.
Oui, Grand-père, cela fait aujourd’hui 337 mardis, près de sept années que je prends la plume pour te donner des nouvelles. Souvent, le problème n’est pas l’absence de sujets. Bien au contraire. La vraie difficulté est de savoir comment dire les choses, sans provoquer les coups d’humeur ni réveiller des susceptibilités. Lorsqu’il faut parler tout en évitant de froisser le gourou, certains pensent qu’il vaut mieux « se taire pour se traire des faix et avoir la paix ».
J’aimerais pourtant te parler librement. Te dire comment évoluent réellement les choses. T’expliquer où nous en sommes avec la Quatrième République et ses institutions. Te dresser un bilan fidèle et honnête de l’application de la Constitution de juillet 2022. Te décrire, sans détour, l’état réel des grandes libertés soigneusement proclamées, censées être garanties et protégées par notre loi fondamentale.
Si seulement la parole était libre, je pourrais te vanter les mérites de nos différentes chartes de transition, les ports vers lesquels elles ont prétendu nous conduire, et la réalité de la vie dans ces nouveaux repères institutionnels. Je pourrais aussi t’expliquer comment, de la première à la seconde charte, nous avons abouti à la Constitution de 2022… et jusqu’à quel point cette évolution nous ramène, finalement, au constat déjà posé en 1992.
Si la parole était vraiment libre, je pourrais te dire, sans retenue, à quel point l’élan patriotique, souverainiste et panafricain nous a permis — ou non — de dépasser d’autres nations sur le chemin du développement. Je pourrais aussi te parler franchement de l’état des libertés de pensée, d’opinion et d’expression. Évoquer, sans crainte, la réalité des mises sous mandat de dépôt et le fonctionnement des décisions collégiales.
Mais comme la parole n’est pas totalement libre, cher Grand-père, il ne reste souvent qu’à dire que le ciel est bleu, comme toujours. Que des étoiles d’espoir apparaissent à chaque crépuscule. Pendant ce temps, la méchanceté et la jalousie humaines maintiennent beaucoup dans le statu quo. Seuls l’aube et le crépuscule changent ; le ciel, lui, reste indigo et noir, qu’il y ait du soleil ou non.
Sinon, rien à signaler.
À mardi prochain, inch’Allah.
Lettre de Koureichy