Corruption : Qui ne fait pas la corruption au Mali ?
« Yourougou-yourougou », c’est le nom de la chose en Bamanakan. La corruption au Mali a atteint un niveau où le malien s’en est conformé. Presque tout le monde le fait à son niveau et à sa manière. Il arrive que la corruption corrompt rendant ainsi la malien un être « corrupteur et corrompu ».
La corruption, c’est d’elle qu’on parle. Au Mali, il faut dire que la corruption a commencé au niveau des services étatiques, c’est-à-dire les travailleurs de l’état qui se permettent de jouir de l’argent du contribuable.
La caisse de l’état est remplie par l’exploitation de ses ressources et la contribution en termes d’impôt et de taxes par le citoyen. Les travailleurs étatiques sont donc appelés à gérer les affaires publics pour le bonheur de tous. Mais ceux-ci se donnent une bonne raison de s’accaparer des biens du contribuable. « Tout est affaire ».
Les réseaux existent dans les administrations pour faire les affaires qui profitent à des minorités de personnes. Dans notre pays, ce sont les politiciens qui pour la plupart des cas arrivent aux affaires. Une fois les campagnes terminées, l’argent sorti doit rentrer.
Pour cela, les pions sont installés dans les différents services pour monter des dossiers qui peuvent apporter de l’argent. Tout a été négativement politisé. Une fois dans les administrations, bienvenue les affaires. Dans certains services, pour faciliter des démarches, les usagers sont souvent obligés de donner « des dessous-de-table ».
Si vous ne donnez pas, votre affaire peut être gérée mais dans des contraintes liées à la lenteur administratives. La population s’est ainsi conformée aux prix de « thé » ou de « dibi sogo ». Ceux qui n’ont pas ce pouvoir sont dans la frustration et crient à la « corruption ».
Mais si vous arrivez à donner les 1000FCFA et les 2000FCFA, vous n’allez pas abandonner votre affaire pour cette somme, qui pour vous n’est rien. Vous donnez sans penser que vous encouragez la corruption et que vous êtes aussi un corrupteur.
Les maliens qui estiment qu’ils sont aisés financièrement sont parfois les premiers à bruler les règles dans les administrations, ils se voient plus supérieurs aux normes établies, et quant aux agents qui doivent rappeler aux usagers les normes, ils se plient au dictat de ce monsieur ou cette dame qui pense qu’il est plus fort que la loi.
Parfois, ceux qui ont fait l’école du Blanc et qui ont réussi à amasser beaucoup de ressources matérielles ne veulent plus éclairer leur concitoyens car ils vivent sur leur ignorance.
Dans les services de l’état, le respect des normes dérange parfois les affaires. La vie frauduleuse fait l’affaire de tous. Pour un marché étatique ou bien un appel d’offre, il arrive parfois de donner des pots de vin. Tout le circuit doit être « mouillé ».
Qui fait quoi dans cette affaire de corruption est connu de tous au Mali. L’on fait semblant de critiquer d’autres de corruption, alors que l’on fait partie jusque dans les familles.
C’est la raison pour laquelle le combat contre la corruption n’est pas une affaire facile au Mali car ceux qui sont censés la combattre ont aussi des dossiers sales quelque part.
Aucun service n’est épargné. L’on aime indexer les dirigeants alors que nous sommes de grands trompeurs dans le commerce dans les marchés. Imagine des personnes qui sont de grands commerçants, qui pensent qu’elles ne sont pas dans la corruption, par ailleurs elles refusent de s’acquitter des taxes et impôts dans le cadre leurs activités.
Sa voiture roule sur le goudron qui est un bien public. L’état utilise ses recettes pour gérer les affaires, si cette personne ne s’acquitte pas, comment est-ce que l’Etat peut avoir de l’argent ? C’est facile de se dédouaner alors qu’on en fait partie.
Qui ne fait pas la corruption au Mali ? Ils seront peu à lever le petit doigt. Lorsque vous vous trouvez dans un système miné par la corruption et que vous ne le contrôlez pas, et que ce sont les éléments de ce système qui doivent gérer vos affaires, sachez que la corruption vous sera imposée sans quoi vous verrez votre dossiers dans les placards.
La corruption n’est pas une bonne chose. La conscientisation des populations va permettre de s’en rendre compte. Pour lutter contre la corruption, il aller à un nouveau départ. Le système de la corruption a miné le Mali depuis des décennies. Des enfants sont nés, grandis et devenus des responsables politiques grâce à la corruption.
L’affaire Bakary Togola est en train de faire peur, c’est une bonne chose. Dans cette lutte contre la corruption au Mali, il y a des dossiers du passé sans issue qui doivent être classés. Il faut un nouveau départ avec de nouvelles stratégies et de nouvelles têtes avec l’appui de la sensibilisation et le respect des devoirs et droits.
Le Mali n'est pas facile. Comme on a l'habitude de le dire dans les causeries: kow beyi dèh! Ko kolon tè ko ye, « Yourougou-yourougou » tè ko ye!
Yacouba Dao
Clinique de Gestion et d'Innovation des Connaissances (CGIC)
Chargé Suivi-Evaluation et de Communication
Professeur d'Anglais
Journaliste écrivain