Le Covid-19 frappe de plein fouet l’économie informelle au Mali : Quelles conséquences ? Comment l’Etat pourrait-il y répondre ? Quid du post Covid ?
Selon une étude du Fonds Monétaire International (FMI) publiée en juillet 2017 sur la zone UEMOA, l’économie informelle au Mali représente entre 40 et 50% du PIB. C’est une économie de subsistance et de pauvreté́, intégrant toutes les dimensions culturelles et familiales. C’est aussi une économie trapue à quantifier par nature. Elle rameute des activités qui décampent à l’observation. Les différents gouvernements qui se sont succédés depuis l’indépendance du Mali, n’ont présenté aucune politique sérieuse et robuste pour formaliser et atténuer significativement les crises au sein de la sphère informelle. Ils sont restés sur le postulat que l’économie informelle fonctionnait comme un amortisseur social et correspondait à un regard particulier des relations humaines. Si l’activité informelle demeure important dans l’économie malienne, elle est frappée de plein fouet par cette nouvelle pandémie de Covid-19 depuis le 25 mars dernier.
Quelles sont les conséquences sur les populations et leurs activités dites informelles ?
Au Mali, les dernières études publiées par l’Institut National de la Statistique (INSTAT) montrent que l’économie informelle touche environ 70 % de la population active. Ces chiffres sont largement sous-estimés. La structure de l’économie informelle au Mali regroupe essentiellement des activités liées à l’artisanat, au petit commerce, aux petites et moyennes entreprises non formellement identifiées par l'Etat. Ainsi, l’importance de l’économie informelle dans la création de la richesse nationale est très significative. L’économie informelle est également marquée par une grande hétérogénéité des populations concernées. Il existe deux catégories de population dans l’économie informelle au Mali : celle qui en tire des revenus de subsistance et celle qui mène simultanément une ou plusieurs activités génératrices de revenus (AGR). La première catégorie vit exclusivement de l’économie informelle tandis que la seconde effectue sporadiquement des activités informelles en s’affranchissant de l’impôt et une frange de cette dernière est dans une phase de transition entre l’informel et le formel.
Le Covid-19 frappe de plein fouet ces deux catégories de populations évoquées tantôt dans la sphère informelle. Les acteurs ont enregistré une baisse significative de leurs activités. Cela s’explique en partie par certaines mesures de restriction de marchés. En effet, l’Etat a ordonné la levée des marchés à partir de 16h00 tous les jours et cela jusqu’à nouvel ordre. Cette mesure est un coup de massue pour ces commerçants dont l’activité est florissante à partir de 16h00. De nombreux commerçants dans le grand marché de Bamako vivent le jour au jour avec moins de deux dollars par jour. Si certains de ces agents économiques arrondissent les fins de mois de leurs conjoints, d’autres assurent l’intégralité des dépenses familiales. Très généralement, ils n’ont aucune garantie à présenter aux institutions bancaires dans l’optique de contracter un emprunt bancaire pour développer leurs activités. Cette pandémie vient exalter toutes ces problématiques qu’ils vivent au quotidien.
Comment l’Etat pourrait-il y répondre ?
Face à cette épidémie de Covid-19, le gouvernement malien a annoncé une série de mesures comme la mise en place d’un fond spécial de 100 milliards de FCFA pour les « familles les plus vulnérables » ou la distribution de seize mille tonnes d’aliments bétail aux populations les plus démunies. Ces mesures sont insuffisantes et elles ne permettront aux acteurs de l’économie informelle à sortir de l’extrême pauvreté.
L’Etat doit adopter d’autres mesures spécifiques pour l’économie informelle : un récemment rapide des agents les plus vulnérables (cette première couche de la population informelle) sous la responsabilité des maires ; la gratuité de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) et des soins hospitaliers pour tout agent menant une activité informelle (cette deuxième couche de la population informelle) et qui décide de se déclarer ; la mise en place d’une cellule de crise dédiée aux agents de l’économie informelle.
Quid du post Covid ?
L’Etat doit voter un budget pour le post Covid-19 afin d’aider les acteurs de l’économie informelle à relancer leurs activités. Il faut impérativement une réforme économique post pandémie s’inscrivant dans une stratégie de relance économique et de formalisation des activités informelles. Il s’agit donc de créer un environnement propice à une meilleure condition de vie des citoyens et à un climat des affaires plus certain. L’économie informelle est essentiellement une problématique institutionnelle au Mali. Toutefois, il arrive souvent que les quelques micro-entreprises tenant des unités de production non déclarées et non réglementées ne s’acquittent ni de leurs obligations fiscales, ni de leurs obligations sociales vis-à-vis des travailleurs, faisant ainsi une sorte de concurrence déloyale aux autres entreprises. Celles-ci doivent être ciblées pour qu’elles contribuent. Cela permettra à L’Etat de récolter plus de ressources fiscales.
Il est temps de développer des agendas de recherche et des plans d’actions pour étudier et implémenter les politiques d’assistance aux commerçants informels visant à augmenter leur productivité, et dans le même temps, les amener à respecter leurs obligations fiscales et réglementaires. La direction générale des impôts doit former les différents responsables des syndicats des commerçants pour qu’ils sensibilisent leurs membres pour une meilleure collaboration entre les deux acteurs. Entre le syndicat et les commerçants le courant passe mieux qu’avec les agents des impôts.
La question est de savoir si l’Etat sera capable de mettre en place ces reformes, l’avenir nous le dira !
Amadou SY
Consultant en Diagnostic Economique / Contrôleur financier