samedi 18 avril 2026
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Décryptage : Comment Bah N’Daw pourrait-il réussir ?

Par Mali Tribune 246 vues
Décryptage : Comment Bah N’Daw pourrait-il réussir ?

Loin du modèle binaire opposition-majorité, Bah N’Daw doit transmettre, d’ici l’organisation des élections générales (2022) une sensibilité démocratique bétonnant les liens intimes entre les règles démocratiques et leur respect par le citoyen. Le défi de Bah N’Daw n’est-il pas de conduire les Maliens là où ils n’étaient pas prêts à aller ?

 

Avec une dose d’optimisme, on peut considérer que l’installation du Conseil national de Transition (CNT), dernier né des trois organes de la transition, place l’exécutif en position de changer le Mali. Un Mali qui a plus que tout besoin d’un travail préalable sur la recevabilité des réformes à venir, c’est-à-dire leur acceptation sociale par les Maliens : exemple de la refonte du système éducatif.

Même s’il est encore trop tôt pour dresser un état des lieux objectifs du chemin parcouru par les autorités de la transition, une incertitude plane sur la manière dont les moins jeunes (Président de la transition et Premier ministre) peuvent conserver leur ascendant sur les plus jeunes (Vice-président de la transition et Président du CNT). Il semble que les risques de conflits de génération, souvent balayés d’un revers de la main pour paraitre unis, ne sont pas à exclure dans un pays où le droit d’ainesse prédomine. Les plus jeunes, ayant leur avenir politique devant eux, peuvent être tentés par un réseautage puissant afin d’ancrer et de renforcer leur capital politique pour les vingt ans à venir, comme on a pu le voir avec Amadou Toumani Touré en 1991 ou Salou Djibo en 2010. Ce qui peut parfois se faire au détriment de l’intérêt général. Il est très susceptible qu’Assimi Goïta ou un autre membre du CNSP se présente à la magistrature suprême dans les années à venir. Ce qui interroge l’équilibre fragile entre les intérêts politiciens et la politique au sens noble du terme. Les plus âgés ne sont pas exempts bien sûr de jouer les mêmes coups. Car “peu d’hommes refusent le pouvoir lorsqu’il s’arrête devant la porte de leur case » me rappelait ma grand-mère.

Penser la cadence et l’inclusivité des réformes

En attendant, la mise en place du CNT, faisant office de pouvoir législatif, doit permettre à l’exécutif d’aborder l’étape d’après, celle des réformes, déjà annoncées dans la charte :

…le rétablissement et le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ; le redressement de l’Etat et la création des conditions de base pour sa refondation ; la promotion de la bonne gouvernance ; la refonte du système éducatif ; l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ; le lancement du chantier des réformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives ; l’organisation des élections générales ; la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger”, article 2, chapitre II du titre II de la Charte de la transition. L’enjeu est de taille : penser la cadence et l’inclusivité des réformes sur le reste du chemin à parcourir de la transition.

La réussite de la transition, c’est aussi la capacité des différents organes à travailler ensemble pour réaliser des actions concrètes et visibles de tous les Maliens sur l’éducation ou la stabilité sociale. Pour ce faire, l’exécutif doit œuvrer autour de deux invariables.

Avoir une audace politique

Le premier, c’est d’intégrer dans le logiciel de gouvernance leur capacité d’actions et le respect des intérêts des Maliens. Bah N’Daw, Assimi Goïta, Moctar Ouane et Malick Diaw ne doivent pas se laisser enfermer dans une logique uniquement militaire, ni dans une logique de gestion clanique du pouvoir, origine de toutes les formes de transgression. L’agacement et la révolte des Maliens contre le régime d’IBK s’origine dans son impuissance à assécher l’abreuvoir de la corruption dont certains étaient devenus coutumiers. Or, c’est bien les responsables de cette corruption que N’Daw, Goïta, Ouane et Diaw doivent combattre, sanctionner en étant politiquement audacieux. Ce sera une des garanties pour que les Maliens aient de nouveau confiance en la classe dirigeante.

La deuxième invariable, c’est créer un climat sociopolitique favorable aux réformes.  Pour éviter un autre brasier politique, les Maliens (organisations syndicales, partis politiques, associations, groupes signataires de l’Accord d’Alger…) doivent y être associés dans un cadre d’échanges et de débats. Où ils doivent être écoutés, entendus et reconnus. C’est une des clefs de voûte pour une transition démocratique réussie.

L’articulation de ces deux invariables permet d’innover et de minimiser les risques d’échecs de l’exécutif dans un environnement où tout le monde est à fleur de peau. C’est aussi l’équilibre qui doit être trouvé pour faire de la transition une clef de succès pour la démocratie malienne.

Il reste à savoir comment parler aux Maliens dans un climat où l’homme politique, pas seulement au Mali, est discrédité ? Il n’y a qu’à voir le faible taux de participation aux élections législatives : 35 % au 2eme tour des législatives 2020 contre 37 % aux législatives de 2013. Une des raisons principales, c’est l’incapacité des dirigeants à satisfaire les promesses électorales. Ils sont victimes de leur mauvaise réputation. Entre le discours et le faire, l’écart est gigantesque. Pas étonnant que le mot homme politique effraie dans une société déjà fracturée. Pourtant, au Mali il y a encore des hommes politiques capables de changer la donne.

Transmettre un héritage

Ne devons-nous pas comprendre que le monde avance et que le Mali doit avancer aussi. Par exemple, le Burkina-Faso, un de nos voisins immédiats, bien que malmené sur un plan sécuritaire, a su organiser son élection présidentielle sans crise postélectorale majeure. Chose à saluer dans un espace ouest africain en proie aux crises postélectorales (Côte d’Ivoire). L’exemple Burkinabé peut servir le Mali pour qu’en 2022, les résultats des élections générales soient acceptés par tous. Ce sera une façon de monter d’un cran l’image du Mali. Pour cela, c’est maintenant ou jamais, que tout se joue dans la préparation, l’organisation et l’anticipation. C’est un des défis de Bah N’Daw : prendre le risque énorme, mais nécessaire, pour bousculer les catégories traditionnelles de la gouvernance, et conduire les Maliens là où ils n’étaient pas prêts à aller : retrouver la souveraineté nationale et la défense de l’intérêt général. Il y va aussi de l’honneur de Bah N’Daw : transmettre un héritage où, d’une génération à l’autre, des nouveaux échafaudages institutionnels se construisent sans que la chaine de transmission démocratique ne soit rompue. Rien ne nous empêchera de retrouver cette beauté de la vie, décrite par Amin Maalouf dans Léon l’Africain : “Mais nulle part la vie ne m’a semblé aussi souriante qu’à Tombouctou”.

Mohamed Amara

(Sociologue)

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Commentaires (12)

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I
IYACOUBA il y a 5 ans

Bah D'Naw ne peut pas réussir. Tout le monde sait que c'est Kati qui dirige le Mali. Ils ont envoyé ce monsieur pour échapper aux sanctions de la CEDEAO et tout le monde le sait. Demandons plus tôt : Assimi Goita pourra t'il réussir ? Bah N'DAW est déjà heureux d'être président de la transition. Il vient de montrer qu'il n'est pas l'homme à poigne qu'on disait de lui. Il signe et accepte tout ce que les militaires décident. Normal,ils l'ont sorti du trou pour devenir président.

S
SANDRINE KANTE il y a 5 ans

Ce pays a besoin de nouvelles approches pour le remettre sur ses deux pieds et l’aider à prendre le train de l’émergence. Ce rêve n’est pas du tout possible avec une classe politique pourrie, une société civile mendiante au service du plus offrant et une communauté religieuse dominée par le gout du luxe et autres avantages et qui a carrément perdu les pédales, les valeurs de dernier rempart à chaque fois que le pays est sur le chemin de la déperdition. C’est pour cela qu’il faut encourager et soutenir les positions de ceux-là qui estiment que les politiques… doivent s’éloigner de la transition et se préparer pour les prochaines élections.

B
BIBI il y a 5 ans

Je pense que nous devons mettre le passé de coté et nous concentrer sur le présent et le futur. Car comme on le dit on ne peut pas récupérer l’eau déjà versé. Alors j’appelle l’ensemble du peuple malien à l’union pour que nous puissions bâtir le Mali Koura que nous voulons tant.

F
FATOU il y a 5 ans

Le président de la transition Bah N’Dao peut réussir cette transition mais si on le soutien dans cette lourde tâche. Une seule personne ne peut rien faire c’est ensemble que nous arriverons alors soyons tous plus que jamais engagé avec les nouvelles autorités de la transition pour la réussite de cette transition pour un Mali nouveau et un Mali meilleur.

D
Diawara il y a 5 ans

UNE CHOSE EST SÛRE LE PROCESSUS EST ENGAGÉ POUR LE CHANGEMENT TANT PRÔNER PAR L'ANCIEN RÉGIME DIBK E BIEN AVANT LUI.MAIS AUJOURD'HUI TOUS SAVONS QU'UN VENT A COMMENCÉ À SUFFLER ET CROYEZ-MOI QUE PLUS RIEN NE SERA COMME AVANT.EVIDEMMENT IL DES DÉMAGOGUES QUI CRIENT À GAUCHE ET À DROITE ET CHERCHENT À SABOTER LA TRANSITION MAIS PEINE PERDUE ILS NE RÉUSSIRONT JAMAIS A EMPÊCHER CE CHANGEMENT. LES PLUS PESSIMISTES FONT DANS L'INTOXICATION POUR DISCRÉDITER LES DIRIGEANTS DE LA TRANSITION MAIS ILS GAGNERONT PAS CONTRE LA VÉRITÉ. MALHEUR A CEUX QUI DANS L'OMBRE POUSSENT QUELQUES UNS A SEMER LE DÉSORDRE MAIS C'EST TELLEMENT INDIGNE ET HONTEUX CAR CE PAYS A BESOIN DE COHÉSION ET LA PARTICIPATION DE CHACUN POUR AVANCER.NOUS SAVONS QUE BEAUCOUP SONT ANIMÉS QUE D'INTÉRÊTS PERSONNELS MAIS LES DIGNES FILS PATRIOTES SAURONT SE BATTRENT POUR FAIRE AVANCER LA TRANSITION DANS LA DIGNITÉ ET LE PATRIOTISME CAR IL S'AGIT DE L'AVENIR DU MALI.

F
Fatoumata Komara il y a 5 ans

Nous avons intérêt à aider le président de la transition et son équipe à réussir cette mission difficultueuse que le peuple malien leur a confié. Nous sommes persuadés que BAH N'DAW réussira cette transition.

M
Mariko Moussa il y a 5 ans

Disons la vérité entre nous, je vois très mal cette transition nous donner une élection libre et transparente, parce que le CNT n'est pas légitime et légale. La clé de répartition du CNT a été mis de côté par les autorités à cause de je ne sais quoi. Il ne faut pas que cette transition se crée des opposants.

M
Mr SOUMANO il y a 5 ans

Les maliens veulent le Mali Kura et le Mali Kura ne viendra pas du ciel comme cadeau du ciel, non, à travers le travail que le MALI NOUVEAU verra le jour. Et puis dire qu'on ne peut pas faire du nouveau avec les vieux, ça c'est faux, le changement n'est pas lié à la génération, si nous voulons le changement il faut qu'on accepte de changer en premier.

A
Abdoulaye COULIBALY il y a 5 ans

Pour la réussite de la transition je conseille au Président de vraiment solutionner les grognes sociales, les grèves de l'UNTM n'est pas bon pour la transition, les grèves des administrateurs civiles n'est pas bon pour la transition, les grèves des hommes de la santé n'est pas bon pour la transition. Il faut vite organiser des séances de travail, de dialogue franc inter malien.

L
Lakadette Dembélé il y a 5 ans

Bah N'Daou doit assumer, on ne peut pas être président et laisser tout aux putschistes du CNSP, vraiment ils ont fait une erreur monumentale en laissant de coté le quota du CNT dont ils avaient demander. On ne peut pas diriger un pays sans les textes et si les autorités marchent sur les textes et les administrés vont faire quoi?

P
Paul Diarra il y a 5 ans

Si le Président de la transition Bah N'Daou veut réussir, qu'il accepte de recevoir tous les maliens. Il n'est jamais trop tard pour bien faire. La réussite de cette transition dépend des autorités en place, il faut qu'il arrête de faire comme si les hommes politiques sont les seuls coupables.

M
Mali Nyeta il y a 5 ans

Je pense que la réussite de la transition n'est pas l'affaire du seul président de transition et de son équipe. Certes, les autorités de la transition ont un rôle prépondérant à jouer car étant les meneurs du jeu mais le peuple a aussi une très grande responsabilité à jouer dans la réussite de la transition. Chacun à le combat de la lutte contre la corruption sur les lèvres mais combien sont réellement déterminés à le méner. La majorité de nos concitoyens soutiennent la justice quand il s'agit des autres mais quand il s'agit d'eux-mêmes ou de leurs proches; ils mettent la crédibilité de la justice en jeu et s'attaquent à celle-ci. Pour que la lutte contre la corruption puisse aboutir; nous devons être objectifs et soutenir la justice contre ceux qui lorsqu'ils sont interpellés usent de leur influence pour nuire à cette justice et la décrédibiliser. Le peuple a une grande responsabilité à jouer dans ce changement. Les autorités de la transition quant à elles doivent être justes, crédibles et transparentes. Elles doivent s'assumer et prendre les décisions qui sont bonnes pour le pays et pour le peuple Malien plutôt que de travailler à se maintenir au pouvoir après la transition en usant de manoeuvre politiciennes.