samedi 18 avril 2026
Contact
Malijet

Négociations avec les djihadistes, une question délicate

Par Malijet 330 vues
Négociations avec les djihadistes, une question délicate

Depuis quelques temps, la question des négociations avec les groupes terroristes est sur toutes les lèvres. Dans une interview donnée à une radio internationale le Premier ministre Moctar Ouane a de nouveau rappelé qu’il souhaitait s’engager dans cette voie. Le chef de la MINUSMA a lui aussi expliqué, il y a quelques jours, que les maliens étaient favorables à ce dialogue. On pourrait alors croire que ces discussions mettront enfin un terme aux années de guerre qui déchirent le Mali. Mais les choses ne sont pas si simples et finalement le pays aurait sans doute plus à perdre qu’à gagner.

 

Le premier obstacle auquel se confronte le gouvernement est bien évidement la position de la France. Le président Macron l’a martelé lors du dernier sommet du G5-Sahel, il n’y aura pas de négociations avec les terroristes, son objectif restant la « décapitation de la hiérarchie djihadiste ». Une divergence de point de vue qui fragilise grandement le gouvernement de la Transition alors que la France soutient depuis des années le Mali dans son combat contre le terrorisme. Au sein même du gouvernement des voix s’élèvent aussi pour rejeter cette idée. Ainsi Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation, déclarait il y a quelques jours : « on ne doit pas négocier avec les terroristes ! ». Une belle épine dans le pied de la Transition quand on sait que ce ministère est au cœur de cette thématique.                                   

Le Mali devrait pourtant se souvenir de sombres expériences de négociations avec les djihadistes.  En effet, si le gouvernement peut se féliciter d’avoir libéré quatre otages dont l’ancien Président Soumaïla Cissé en octobre 2020, la contrepartie financière a indubitablement permis à ces groupes terroristes de renforcer leur logistique mais aussi leur influence. On sait désormais qu’une infime partie de l’argent de la rançon était distribuée à la population faisant passer les djihadistes pour des bienfaiteurs ! Mais le plus grave fut la remise en liberté de quelques 200 prisonniers. Parmi eux se trouvaient des combattants confirmés et aussi des experts en confection de bombes artisanales qui se sont rapidement remis au travail. Les conséquences ont été aussi simples que dramatiques : des maliens sont morts sur des IED et des soldats des forces de sécurité sont tombés sous les balles de ces terroristes relâchés.

Alors que va faire le gouvernement ? Quelles concessions est-il prêt à faire au nom des Maliens ?

Il parait bien inconcevable qu’une partie de l’avenir du pays puisse reposer sur des négociations avec des leaders djihadistes venus de l’étranger, comme l’algérien Abou Oubeida Youssef pour AQMI ou le marocain Al-Saharaoui pour l’EIGS. Le message envoyé au peuple serait catastrophique. De plus, les revendications des terroristes qu’elles soient territoriales ou religieuses sont bien différentes d’un groupe à l’autre donc impossibles à satisfaire. On peut alors craindre que nos hommes politiques s’engagent dans une impasse qui affaiblirait implacablement un Mali en pleine reconstruction. A déclarer que des négociations sont possibles, l’Etat prend le risque qu’une partie de la population pense que les djihadistes sont devenus fréquentables. Une idée que ne partagent certainement pas les maliens qui vivent dans la terreur au quotidien.

Idrissa Khalou

Partager:

Commentaires (3)

Laisser un commentaire

S
sèkè il y a 5 ans

à ceux parles de discuter avec les djihadistes, qu'il fassent d'abord la différence entre discuter une libération d'otage et discuter les termes d'une reddition...oui ...reddition du Gouvernement et des Forces Armées Maliennes....car c'est ce dont il s'agira lorsqu'on s'attablera avec les leaders djihadistes, ils dicteront leur quatre volontés, qui en fait, se résume en une seule : l'application de leur "sharia" sur toute l’étendue du territoire malien....pour commencer.... Tout dirigeant qui se pliera à cela ne parle pas à mon nom !

D
Dr ANASSER AG RHISSA il y a 5 ans

Bonsoir, Nos forces de défense et Sécurité tombent souvent dans des embuscades meurtrières. Ceci par manque de systèmes d'identification précise des terroristes ou de groupes de terroristes en embuscades. Quel type de guerre faut-il mener et comment assurer son efficacité ? 1. Pour une guerre stratégique de renseignements sur le terrorisme J'avais adressé en ligne au Président Malien, au médiateur de la CEDEAO et aux Maliens, une lettre ouverte en 2012 contenant une proposition d'un guide et d'une plateforme de concertations nationale et de négociation pour une sortie durable et honorable pour tous de la crise Malienne. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, j'avais proposé une guerre stratégique de renseignements sur le terrorisme au Mali. Ainsi les terroristes seront délogés, sans trop de dégats collatéraux, par les forces de défense et sécurité du Mali avec le renfort de la coalition régionale et internationale. 1.1 Processus et base stratégique d'intelligence collective En coopérant, les citoyens et les communautés aideront à faciliter l'identification lorsqu'ils ont des informations à fournir. Par l'intelligence collective, en collectionnant et en liant toutes les informations recueillies à travers une base d'intelligence stratégique, les terroristes seront isolés et capturés en évitant les dégats collatéraux : toute action sera ciblée. Une telle base pourra etre liée avec celles des autres pays de la sous-région ou au delà pour une efficacité encore plus grande. Les FDS du Mali avec le renfort de l'ONU/UA/CEDEAO/UE assureront la sécurisation de la population dans toutes les régions du Mali, de la transition et des conférences de compromis, en liaison avec les Forces de Défense et Sécurité (FDS) du Mali. 1.2. Quel lien y-a-t-il entre la guerre informationnelle d'intelligence collective contre le terrorisme et l'usage des TIC ? L'intervention militaire contre les terroristes se fera dans un milieu comportant une grande zone désertique. Pour agir efficacement dans un tel milieu, il faut des préalables, une connaissance minimale de ce milieu, de ses habitants et l'adaptation à ce milieu. Les soldats Maliens connaissent mieux le désert pour en avoir subi les intempéries, pour ceux ayant travaillé au nord Mali, que d'autres qui n'ont jamais vu le désert ou n'y ont jamais vécu. Un minimum de connaissances sur ce milieu et ses habitants et des adaptations et simulations sont nécessaires pour tous ceux qui participeront à la force internationale d'intervention au Mali. Alors, comment agir efficacement dans ce milieu du Nord du Mali et dans sa zone désertique ? Sachant qu'un GPS (Global Positionning System), système global de détection du positionnement, n'est efficace que sur un espace géographique bien identifié, il est indispensable, au préalable ou dynamiquement, de créer une telle identification et de la codifier. En plus de l'identification et de la codification du milieu, celle des terroristes (afin de faire la différence entre eux) est aussi importante dans un contexte où la population locale est mélangée souvent avec les terroristes, des fois, sans qu'elle le sache. Il y a l'exigence d'une guerre précise, ciblée et de courte durée : UNE TELLE GUERRE EXIGE L'ENGAGEMENT DE TOUS LES MALIENS EN FRONT UNI ET CELUI DES PARTENAIRES RÉGIONAUX ET INTERNATIONAUX. ELLE EXIGE AUSSI UNE DURÉE CONSÉQUENTE POUR DES INFORMATIONS (CORRÉLÉES ET SÉCURISÉES) FIABLES SUR LES TERRORISTES. Cette guerre se base sur une stratégie inclusive et collective de lutte contre le terrorisme : voir la proposition que j'avais faite pour le G5 Sahel et la coalition pour le Sahel en 2021. 2. Cas de la guerre : Organisation et direction des opérations au Mali La guerre ne se produira que quand on sera sur avec précision, de la cible terroriste à un endroit donné. AIDÉES PAR LES AUTRES (CEDEAO/UA/ONU/UE/Africom), LES FORCES DE DÉFENSE ET SÉCURITÉ DU MALI DOIVENT ASSURER LA DIRECTION OU LA CODIRECTION DES OPÉRATIONS AU NIVEAU DU MALI. En plus, toute coordination et harmonisation exige des adaptations aux réalités locales (contexte local), que seules les forces du pays concerné connaissent. Concernant d'autres zones couvertes par l'intervention et qui ne font pas partie du Mali, le pays auquel appartiennent ces zones assurera aussi la direction ou codirection des opérations. Au Mali, pour jouer efficacement ce role central dans l'élan harmonisé et dans les coordinations et harmonisations nécessaires, il est indispensable que les forces de défense et sécurité du Mali : - soient réconciliées et aient une parfaite cohésion entre elles, - aient la confiance, le moral et soient redynamisées en valorisant aussi leurs métiers et leurs salaires, - soient bien formées et bien conseillées, - se synchronisent et travaillent en harmonie avec les autres (CEDEAO/UA/ONU/UE/Africom). 3. Contact : Dr Anasser Ag Rhissa Expert TIC, Gouvernance et Sécurité, Email : [email protected] r TEL 78731461

D
Dr ANASSER AG RHISSA il y a 5 ans

Appel à la gouvernance de la transition et aux partenaires pour éviter la déstabilisation prolongée de la transition et du Mali par des djihadistes et non par coup d'État. Bonjour, La situation à Farabougou, dans tout le cercle de Niono (région de Ségou), dans le pays Dogon et progressivement dans la région de Mopti, n'est plus tenable du point de vue sécuritaire malgré le fait que la deuxième priorité de la Minusma soit la protection des personnes et de leurs biens au centre et l'appui du Mali pour la mise en œuvre du Plan de Sécurisation, PSIR, Intégré des Régions du Centre. Le nord et le sud du Mali ne sont pas en reste. Au Mali, en plus de l'hécatombe induite, les besoins humanitaires se sont multipliés. Le média, Le soir de Bamako, a raison, incontestablement, un plan de déstabilisation de la transition et du Mali est en train d'être mis en œuvre. Par qui ? Pourquoi ? Les djihadistes, aidés par des forces invisibles, exécutent ce plan de déstabilisation. Que faire ? Sachant que le statuquo n'est plus tenable, deux solutions sont maintenant envisageables : (1) les FAMAs et la Coalition des forces partenaires du Mali s'organisent pour agir en liaison avec l'ICMM (Initiative de commandement Militaire au Mali) sous le leadership de la Minusma sans oublier les populations locales (qu'il faut impliquer et protéger) ou bien (2) une négociation globale sous l'égide de l'ONU s'ouvre urgemment en demandant une trêve et un retrait des djihadistes pour cette négociation. La première solution, les FAMAs et la coalition des forces partenaires sous l'égide des FAMAs et de la Minusma (ICMM) se battront contre les djihadistes tout en protégeant les populations. Les civils et les communautés constituent une force à part entière qui collabore avec les autres forces. J'avais fait au G5 Sahel et à la coalition pour le Sahel une proposition de stratégie inclusive et collective de lutte contre le terrorisme qui va dans ce sens, La deuxième solution, la négociation, aura lieu sous l'égide de l'ONU et du haut représentant du chef de l'état Malien pour la mise en œuvre de l'accord de paix aidé par les forces vives Maliennes (societé civile....) mais pas les FAMAs (les FAMAs sont mal placées pour négocier, le cas de Farabougou l'a démontré). Finalement, nous avons deux entités, une qui négocie (institution du haut représentant du chef de l'état pour la mise en œuvre de l'accord de paix aidée par le ministère de la réconciliation nationale, le CNCA et les forces vives) et une entité qui fait la guerre (les FAMAs). Bien sûr, qu'il y a communication et synchronisation entre ces entités. Agissons vite et synchronisons les deux actions, la négociation et l'aspect militaire, avec l'aide de nos partenaires. Pour éviter une déstabilisation prolongée de la transition et du Mali, le plus tôt sera le mieux. Dr Anasser Ag Rhissa Expert TIC, Gouvernance et Sécurité TEL au Mali : 78731461