La communication du JNIM au secours d’Ansar Dine : un trompe l’œil ?
J’ai toujours considéré que le JNIM constituait un espace de coordination, au sein duquel Ansar Dine jouait le rôle d’acteur historique et incontesté. Mais une discussion récente avec un membre du HCIM a fait quelque peu vaciller cette certitude. « Et quand les Français seront partis, qu’il faudra négocier avec le gouvernement malien ; lorsque les Peuls et les Azawadiens porteront chacun leurs revendications, crois-tu qu’Amadou Kouffa et Iyad Ag Ghali resteront unis ? » m’a-t-il interrogé.
Voici la question qui a servi de point de départ à une réflexion nouvelle. Mais avant d’y répondre dans un prochain article, je souhaitais analyser les dynamiques et contributions respectives de ces groupes terroristes au djihad malien. Car au moment de se retrouver à une table de négociation, c’est fort de son poids que l’on peut ou non négocier.
Or, la stratégie d’expansion du JNIM se concentre aujourd’hui en direction du golfe de Guinée et donc sous l’impulsion de la Katiba Macina. La Katiba dirigée par Amadou Kouffa multiplie en effet les affrontements avec les Dozos et les FAMa dans le centre du Mali et s’appuie également sur les communautés Peules des pays alentours pour étendre ce combat par-delà leurs frontières. Le prédicateur cherche ainsi à réunir les Peuls au souvenir de l’histoire de l’empire du Macina.
Bien différente est la situation d’Ansar Dine. Cantonné au Nord Mali, le groupe touareg peine à fédérer au sein même des frontières maliennes où nombre d’Azawadiens se sentent davantage liés aux groupes armés signataires qu’au groupe fondé par Iyad Ag Ghali. A cet égard, l’audio du 10 août diffusé par AzZallaqa dans lequel le leader du JNIM appelle sa communauté à se détourner de la démocratie et à embrasser la voie du djihad souligne combien ce choix demeure tout sauf une évidence au sein des populations touarègues.
Un manque d’adhésion que fragilisent un peu plus les revers militaires subis par Ansar Dine dans la région d’Aguelhoc. En effet les victoires de la MINUSMA et des forces de sécurité en avril et en juin ont entrainé de lourdes pertes pour le groupe terroriste, tant du point de vue humain que matériel, interrogeant un peu plus sa capacité à libérer l’Azawad et plus généralement à exercer sa domination au sein du JNIM.
Pour l’heure, cette domination est protégée par la communication d’Iyad Ag Ghali et de l’agence AzZallaqa. Dans ce même audio du 10 août, il rappelait à ce titre que « des combattants du Nord Mali avaient pénétré dans le Sud et même jusqu’aux pays voisins », occultant ainsi la contribution de la Katiba Macina… Un écart donc entre la communication officielle d’un côté et la contribution réelle des différents groupes terroristes, qui ne semble pas fragiliser l’unité du JNIM. Pour l’instant.
Idrissa Khalou