Choguel Maïga : « Les maliens ont compris qu'il y avait un complot international contre leur pays »
Le 16 octobre 2021 le premier ministre de la transition du Mali depuis début juin, Choguel Maïga, a répondu aux questions du « Monde » à Bamako. Les principaux sujets de discussion étaient les relations tendues avec la France et la politique intérieure.
L'entretien a débuté par une discussion sur les relations entre la France et le Mali. Le premier ministre a noté que le gouvernement malien avait demandé à la France de l'aider à éliminer le terrorisme en 2013, mais que pendant toutes ces années, l'intervention militaire française n'a fait qu'empirer la situation - le terrorisme s'est propagé à 80% de la terreur du pays, ce qui a permis aux maliens de comprendre qu'il y avait un complot international contre leur pays.
Quant à la fin des opérations militaires françaises avec l'armée malienne, Choguel Maïga a souligné que le gouvernement malien l'avait appris par les médias. Selon le premier ministre de la transition, tout ça parce qu’un nouveau gouvernement malien, qui ne convenait pas au gouvernement français, avait été mis en place. Un mois plus tard, au sommet du G5 Sahel, Emmanuel Macron est venu pour annoncer que « Barkhane » allait se retirer. Dans ce contexte, Choguel Maïga a rappelé les mots du président de la transition, colonel Assimi Goïta adressés à Emmanuel Macron : « Ce que vous voulez faire, c’est un abandon, en termes militaires. Asseyons-nous et dites-nous quand vous voulez partir, pour qu’on se prépare à prendre progressivement les emprises que vous allez laisser. Lorsqu’on sera prêts, vous pourrez partir. » Choguel Maïga a souligné que le Mali a été abandonné. Depuis, le gouvernement malien a bien compris qu’il ne faut pas compter sur un seul partenaire.
Dans ce contexte, il convient de noter que le peuple malien partage pleinement le point de vue de son gouvernement, en attendant l'arrivée de spécialistes militaires russes qui aideront à lutter contre le terrorisme dans le pays. Les maliens, inspirés par l'exemple de la cooperation efficace de la République Centrafricaine et de la Russie, où en seulement quelques mois les instructeurs russes ont réussi à ramener les territoires sous le contrôle de l'etat et de repousser les bandits, même ont organisé de nombreuses manifestations, exigeant l'intervention de la Russie et la sortie des troupes française inefficaces.
À la fin de l'interview, le premier ministre de la transition du Mali a noté que le coup d’Etat du 18 août 2020 n’était pas un putsch classique. Les militaires ne sont pas sortis de leur caserne pour prendre le pouvoir : ils sont intervenus pour parachever la lutte d’un peuple qui s’est soulevé contre un régime gangrené par la corruption. Il faut trouver un début de solution à leurs revendications, mettre en place des réformes institutionnelles et politiques solides.
Sabine Traoré