vendredi 17 avril 2026
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Lettre ouverte à la Cedeao (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) sur la situation du Mali

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Lettre ouverte à la Cedeao (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) sur la situation du Mali

 

Monsieur le Président en exercice de la conférence de la Cedeao ;

Monsieur le Président de la commission de la Cedeao ;

Messieurs les Chefs d’Etat de la Cedeao ;

Mesdames et Messieurs ;

Je viens à vous pour solliciter votre indulgence à l’égard de notre pays le Mali qui traverse une crise socio-sécuritaire inouïe. Vous vous impliquez à la mesure de votre possibilité. Merci pour les efforts que vous fournissez afin que notre pays, membre fondateur de la Cedeao, soit stable.

Mesdames et Messieurs ;

Les incompréhensions entre le Mali et la Cedeao sur la gestion de la transition ont eu pour conséquence des sanctions à l’égard de notre pays et de nos autorités de la transition avec à leur tête le colonel Assimi Goita. Bien que le Colonel Assimi et le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye Diop, ne soient pas sur la liste ; les sanctions concernent tous les Maliens. Après la déclaration du 07 novembre 2021, vous comptez les durcir si les autorités de la transition ne prennent pas des dispositions pour organiser l’élection présidentielle en février 2022. L’Union Européenne décide de vous soutenir dans cette lancée. Quelle union des africains !

Mesdames et Messieurs ;

Une grande majorité des Maliens et, en dehors du Mali, le peuple de la Cedeao se pose des questions sur cette organisation sous régionale qui semble être plutôt interventionniste en cas de crise que préventionniste. Beaucoup de Maliens estiment que la Cedeao ne cherche pas à les comprendre mais plutôt à se baser sur des questions de forme de la gestion du pays. Le Mali ne peut pas se dérober des protocoles ou des principes d’une organisation dont il est membre fondateur, mais il s’avère que le respect de ces principes ne fait pas l’affaire des Maliens, d’où la question de la prise en compte des préoccupations des peuples par la Cedeao.

Mesdames et Messieurs ;

Le Malien entend le langage de la lutte contre la corruption qui a mis le pays à terre et a occasionné une insécurité inégalée. Le Malien entend le langage d’une justice pour tous au lieu qu’elle serve de moyens d’oppression d’un pouvoir. Le Malien a souffert de la manipulation politicienne pendant des années. Il souffre des conséquences d’un système éducatif qui ne répond pas à ses attentes. Il souffre des conséquences des lois prises à son nom et qui ne contribuent pas à l’amélioration des conditions de sa vie. Tels sont entre autres des soucis du patriote malien qui veut sentir la présence des autorités. C’est pourquoi, les coups d’Etat rencontrent moins de résistance au sein de la population, hormis certains acteurs politiques. Même ces acteurs politiques font des condamnations de forme. Sinon, ils prennent tous acte et reconnaissent implicitement la nécessité du changement opéré.

Mesdames et Messieurs ;

L’indulgence demandée par les Maliens ne vise pas la levée des sanctions mais plutôt vous invite à observer et à écouter le peuple malien en dehors des rapports sur papier. Les voies qui sont pour une prorogation de la transition et celles qui sont pour la tenue des élections doivent être toutes écoutées pour enfin décider de ce qui est bien pour les Maliens. Avec la venue de la démocratie, les élections ont emmené des clans au pouvoir, provoqué des crises post-électorales, des communautés déchirées pour des raisons politiques, etc. Qu’est-ce qu’il y a de plus normal que de voir les choses autrement au lieu de se focaliser sur des questions électorales ? Les sanctions que vous avez prises respectent vos principes mais ne font pas l’affaire du Mali. Les Maliens se posent des questions sur la sincérité de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. La chose qu’on ne dit pas ouvertement est que tout est question de jeu d’intérêt matériel et géostratégique ; les Maliens aussi doivent se battre pour leurs intérêts. Si vous tenez fermement à la tenue de ces élections, vous serez tenus également pour responsables des crises qui vont suivre car tenir les élections serait une totale mascarade.

Mesdames et Messieurs ;

Il y a eu trop de sang versé. Des femmes devenues veuves, des enfants  devenus orphelins, des camps de l’armée malienne détruits, des champs brulés, des bétails détruits, etc. La priorité de celui ou celle qui a perdu ses parents n’est pas les élections. Le défi à relever est la sécurité du pays. Nous vous invitons à revisiter le Mali dans son ensemble, à écouter les maliens de tout bord ; ainsi nous sommes certains que vous pourrez vous aider en aidant le Mali car vous comprendrez les vraies aspirations des Maliens.

Mesdames et Messieurs ;                      

Il est très facile de condamner un coup d’Etat, mais tant que les causes de ces coups ne sont pas combattues dans la région, tant que tout ce qui dérange le quotidien des populations n’est pas combattu, tant que des lois seront taillées sur mesure dans nos pays, assurez-vous qu’il y aura des renversements de pouvoir. Les crises des pays doivent pousser la Cedeao à des réflexions sur son efficacité et son appropriation par les peuples membres.

Les maliens ne comprennent pas que tout ce monde au chevet du Mali ne puisse pas en finir avec cette insécurité. Nous nous posons beaucoup de questions.

Mesdames et Messieurs ;

Encouragez les Maliens à discuter entre eux au lieu de brandir des sanctions qui ne font qu’attiser la réticence des maliens à croire aux résolutions de la Cedeao qui sont de plus en plus décriées dans la région.

Ne vous associez pas à des partenaires extérieurs pour vous sanctionner. Continuez le combat pour l’indépendance monétaire, car cette indépendance vous donnera une marge de manœuvre dans la gestion des ressources de la région. Saisissez cette force incomparable de notre région (ressources humaines, ressources minières, ressources agricoles, etc.) pour vous faire une place dans le monde. Encouragez les nations de la région à faire de la libre circulation des personnes et des biens une réalité. Soyez les maitres de la sécurité dans notre région, unissez vos forces pour les peuples. Ne soyez pas les élèves des enjeux géopolitiques.

Mesdames et Messieurs ;

Pour terminer, les Maliens patriotes, jusqu’à la moelle des os, veulent avoir la main dans la gestion de leur pays sans aucune ingérence étrangère. Nous voulons asseoir les bases d’un Mali qui se relève une bonne fois pour toutes. Il y a eu trop de déceptions dans notre pays. Des partenaires sécuritaires ont échoué, laissez-nous le libre choix de faire ce qui est bon pour nous. On ne peut avoir de « maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales que par la promotion et le renforcement des relations de bon voisinage » qui est un de vos principes, sans que les peuples ne s’approprient pas de leur propre sécurité.

 

Croyant à votre bonne compréhension, veuillez accepter, Mesdames et Messieurs, mes salutations les plus cordiales.

Yacouba Dao/Malijet.com

 

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Commentaires (3)

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A
Anonyme il y a 4 ans

Cette CEDEAO est une déception. Elle ne comprends que ce que lui dicte la France. Dommage !

S
Samba SISSOKO il y a 4 ans

Merci pour cette analyse. Il faut penser à la création de la monnaie malienne le plus tôt possible parce l'umeoa va suivre cette CEDEAO. Autant prendre nos précautions dès maintenant

D
Diawara il y a 4 ans

CES DIRIGRANTS DE LA CEDEAO S'EN FOUT DES POPULATIONS EUX SONT LÀ POUR FAIRENT LE JOB DE LA FRANCE PONT RAISON POUR LAQUELLE QUOI QU'ON DISE TANT QUE C'EST PAS CE QUE VEUT LA FRANCE C'EST NON. ALORS PARTANT DE LÀ NOUS DEVONS DE PRENDRE NOS RESPONSABILITÉS CAR LE MALI PEUT AUSSI CHOISIR DE SORTIR DE CE SYSTÈME ET CRÉER SA PROPRE MONNAIE POUR ENFIN LEUR DIRE AUREVOIRET SIGNER DES COOPÉRATIONS AVEC LES PAYS AFRICAINS QUI VOUDRONT. IL Y Z DES PAYS QUI ONT LEUR MONNAIE ET N'EN SONT PAS MORTS.