Respect de la liberté d’expression et d’association: Aliou Tine interpelle les autorités de la transition
L’Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Mali, Aliou Tine, a effectué une visite de 10 jours dans le pays. A l’issue de cette visite débutée le 5 février 2023, il a déclaré que les autorités de transition se doivent de respecter la liberté d'expression et d'association dans le pays.
Dans un entretien, l’Expert des Nations Unies a exhorté les autorités maliennes à ouvrir l’espace civique et démocratique et à redoubler d’efforts pour lutter contre l’impunité des violations des droits humains et atteintes à ces droits, alors que le pays s’engage dans un processus électoral à partir de cette année 2023. Bamako entend relever le défi électoral qui en principe doit commencer par la tenue d’un référendum.
« Je me réjouis des progrès réalisés dans le processus de transition démocratique et de la légère baisse des violations des droits de l’homme et des atteintes à ces droits documentées au cours du dernier trimestre de 2022 », a dit Alioune Tine, l’Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Mali, dans une déclaration publiée à l’issue d’une visite de 10 jours dans le pays. « Alors que le pays s’engage dans un processus électoral, un débat d’idées sur les programmes et les politiques doit être encouragé », a déclaré M. Tine.
Une visite dans un contexte tendu
Cependant, l’Expert a déclaré avoir rencontré des difficultés lors de sa visite au Mali, notant que sa mission « s'est déroulée dans un contexte tendu, marqué par le rétrécissement continu de l'espace civique, les attaques contre les défenseurs des droits humains et la société civile par des acteurs étatiques et non étatiques ». Pour rappel, son arrivée au Mali le 5 février dernier a coïncidé avec la décision des autorités maliennes, le même jour, de déclarer « persona non grata » le Directeur de la division des droits de l'homme de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA).
« Pour la première fois, à notre arrivée à l’aéroport de Bamako, mon assistant et moi avons fait l’objet d’une interpellation et d’un interrogatoire de la part d’officiers de police. Par la suite, j'ai protesté auprès des autorités qui ont exprimé leurs regrets. Malheureusement, ce climat lourd et malsain est entretenu par un groupe d'individus et d'organisations non étatiques qui menacent et jettent le discrédit sur la société civile et les institutions internationales et relèguent au second plan les progrès réalisés par le Mali », a-t-il averti.
Rétrécissement de l'espace civique
« Je suis extrêmement préoccupé par le rétrécissement de l'espace civique, de la liberté d'expression et d'association, et par l'aggravation de l'autocensure, comme l'illustrent les attaques contre les défenseurs des droits humains dénoncées par plusieurs acteurs, dont la Commission nationale des droits de l'homme du Mali. J'ai moi-même fait l'objet d'attaques verbales sur les réseaux sociaux avant et pendant ma visite », a déclaré l'expert de l'ONU. Selon Alioune Tine, les défenseurs des droits humains, les journalistes et les autres professionnels des médias ont évoqué des sujets tabous qu'ils n'osent plus aborder par peur des représailles des autorités maliennes de transition et de leurs partisans, notamment sur les réseaux sociaux.
L'expert de l'ONU a indiqué que les violations des droits de l'homme et atteintes à ces droits documentées par la MINUSMA au cours du dernier trimestre de 2022 ont connu une baisse de 7,46%. Il a salué l'adoption le 1er février 2023 d'un projet de texte sur la création d'une Direction nationale des droits de l'homme et les efforts en cours pour poursuivre en justice une centaine de personnes impliquées dans des atteintes aux droits humains liés à l’esclavage par ascendance.
« Le Mali doit consolider ces acquis et mener à bien les enquêtes judiciaires afin de traduire en justice tous les auteurs de violations graves des droits humains et du droit international humanitaire et d'exactions, y compris les membres de groupes armés non étatiques, les milices et les membres des forces de défense et de sécurité », a-t-il dit. Il a souligné les graves atteintes aux droits humains qui continuent d'être commises par les groupes extrémistes violents, notamment les meurtres, les enlèvements, les menaces contre les civils, le pillage du bétail et le viol des femmes et des filles.
Ahmadou Sékou Kanta avec ONU