Quel avenir réserve-t-on à l’Islam au Mali ?
Depuis quelques semaines, l’on constate des propos peu catholiques de certains responsables musulmans, qui sont lancés lors des sermons ou des prêches. « Vous êtes des cafres », « c’est l’argent que vous cherchez », « vous voulez détruire la religion, on ne va pas vous laisser faire », « je vais faire une petite vidéo pour les répondre », etc. tels sont des propos regrettables qui ont été largement diffusés et partagés.
Au Mali, la religion musulmane est devenue un enjeu politico-social avec lequel l’intelligence émotionnelle doit prévaloir. Les agressions verbales entre leaders religieux ne font pas l’affaire d’un Mali en quête de stabilité. Les conflits religieux ont des conséquences très fâcheuses pour une communauté.
En outre, les divergences dans les religions ne datent pas d’aujourd’hui. Elles ont existé depuis des siècles, et cela n’empêche personne de pratiquer sa foi religieuse, car les religieux parlent d’un même et unique Dieu. Au-delà de tout cela, les réalités de la vie sont à prendre en compte. Les pratiquants des religions sont aussi des êtres humains qui sont appelés à commettre des erreurs, lesquelles erreurs sont corrigées par la religion, car elle est là pour asseoir la paix au sein de la communauté des hommes sur terre.
Au Mali, les divergences religieuses ont pris de l’ampleur, et parfois, chaque tendance se légitimise comme étant la vraie voie à suivre pour avoir le Paradis. Pour prévenir les divergences conflictuelles au sein de l’Islam au Mali, les autorités d’antan auraient pensé à une structure comme le Haut Conseil Islamique (HCI) pour pouvoir rassembler les musulmans. Malheureusement, les musulmans se sont toujours invités sur la scène sociopolitique, et les agressions verbales sont monnaie courante. La présence des leaders religieux sur la scène sociopolitique n’est pas anodine et s’est accrue lorsque les pouvoirs politiques passés s’agenouillaient devant les leaders religieux à la recherche de la foule pour pouvoir être élus et/ou réélus, car il faut le dire, ces leaders religieux ont des adeptes qui sont bien pour l’électorat. Au fil des ans, l’on constate plusieurs tendances religieuses musulmanes au Mali et chaque tendance défend sa position négligeant ainsi les autres. Grâce à l’irresponsabilité des pouvoirs politiques, la gestion des questions religieuses est devenue une « pente glissante » : « il ne faut pas énerver les religieux, on n’a besoin de la masse ».
L’Etat qui devait assumer sa responsabilité s’est transformé en « diable » avec la corruption le népotisme, le clientélisme. La lutte contre la dépravation des mœurs n’est pas son problème. Ainsi, le peuple perdit toute confiance aux dirigeants. Ce qu’il fallait éviter. C’est la raison pour laquelle il faut éviter que des personnes de peu de valeur humaine atteignent le sommet de l’Etat. Elles font tout sauf le bien. C’est pourquoi, de plus en plus, l’Etat doit fournir des efforts pour avoir la confiance perdue du peuple, et cette confiance a commencé à naitre petit à petit avec les autorités de la transition ; et c’est au même moment que des religieux se lancent des flèches, et risquent eux aussi de perdre la confiance de la masse éveillée qui les suit.
Visiblement, c’est l’association Ançardine, la tendance Wahabite et Chiite qui s’attaquent verbalement. Lorsque nous observons les interventions, Ançardine et Chiite semblent être du même côté. Les réseaux sociaux, les émissions radios ou autres plateaux sont entre autres des canaux utilisés pour mener la bataille. Les montages vidéo sont les bienvenus pour faire le combat. La remarque est que parfois ce sont les adeptes qui aggravent la crise, car « il ne faut pas toucher à notre leader.»
Les leaders religieux ont une responsabilité à assumer dans le pays. Ces agressions verbales présentent une mauvaise image de la religion qu’ils défendent. Tout d’abord, avec ces crises, l’on a oublié la paix que la religion doit promouvoir, ensuite on fait douter des adeptes et enfin on fait fuir les personnes qui veulent se convertir. La conséquence fâcheuse est l’instabilité sociale dans le pays. Lorsque les questions religieuses divisent, c’est parfois difficile de concilier les cœurs. Cette difficulté vient du fait que le Dieu de chacun a été touché. C’est le sommet, on ne touche pas à ça. Chaque protagoniste estime qu’il détient la vérité. Les gens sont prêts à perdre leur vie pour leur Dieu. C’est l’impossible pardon.
Chaque protagoniste ne va pas laisser son chemin pour suivre l’autre, dans ce cas chacun peut rester sur son chemin et respecter l’autre. Jusqu’à la fin des temps, tout le monde ne parlera pas de la même voix car les intérêts ne sont pas les mêmes. Cela étant, ces religieux doivent savoir mille et une fois que le Mali a besoin de stabilité. La pensée critique de l’homme doit le pousser à faire des jugements positifs tout en prenant en compte les réalités de la société dans laquelle il vit. Les actions pour avoir le Paradis se déroule sur terre, cette terre nous devons la protéger avec les actes de bien parmi lesquels il y a la pratique de la religion qui est un garde-fou contre les dépassements de l’homme.
Cette situation qui prévaut doit avoir l’implication des autorités de la transition. Les crises liées à la religion sont à éviter à tout prix. Nous doutons de la capacité de l’actuel Haut Conseil Islamique pour gérer la situation, car le leader est un protagoniste de la crise en cours. Le gouvernement malien doit mettre en place un groupement de sages pour intervenir et faire comprendre les protagonistes. Les ennemis du pays ne veulent que ça : la division interne politico-sociale.
Pour conclure, nous sommes tous des êtres humains avec des particularités, nous commettons des erreurs, nous devons respecter à des moments donnés le choix de l’autre si cela ne nuit pas à la stabilité sociale. Les leaders religieux doivent avoir dans leur répertoire le pardon, qui est une valeur sacrée pour la paix au Mali. Chacun a sa chance dans la vie. Il faut revenir vers soi avec une introspection pour comprendre et accepter l’existence de l’autre. Sauvons notre pays ave ce que nous savons. L’avenir religieux de notre pays est à préserver. Vive le Mali !
Yacouba Dao