mercredi 15 avril 2026
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Le développement de l’Afrique : une responsabilité partagée au-delà des dirigeants

Par Malijet 2,330 vues
Le développement de l’Afrique : une responsabilité partagée au-delà des dirigeants
Depuis plusieurs décennies, le retard de développement de l’Afrique est souvent imputé à la mauvaise gouvernance de ses dirigeants. Tous les anciens dirigeants notamment sont très souvent accusés sans aucune réserve ni distinction de tous les maux du pays lorsqu’il y a alternance de pouvoir. ( nous excluons ici les dirigeants contre lesquels il existent de preuves suffisantes de corruption, de mauvaise gouvernance et de toute forme d’abus de pouvoir que la justice devrait poursuivre) . Cette polarisation excessive qui s’apparente à une recherche coûte que coûtede bouc émissaire en plus de diviser les citoyens( ce qui constitue une source d’instabilité interne au lieu de rassembler les citoyens autour des objectifs communs ) détourne des vrais problèmes du pays. Si cette lecture n’est donc pas entièrement infondée, elle demeure incomplète, voire réductrice. Le développement d’un pays ne dépend pas uniquement de la qualité de ses dirigeants ; il est le produit d’un ensemble complexe de facteurs internes et externes qui conditionnent et souvent limitent la marge de manœuvre des gouvernants africains.
 
1. Les dirigeants : acteurs majeurs mais pas uniques
 
La vision, la compétence, l’intégrité et le patriotisme des dirigeants jouent un rôle crucial dans l’orientation d’un pays. Des exemples comme Singapour sous Lee Kuan Yew ou le Rwanda de Paul Kagame illustrent comment une direction stratégique peut transformer une nation. En Afrique, des figures comme Modibo Keita,Thomas Sankara ont marqué l’histoire par leur ambition de rupture. Toutefois, il serait injuste d’ériger ces cas en modèle universel sans tenir compte du contexte structurel dans lequel opèrent la majorité des dirigeants africains.
 
2. L’héritage structurel du sous-développement:
 
Au lendemain des indépendances, la majorité des pays africains ont hérité de :
•Frontières arbitraires issues de la colonisation, facteur de conflits latents ;
       .des États avec de très faibles taux d’alphabétisation , un manque criard de services de base ( écoles, universités, hôpitaux, énergies, eaux)des infrastructures presque inexistantes,
•Économies extraverties tournées vers l’exportation brute de matières premières absence d’industries de transformation ;
•Appareils d’État fragiles dépourvus d’administration efficace, d’infrastructures de base et de capital humain suffisant.
     .une monnaie dépendante doublée d’un système financier très peu développé pour faire face aux nombreux et divers besoins de financement 
 
Cet héritage continue de peser lourdement sur la capacité des dirigeants à bâtir des politiques endogènes de développement.
 
3. Un système international défavorable
 
L’ordre économique mondial actuel est structurellement inéquitable :
•L’Afrique exporte des ressources brutes (or, pétrole, lithium,coton, cacao) à faible valeur ajoutée et importe des produits transformés à prix élevé.
•Les conditions imposées par les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) ont fragilisé les États africains à travers les programmes d’ajustement structurel, réduisant les investissements dans les secteurs sociaux.
•La dette extérieure et les règles commerciales de l’OMC empêchent les pays africains de protéger leur production locale ou de subventionner des secteurs stratégiques.
      . L’aide publique au développement est orientée vers les ONGs qui font la concurrence à l’administration publique qui est affaiblie et décrédibilisée. Ce qui a contribué à affaiblir l’image de l’État auprès des populations et pousser à la perte par ce dernier de contrôle de ce qui se passe dans le pays.
 
4. La gouvernance : question d’hommes et d’institutions
 
Même un dirigeant compétent ne peut réussir sans un environnement institutionnel solide :
•Des contre-pouvoirs efficaces, une justice indépendante, une administration neutre et des mécanismes d’évaluation sont indispensables.
•Le développement exige une vision d’État et non une simple gestion clientéliste du pouvoir. Cette vision doit être soutenue dans sa mise en œuvre par une administration publique compétente, efficiente et efficace 
 
L’absence d’institutions solides rend les États vulnérables aux intérêts privés, aux manipulations étrangères et à la captation des ressources.
 
5. La société civile et les citoyens : piliers souvent négligés
 
Une démocratie ou un développement ne se décrète pas uniquement d’en haut :
•La conscience citoyenne, la mobilisation populaire, le contrôle social et l’éducation civique , morale et culturelle sont des leviers fondamentaux.
•Trop souvent, les élites sont isolées d’une base peu structurée, ce qui empêche l’émergence d’un véritable contrat social national.
 
Conclusion : pour une approche systémique du développement
 
Accuser uniquement les dirigeants africains du sous-développement du continent revient à ignorer les dynamiques globales, historiques et structurelles qui brident l’émancipation des peuples africains. Si la responsabilité des dirigeants est réelle et doit être pleinement assumée, elle ne saurait occulter celle :
•du système économique mondial ;
•des puissances étrangères influentes dans les choix stratégiques africains ;
•des élites locales déconnectées ;
•et parfois même des citoyens, insuffisamment mobilisés ou informés.
 
Le développement de l’Afrique passera par :
•Une refondation de la gouvernance interne, avec une vision à long terme, des institutions fortes et une éthique du pouvoir ;
•Une reconstruction des modèles économiques, fondée sur l’industrialisation, l’éducation, l’innovation , la science, la technologie et l’intégration régionale ( la création de marchés africains pour favoriser le développement des échanges intra africains notamment pour les produits manufacturés est cruciale) ;
•Une remise en question du système international, en plaidant pour des relations commerciales plus justes, une réforme des institutions financières mondiales, et une souveraineté économique accrue.
 
Ce n’est qu’en combinant leadership responsable, citoyenneté active, institutions solides,souveraineté stratégique et une intégration politique et économique des pays que l’Afrique pourra rompre avec le cycle de dépendance et entrer dans une dynamique de développement durable et équitable.
 
H. Niang 
Ancien Ministre
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Commentaires (11)

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A
Anonyme il y a 10 mois

Kaboré est impitoyable,il ignore sans doute,le poids d'un ministre dans un gouvernement de transition ! La preuve est que son expérience,n'a pas n'a pas fait long feu ni ,des lustres ! Nous ne devons mettre personne au pilori. Kabore, à sa place,tu n'aurais pas fait mieux!

A
Anonyme il y a 10 mois

La vérité est que ce monsieur, est profondément sincère. Il s'interroge ,et qui n'a pas droit à cela ?. Il a ses approches,et ses convictions. Quand à ceux qui veulent parader du haut de leurs certitudes,le Vietnam, était jusqu'en 1975 un Martyr. Aujourd'hui,ils ont doublés leur classe moyenne !!!

Anonyme il y a 10 mois

Doublé,bien sûr !

Anonyme il y a 10 mois

Pardon,lisez" quant à "

I
Ibrahima G. il y a 10 mois

Voilà des propos assez incohérents. Pourquoi dénoncer la recherche de boucs-émissaires si c'est pour se livrer au même exercice ? Comme déjà souligné par Kaboré, dont je comprends en grande partie la virulence, la question des frontières n'est pas source de conflits issue de la colonisation dès lors que l'Afrique était beaucoup plus morcelée instable et conflictuelle avant la colonisation. Ces frontières ont eu un rôle de stabilisation et de construction des États modernes. Les accusations de M. Niang n'ont donc aucun fondement sur ce point. Ce sont bel et bien nos dirigeants qui ont choisi de garder ces frontières même si certains voulaient créer des unions plus larges (ayant toutes malheureusement échouées pour diverses raisons). L'histoire de la monnaie a également été un choix de nos dirigeants. Certains ont choisi une monnaie nationale qui a souvent dû être dévaluée et était loin d'être toujours avantageuse. D'autres ont chois le CFA qui a profité à certains pays (Sénégal, CI..) plus qu'à d'autres. Ce sont encore nos dirigeants qui n'ont pas voulu attirer les usines de transformation étrangères sur nos sols et qui ont endettés certains pays jusqu'à rendre le recours aux ajustements structurels indispensables. Manque de volonté, manque de vision et clientélisme caractérisait trop souvent leur comportement. Et les populations en ont payé le prix. Point n'est besoin de faire toujours reposer les responsabilités sur des entités extérieures et d'accuser le monde entier. Enfin oui le manque de services de base nécessaire au développement est aussi le fait de populations en croissance exponentielle et de dirigeants trop couards pour freiner la natalité. Avec un retard de développement déjà accumulé avant la colonisation les États, après l'indépendance, ne pouvaient absolument pas faire face à tous les besoin de ces nouveaux citoyens ou alors au détriment de dépenses d'investissement dans des secteurs plus profitables (financement constant d'écoles primaires à la place du développement d'universités, financement de routes secondaires par dizaines au lieu du financement d'autoroutes et de chemin de fer, financement e dispensaires de base au lieu du financement d’hôpitaux de pointe etc ... Pour terminer il est assez naïf d'appeler au changement du système international et des relations commerciales. Nous ne sommes pas en capacité de nous y opposer. La comparaison avec l'Asie est, sur ce point, pertinente, vu qu'ils s'en sont accommodé pour en tirer le meilleur profit, attirer les usines par une main d’œuvre peu chère, puis utiliser les profits pour miser sur la qualité de l'éducation et le tout accompagné d'une baisse drastique de la natalité pour donner aux États davantage de possibilités d'investissements une fois les besoins de base satisfaits ...

Anonyme il y a 10 mois

Ne restez pas dans le détail,venez au fait ! Notre incohérence !!!

K
Kaboré il y a 10 mois

Consternant de la part d'un ancien ministre ! Beaucoup de contre vérités qui en disent long sur son inculture et sa mauvaise foi. Des frontières arbitraires ? Pas du tout. C'était la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dans sa résolution spécifique [Résolution AHG/Res.16(I)] dite de l’intangibilité des frontières africaines, prise le 21 Juillet 1964 qui a déclare solennellement que tous les États membres s’engagent à respecter les frontières existant au moment où ils ont accédé à l’indépendance». Le refus de modifier les frontières est donc de la responsabilité de nos dirigeants. Ajoutons que le continent était encore beaucoup plus morcelé avant la colonisation. Ensuite le retard de développement serait encore et toujours de la faute des autres et d'acteurs extérieurs ? C'est oublier que tous les pays du monde évoluent dans le même environnement. Enfin et surtout ce seraient les institutions monétaire internationales qui auraient empêché le développement ? Rien n'est plus faux. En premier lieu rien n'oblige à avoir recours à elles, ensuite c'est bien à cause d'un endettement irresponsable que nos pays sont allés quémander des prêts et qu'elle a fixé ses conditions. Et un grand oubli de sa part quant aux conséquences d'une démographie explosive à laquelle les États n'ont pas pu faire face par manque de moyens pour construire autant de routes, d'hôpitaux et d'écoles que nécessaire et qui est de la responsabilité de chacun. Chine, Inde, Taiwan, Corée du Sud, étaient dans la même situation (voire pire) que les pays d'Afrique et se sont fortement développés en limitant leur croissance démographique à un rythme soutenable ... On est loin des solutions creuses de cet irresponsable qui ne fait qu'accuser les autres sans s'attaquer à la source de nos maux.

Cheick il y a 10 mois

Monsieur Kabore, je ne suis pas d'accord avec vos attaques personnelles qui sont inutiles et dégradent la qualité de votre belle reaction. Il faut tout d'abord saluer les contributions du Ministre car il est a ce jour le seul qui nous donne ses analyses sur des questions importantes de notre Societe. Kabore, il est vrai que nous sommes tous dans le meme environments avec les asiatiques, qui eux ont arraché leurs indépendances avec le feu et le sang seul language que connait l'imperialiste criminel où 6 décennies après nous continuons de considerer des accords et traites criminels qui nous ont conduits à une indépendance de facade et aa meme temps payee de ce OUI a la cooperation avec tout sort de terrorisme je ne vous dis pas les consequences