Sahel : Analyse de la recrudescence des attaques terroristes en mai 2025
Le mois de mai 2025 a été marqué par une intensification significative des attaques des Groupes Armés Terroristes (GAT) au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Au-delà des actions habituelles contre les civils et l'usage d'Engins Explosifs Improvisés (IED), une multiplication d'assauts directs contre les emprises militaires a été observée.
Une nouvelle stratégie coordonnée des GAT
Ces attaques, d'une coordination apparente, suggèrent une stratégie mûrement réfléchie. Selon des sources locales, notamment dans la zone malienne de Tinzaouatène, l'état-major du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) se serait récemment réuni pour affiner une nouvelle stratégie régionale. Cette rencontre pourrait être celle que visait le drone abattu par les autorités algériennes, un incident qui a généré des échanges tendus entre Alger et Bamako. Des images et vidéos de cette réunion attesteraient de la présence de figures majeures du JNIM opérant au Mali et au Burkina Faso, ainsi qu'un acteur clé du Front de Libération de l'Azawad (FLA).
Dans la foulée de cette réunion, des attaques de drones menées par des groupes armés non-étatiques ont été enregistrées à Tessalit, Léré et Gossi, ciblant spécifiquement des positions militaires.
Renforcement de posture et exploitation des frustrations sociales
Au-delà des frappes de drone, les attaques survenues à Dori, Diapaga, Boni et Dioura ont contribué à forger une image de puissance pour ces groupes armés. Cette perception pourrait potentiellement renforcer leur capacité de recrutement, notamment au sein des communautés locales.
Il est important de noter que des événements récents, tels que les manifestations de femmes à Diafarabé (Mali) dénonçant la disparition de leurs proches, peuvent être exploitées par les GAT comme leviers de mobilisation. Ces frustrations sociales et ces blessures collectives constituent un terreau fertile pour les groupes extrémistes d’instrumentaliser d’enrôler des jeunes en quête de justice ou de revanche.
Une stratégie à axes multiples pour déstabiliser l'État
Les GAT semblent adopter une stratégie structurée autour de plusieurs axes :
-Fragiliser l'économie nationale en ciblant les grandes entreprises opérant sans protection sécuritaire adéquate.
-Isoler les capitales en exerçant une pression continue sur les principaux axes routiers reliant villes et villages.
-Asphyxier l'économie rurale par des rapts, l'insécurité, la destruction des cheptels et des outils de production agricole.
-L'objectif final de cette stratégie paraît clair : provoquer des soulèvements populaires dans les grandes villes, délégitimer les institutions politiques, administratives et militaires, et précipiter leur effondrement. Un tel scénario ouvre la voie à une prise de contrôle territorial et social par les GAT sur certaines zones.
Il convient toutefois de souligner que, malgré la multiplication des attaques, les GAT conservent une nature fuyante. Leurs actions sont souvent des frappes éclairs, suivies de retraits rapides, privilégiant l'effet médiatique à la conquête militaire durable. Ils ont pleinement compris la puissance de la communication et l'utilisent pour se présenter comme une force capable de séduire et manipuler les jeunes désœuvrés et sans perspectives.
N'Doh Tenon