samedi 21 février 2026
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De Bokar Biro à l’Afrique d’aujourd’hui : pourquoi nos divisions sont notre plus grande faiblesse

Par Malijet 1,472 vues
De Bokar Biro à l’Afrique d’aujourd’hui : pourquoi nos divisions sont notre plus grande faiblesse

En novembre 1896, l’histoire du Fouta-Djalon bascule à Porédaka. L’almamy Bokar Biro Barry, dernier dirigeant indépendant de cet État théocratique, tombe face à l’armée coloniale française. Son courage et son refus de céder masquent mal une vérité plus amère : la victoire française n’est pas seulement le fruit de leur supériorité militaire, mais aussi de nos divisions internes.

Cent vingt-neuf ans plus tard, l’Afrique indépendante reproduit encore ce schéma. De la Libye à la RDC et au Soudan, les rivalités internes continuent d’ouvrir la porte à l’ingérence étrangère. L’histoire de Bokar Biro n’est donc pas une relique : c’est un miroir.

I – Bokar Biro : un refus courageux, mais isolé
À la fin du XIXᵉ siècle, le Fouta-Djalon est affaibli par les luttes entre Alfaya et Soriya, ainsi que par les ambitions autonomistes de certaines provinces. Les Français exploitent ces fractures : certains chefs locaux, hostiles à Bokar Biro, sollicitent leur aide.
En 1896, face aux exigences coloniales (routes, monopole commercial, droit de veto sur les chefs), Bokar Biro signe un traité avec un simple « Bismillah » pour signifier son refus.
La riposte française est rapide : Porédaka scelle la fin de l’indépendance du Fouta-Djalon.

Leçon : La bravoure ne suffit pas ; sans unité interne et sans modernisation stratégique, la résistance est condamnée.

II – Le schéma qui se répète aujourd’hui
1. Libye (2011 – aujourd’hui)
- Chute de Kadhafi, éclatement du pays en factions rivales.
- Chaque camp s’appuie sur des parrains étrangers (OTAN, Turquie, Russie, Égypte…).
- Résultat : pillage des ressources, État en ruine, dépendance totale aux agendas extérieurs.

2. Mali (2012 – aujourd’hui)
- Rébellion au Nord, coups d’État, tensions communautaires.
- Présence successive de forces françaises, onusiennes .
- Résultat : dépendance sécuritaire prolongée, fragilité institutionnelle.

3. République Démocratique du Congo
- Conflits armés récurrents dans l’Est, alimentés par des soutiens étrangers.
- Extraction illégale de minerais stratégiques (cobalt, coltan) au profit de réseaux internationaux.
- Résultat : perte de contrôle sur une partie du territoire, économie parasitée par des intérêts extérieurs.

Constat : Comme au temps de Bokar Biro, l’appel à l’extérieur pour résoudre un conflit interne se paie toujours par une perte de souveraineté.

III – Ce qui a changé… et ce qui n’a pas changé
Changements positifs
- Plus d’États africains souverains sur le plan juridique (ONU, UA, traités bilatéraux).
- Début d’initiatives régionales (CEDEAO avant sa division à cause des sanctions, ZLECAf) pour favoriser l’intégration.

Ce qui persiste
- Divisions internes exploitées par des acteurs extérieurs.
- Dépendance économique et technologique massive.
- Faible capacité à défendre un agenda stratégique commun face aux grandes puissances.

IV – Les leçons stratégiques pour l’Afrique
1. L’unité interne est la première défense : sans cohésion nationale et consensus minimal sur les intérêts vitaux, toute résistance est vulnérable.
2. Régler les conflits en interne : trouver une solution africaine avant qu’ils ne deviennent une opportunité pour l’ingérence.
3. Modernisation intégrale : la souveraineté exige la maîtrise de la technologie, des finances, de l’information et des infrastructures stratégiques.
4. Diplomatie préventive : coopérer entre États africains pour désamorcer les crises avant leur exploitation extérieure.

Conclusion
Bokar Biro n’a pas perdu seulement à cause des canons français. Il a perdu parce que ses ennemis de l’intérieur ont trouvé un allié à l’extérieur. Tant que l’Afrique restera divisée, nos ressources, nos terres et notre avenir continueront d’être décidés ailleurs.

Il est temps de retenir cette leçon : l’ennemi extérieur ne peut entrer que par les portes que nous ouvrons nous-mêmes. Et ces portes, ce sont nos rivalités.

Encadré – Quelques chiffres qui parlent
- Faible intégration commerciale intra-africaine : environ 15–16 % du commerce total (contre plus de 60 % en Europe).
- Potentiel AfCFTA : +35 % d’intra-commerce africain possible d’ici 2045.
- Rentes minières mal captées : seulement 40 % des recettes potentielles conservées.
- Réserves stratégiques : 55 % du cobalt, 47,7 % du manganèse et 21,6 % du graphite naturel mondiaux.
- Fuites illicites de capitaux : 88,6 milliards $ par an (3,7 % du PIB africain).
- Conflits : 21 opérations de paix multilatérales en Afrique subsaharienne en 2024.
- Croissance ralentie : 3,1 % en 2023 contre 4,1 % en 2022.

Souvenons-nous de Bokar Biro. Fermons nos rangs. Construisons notre puissance. Ce n’est pas l’ennemi qui nous bat ; ce sont nos divisions qui nous livrent.

H.Niang
Ancien ministre.

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Commentaires (3)

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C
Cheick il y a 6 mois

Monsieur le ministre il faut situer les responsabilité de la division. C'est a mon avis du fait du leadership. Les dirigeants sont généralement a la base, Choguel a primature, Kabila en RDC, Ouattara et Koudou en CI et j'en passe. Le leadership est très mal intentionné ainsi les organisations seront controlees par l'exterieure. Meme un siege l"UA ne peut pas se faire construire par 1 milliards d'Africain. Oui Assimi et les 2 autres de l'AES doivent fédérer tous les citoyens, réduire drastiquement l'Etat afin que le plus grand nombre bénéficie des biens communs au risque de voir cette belle initiative fondre.

Anonyme il y a 6 mois

Qui te dit que nous approuvons l'aes ? Moi je n'ai aucune envie de renoncer à mon identité malienne ! On a déjà à faire tout seul,mais à trois pauvres,c'est la cata !!!