samedi 21 février 2026
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Comment mettre fin aux fuites des finances publiques au Mali et dans l’AES  avec des systèmes inviolables: 

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Comment mettre fin aux fuites des finances publiques au Mali et dans l’AES  avec des systèmes inviolables: 
1. Introduction
 
La gestion des deniers publics dans le Mali et plus largement dans l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) et en Afrique est marquée par des détournements, surfacturations et gaspillages qui privent les États de ressources vitales pour le financement du développement. Les causes principales résident dans la faiblesse des manuels de procédures, l’absence ou l’ineffectivité des contrôles internes, la rareté des audits externes et l’absence d’évaluations périodiques par rapport à des objectifs quantifiés.
 
Chaque point de fuite représente une perte directe pour les budgets nationaux. La commande publique, qui représente 10 à 15 % du PIB des pays africains, est l’un des canaux majeurs de ces fuites. Si seulement 10 % de ce volume échappent au contrôle, cela équivaut à plusieurs centaines de milliards de FCFA perdus chaque année dans l’AES.
 
2. Diagnostic des faiblesses actuelles
•Procédures budgétaires incomplètes : existence de textes mais faible application pratique, absence de traçabilité sur toute la chaîne (engagement, liquidation, ordonnancement, paiement).
•Contrôles internes formels : souvent limités à des vérifications documentaires, sans cartographie des risques ni séparation stricte des tâches.
•Audits externes fragiles : les Cours des comptes ou le Vérificateur général au Mali publient des rapports, mais leurs recommandations ne sont pas contraignantes et les recouvrements effectifs sont faibles.
•Évaluation par la performance inexistante : les budgets se mesurent en crédits consommés, pas en résultats atteints.
•Faible transparence : budgets et exécutions rarement accessibles au public, limitant la participation citoyenne et parlementaire.
 
3. Enseignements internationaux
•Nigeria :Compte unique du Trésor (TSA) : centralisation des recettes à la Banque centrale ; économies de plusieurs milliards de nairas chaque mois en intérêts évités.
•Ukraine : ProZorro (e-procurement) : plateforme ouverte « tout le monde voit tout » ; plus de 1,9 milliard USD d’économies en deux ans.
•Géorgie : Réforme intégrale de l’achat public : bascule vers l’électronique, réduction massive de la corruption.
•Afrique du Sud : Pouvoirs renforcés de l’Auditeur général : possibilité d’imposer des mesures correctives et de délivrer des certificats de dette ; responsabilisation directe des dirigeants.
•Rwanda : Rapports d’audit publicisés : baisse progressive des dépenses irrégulières, instauration d’une culture de redevabilité.
•Corée du Sud – KONEPS : digitalisation totale de la commande publique, économies estimées à 8 milliards USD par an.
 
4. Dix mesures prioritaires pour le Mali et l’AES
1.Mettre en place un Compte unique du Trésor (TSA) : centraliser recettes et paiements ; éliminer les comptes parallèles.
2.Adopter un Système intégré de gestion des finances publiques (IFMIS) couvrant toute la chaîne de la dépense.
3.Institutionnaliser l’e-procurement : plateforme électronique obligatoire et publique pour tout marché au-dessus de 10 millions FCFA.
4.Appliquer un référentiel de contrôle interne (COSO) dans chaque ministère, avec audits annuels indépendants.
5.Renforcer les Cours des comptes et le Vérificateur général au Mali : donner un pouvoir de sanction et de recouvrement, avec délais d’exécution.
6.Évaluer par la performance : transformer les budgets en « programmes avec cibles mesurables » (routes construites, écoles ouvertes, personnes soignées etc…).
7.Publier systématiquement les documents budgétaires (cadre budgétaire, exécution trimestrielle, rapports annuels).
8.Déployer l’analytique anti-fraude : détection automatique des anomalies (doublons, fractionnements, collusions).
9.Sanctionner sans exception : radiation des opérateurs économiques fautifs, interdiction d’ordonnateurs récidivistes.
10.Créer un mécanisme AES de suivi budgétaire commun : audits croisés, partage d’expériences et tableau de bord sous-régional.
 
5. Trois actions rapides (Quick Wins)
•E-procurement obligatoire dans les 6 mois pour tous les marchés ≥ 10 millions FCFA.
•Centralisation des recettes publiques sur TSA sous supervision des banques centrales nationales et de la BCEAO.
•Décret sur l’exécution obligatoire des recommandations du Vérificateur général et des Cours des comptes, avec publication semestrielle des montants recouvrés.
 
6. Indicateurs de performance proposés
•% des dépenses exécutées via l’IFMIS (cible : 98 % en 2 ans).
•% des marchés passés par e-procurement (cible : 100 % en 24 mois).
•Taux de mise en œuvre des recommandations du Vérificateur Général, des autres organismes de contrôle et de la Cour des comptes (cible : ≥ 80 %).
•Montants recouvrés sur les irrégularités identifiées (cible : au moins 50 % la première année).
•Score Open Budget Survey (cible : passer de 39/100 au Mali à > 60/100 en 5 ans).
 
7. Approche AES commune
•Harmonisation des standards (PEFA) : mener une évaluation PEFA conjointe dans les trois pays pour identifier les écarts et définir une feuille de route commune.
•Mutualisation des solutions numériques : développer une plateforme régionale d’e-procurement AES.
•Audits croisés : les Cours des comptes du Mali, Burkina Faso et Niger réalisent périodiquement des missions d’audit conjointes.
•Suivi commun : création d’un Observatoire AES de la dépense publique chargé de publier un rapport annuel sur les pertes évitées et les montants recouvrés.
 
8. Conclusion
 
La lutte contre les détournements dans le Mali et l’AES ne doit plus être une croisade morale, mais une ingénierie institutionnelle. Les outils existent : compte unique du Trésor, systèmes numériques de gestion, audits contraignants, open data budgétaire. Les réformes réussies ailleurs démontrent que des gains rapides sont possibles, à condition de volonté politique et de coordination régionale.
 
En verrouillant la chaîne de la dépense publique et en instaurant une véritable transparence, l’AES pourrait récupérer plusieurs centaines de milliards de FCFA par an, soit l’équivalent de plusieurs hôpitaux, routes ou universités nouvelles.
 
H. Niang
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