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Tribune de Madou Cisse : Monnaie commune de l'AES, une analyse coût-bénéfice

Par Aujourd'hui-Mali 3,083 vues
Tribune de Madou Cisse : Monnaie commune de l'AES, une analyse coût-bénéfice
(Photo d'illustration)

La concrétisation de la monnaie commune (Eco) des douze pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) à l'horizon 2027 mettrait de facto les trois pays de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) hors de l'Union monétaire ouest africaine (Umoa). Dans un tel scénario qui est loin d'être hypothétique, que doivent faire les pays de l'AES ?

Si les pays de l'AES optent pour la création d'une monnaie commune, alors la problématique de la zone monétaire "optimale" refera surface. Dans une telle éventualité, il ne serait pas inopportun de savoir à quelles conditions la nouvelle zone monétaire "AES" serait optimale ?

Réponse de Robert Mundell

La réponse à la question cruciale posée ci-dessus a été donnée en 1961 par l'économiste canadien R. Mundell. Selon ce dernier, l'adoption d'une monnaie commune par plusieurs pays aboutit à une zone monétaire optimale, si les bénéfices liés à l'adoption de la monnaie commune sont supérieurs aux coûts qu'impose cette adoption.

La théorie de la zone monétaire optimale présentée par R. Mundell soutient que l'adoption d'une monnaie commune par différents pays produit un avantage microéconomique et un avantage macroéconomique. D'un point de vue microéconomique, la monnaie commune supprime en même temps les coûts de transaction liés au change ainsi que l'incertitude liée aux niveaux des taux de change.

Ce double avantage relatif au taux de change ne peut que faciliter les échanges des biens et services, et la mobilité des capitaux entre les pays participant à l'union monétaire. Au plan macroéconomique, l'adoption de la monnaie commune permet aux pays membres d'accorder leurs politiques monétaires. Ce qui empêcherait chacun des pays de la zone monétaire de mettre en place des politiques monétaires de dévaluation compétitive.

Zone monétaire AES

Ces deux avantages microéconomique et macroéconomique doivent être mis en regard du principal coût qu'impose la mise en œuvre d'une monnaie commune ; à savoir : l'impossibilité pour chaque pays de mettre en œuvre une politique monétaire solitaire. Car, dans une union monétaire, la politique monétaire est prise en charge par la banque centrale de l'union.Dans un tel cas, les pays de manière individuelle ne peuvent plus utiliser l'outil monétaire comme levier de politique économique afin de relancer leurs économies respectives ou de les freiner en cas de surchauffe. Pour le dire autrement, l'union monétaire fait perdre à chaque pays l'instrument de la politique monétaire !

Les pays de l'AES en quittant l'Umoa pour une monnaie commune AES rétablissent automatiquement les "frontières monétaires" vis-à-vis des douze pays de la Cédéao qui seront détenteurs de l'Eco. Ce départ leur fait perdre le double avantage microéconomique déjà évoqué supra vis-à-vis des douze pays de la Cédéao ; mais, en partant de l'Umoa, ils regagnent leur autonomie en termes de politique monétaire vis-à-vis de ladite zone.

Question : un tel scénario serait-il favorable aux pays de l'AES ?

Balance coûts-bénéfices

Les données des transactions commerciales des pays de la zone AES montraient en 2023 et 2024 que les exportations de biens des trois (3) pays de l'AES couvraient respectivement 57,35 % et 68 % des importations totales qu'ils ont effectuées auprès des pays de la Cédéao et du reste du monde. Sur la même période, les transactions inter pays de l'AES ne dépassaient pas une moyenne de 7 % des exportations totales et moins de 5 % des importations totales. Il ressort des données disponibles que les deux premiers partenaires commerciaux en termes d'importations de biens et services du Mali et du Burkina Faso qui représentaient en 2024 près de 90 % des importations de biens de l'espace AES sont la Côte d'Ivoire et le Sénégal.

Les deux pays ont fourni en moyenne près de 25 % des importations de biens du Mali et du Burkina Faso en 2023 et environ 19 % de leurs importations en 2024. Pendant que sur la période considérée, la Côte d'Ivoire achetait en moyenne moins de 5 % des exportations du Mali et du Burkina Faso pendant que le Sénégal en achetait moins de 3 %.

Ces données prouvent à suffisance que la balance commerciale de l'AES est déficitaire vis-à-vis des pays de la zone Cédéao. Les exportations de biens de la zone AES ne couvrent qu'un peu plus de 60 % de leurs importations totales de biens. Ce qui permet de déduire que près de 40 % des importations de biens de l'AES doivent être couvertes par un stock supplémentaire de devises étrangères.

Ce besoin en devises étrangères peut augmenter à la suite du départ des trois pays de l'AES de la zone Umoa. Car dans une telle éventualité, les importations de biens des pays membres de l'AES faites auprès de la Côte d'Ivoire et du Sénégal soit près de 25 % en moyenne en 2023 seront désormais réglées en devise (c'est-à-dire en Eco). Cela augmenterait davantage - par rapport à la situation avant départ de l'Umoa - le stock de devises étrangères nécessaires pour régler les importations de biens des pays de l'AES.

Alors que faire pour amoindrir le choc du départ de l'AES de l'Umoa ? (1) chercher à établir un mécanisme de convertibilité entre les monnaies des deux zones (Cédéao et AES). Un tel mécanisme permettrait aux deux zones de ne pas passer par une devise étrangère dans le cadre de leurs transactions des biens et services et des capitaux. Ce qui allégerait le stock de devises à mobiliser par les pays de l'AES qui présentent des balances commerciales déficitaires vis-à-vis de la zone Eco. (2) les pays de l'AES doivent promouvoir davantage le consommé local. En optant pour une telle stratégie, cela réduirait de manière sensible leurs déficits commerciaux vis-à-vis de leurs principaux partenaires commerciaux (la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, la chine et l'Inde).

Dans cette perspective, chercher à augmenter les capacités de production et de raffinage des infrastructures pétrolières du Niger dans le cadre d'un programme confédéral de développement ; afin de bénéficier à toute la zone AES les économies d'échelle qui pourraient être créées à l'échelle de la Confédération. (4) opter pour un taux de change géré. Un tel taux laissera quelques marges de manœuvre aux autorités monétaires de l'AES dans l'utilisation du levier de la politique monétaire.

La dépendance économique des pays de l'AES des pays de la Cédéao qui peut être expliquée en partie par leur continentalité et le faible niveau de développement de leurs tissus industriels permet d'affirmer qu'un départ de la zone Umoa leur serait préjudiciable au plan microéconomique en élevant leurs coûts de transactions et en instaurant une réelle incertitude quant au taux de change.

Par contre, la zone AES pourrait récupérer le levier de politique monétaire. En mettant les gains et les coûts de leur départ de la zone Umoa sur les plateaux d'une balance Roberval, elle penchera à lumière des seuls chiffres du commerce extérieur de la zone AES à court terme du côté des coûts liés à leur départ.  A long terme, à la suite d'un développement réel du secteur productif de la zone AES, les bénéfices pourraient poindre le nez à l'horizon. D'ici là, le véritable danger qui guetterait la zone monétaire de l'AES est une possible "Ecoïsation" de l'économie de ladite zone. Si un tel scénario se réalisait, nous assisterions à l'accomplissement de la loi de Gresham dans la mesure où la mauvaise monnaie pour les Etats de l'AES à savoir l'Eco chasserait de la circulation la bonne monnaie celle qui sera adoptée par les pays de l'AES comme monnaie commune.   

Madou CISSE (FSEG)

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Commentaires (16)

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Wassim Nasri il y a 4 mois

Figure religieuse et politique du Mali contemporain capable de réunir 50000 fidèles dans le grand stade de Bamako, l’imam Mahmoud Dicko, dont le journaliste Mohamed AG Ahmedoua dresse le portrait pour Mondafrique, a traversé tous les régimes et surmonté toutes les crises, du code de la famille auquel il s’opposait en 2009 au putsch militaire d’Assimi Goïta qu’il a rallié dans un premier temps avant de s’en éloigner. Exilé désormais en Algérie, cette personnalité malienne charismatique cultive de nombreux réseaux aussi bien parmi les touaregs que chez les djihadistes armés, auprès de certains responsables de l’armée ou encore au sein des services algériens ou séoudiens. On a beaucoup prêté à l’imam Dicko, qui serait à la fois un faiseur de roi, un fin politique ou encore un stratège avisé. Cette réputation qui n’est pas usurpée, est à la fois une force en faisant de lui un intermédiaire incontournable pour toute résolution de la crise malienne, mais aussi une faiblesse en l’obligeant à naviguer en eaux troubles. « On ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment », estimait le cardinal de Retz. Tel est sans doute le vrai défi que rencontre désormais l’imam Mahmoud Dicko s’il veut retrouverla place centrale qu’il mérite sans doute sur l’échiquier politique malien. À bientôt 70 ans, Mahmoud Dicko est l’un de ces hommes dont le destin épouse l’histoire récente du Mali. Né à Atta, un village de l’arrondissement de Tonka, dans le cercle de Goundam (région de Tombouctou), cet figure centrale de l’Islam malien longtemps proche des séoudiens ,se définit comme un religieux “à cheval entre la confrérie des Frères musulmans et la Tijania de Cheikh Ahmadou Bamba de Touba”, dont il revendique la filiation spirituelle avec fierté. Théologien formé dans les écoles coraniques du Sahel et dans la rigueur des cercles islamiques arabes, l’imam Dicko a longtemps incarné une voix d’équilibre entre les traditions maliennes et la modernité religieuse importée. Cette double appartenance fera de lui, au fil des décennies, un médiateur national autant qu’un symbole de résistance morale. Du Code de la famille à l’émergence politique L’Imam Dicko fut longtemps capable de rassembler 50000 musulmans dans le grand stade de Bamako. Son ascension publique débute au milieu des années 2000, lorsqu’il préside pendant plus de dix ans le Haut Conseil islamique du Mali (HCIM). Sous le régime d’Amadou Toumani Touré (ATT), il s’oppose fermement au projet de loi sur le code de la famille, jugé trop favorable aux femmes et contraire, selon lui, “aux valeurs civilisationnelles et religieuses du Mali”. Ce combat, qui mobilisa les mosquées et les rues de Bamako, propulsa Dicko au rang d’acteur politique incontournable. Déjà en 1992, lors d’une rencontre nationale à Mopti réunissant ATT, les groupes armés et les forces vives, il avait récité une Fathiha d’ouverture, marquant symboliquement l’entrée des religieux dans l’espace politique malien. Médiateur au cœur des tempêtes En 2012, lors du coup d’État mené par le capitaine Amadou Aya Sanogo, Dicko joue un rôle de médiateur pour la libération des membres du gouvernement arrêtés par la junte avec lequel il entretient des relations ambigues. Quelques mois plus tard et lorsque le nord du Mali tombe entre les mains des Touaregs du MNLA et des islamistes d’AQMI, d’Ansar Dine et du MUJAO, l’Iama deviendra le seul interlocuteur crédible capable de négocier avec ces groupes. C’est le moment où il multiplie les rencontres avec les tenants de l’autonomie de l’Azawad, voire de son indépendance, tes que Iyad AG Ghali, Oumar Ould Hamaha, Moctar Bel Moctar, Adnane Abou Walid al-Sahraoui, Sultane Badi ou Hamada Ould Khayrou. Selon plusieurs sources, ces démarches ont permis la libération de nombreux militaires détenus, parmi lesquels un certain Assimi Goïta, aujourd’hui chef de la junte. La rupture avec IBK En 2013, l’imam Dicko mobilise ses fidèles pour soutenir la campagne du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), soutenu par la France, qu’il contribue à faire élire après l’avoir discrètement appuyé depuis une dizaine d’années. Étrange alliance entre l’ami de François Hollande, membre de l’Internationale socialiste, et un religieux soutenu par les Séoudiens et hostile à une laicité à la française. Très vite cependant, la la désillusion s’installe entre le Président et l’Imam. Dicko reproche à IBK d’avoir trahi ses promesses et d’avoir laissé prospérer la corruption et le népotisme. Lors de la campagne de 2018, il se détourne du président sortant et prône un sursaut moral. La crise politique s’aggrave, et en juin 2020, il devient la figure morale du mouvement M5-RFP, qui regroupe Choguel Kokala Maïga, Mountaga Tall, Oumar Mariko et d’autres figures historiques de la démocratie malienne. Ensemble, ils réclament la démission d’IBK, affaibli par la maladie et le poids de son entourage familial, notamment son fils Karim Keïta. L’ombre d’Assimi Goïta Le 18 août 2020, un groupe de cinq colonels inconnus du public malien dirigé par Assimi Goïta renverse IBK. L’imam Dicko, prudent, refuse de cautionner la junte qu’il estime en train de détourner une lutte populaire. Il conseille au jeune colonel d’organiser rapidement des élections et le met en garde : “S’il s’entête à diriger le Mali en putschiste, cela mènera à l’isolement du pays.” Mais dès mai 2021, Choguel Kokala Maïga – son ancien allié du M5-RFP – est nommé Premier ministre par la junte. Opportuniste, il se retourne contre son mentor. Les relations se dégradent rapidement, et les autorités militaires interdisent les rassemblements de ses partisans. Lorsque ses fidèles l’accueillent à l’aéroport de Bamako, les forces de l’ordre les gazent, sur ordre du pouvoir. La voix de l’exil Face à la dérive autoritaire, l’imam Dicko crée en 2021 le Centre pour la paix au Mali et au Sahel, plateforme de dialogue qui reçoit la visite de presque tous les ambassadeurs accrédités à Bamako : Américains, Français, Algériens, Britanniques, Suédois, Nigérians… Deux ans plus tard, il devient membre permanent de la Ligue islamique mondiale et quitte le Mali, à qui la junte a retiré son passeport diplomatique. En décembre 2023, il est invité à Alger pour l’inauguration de la plus grande mosquée d’Afrique, où il rencontre le président Abdelmadjid Tebboune. Ce geste, perçu à Bamako comme une “provocation”, déclenche une nouvelle crispation diplomatique entre le Mali et l’Algérie. Le Mali en crise Depuis son exil à Alger, Dicko observe à distance la dégradation du Mali. La situation qu’il redoutait se réalise de l’échec sécuritaire à la pénurie de carburant ou à l’expansion jihadiste. Les mercenaires russes de Wagner, rebaptisés Africa Corps, coûteraint 10 000 dollars par mois chacun, sans parvenir à endiguer la menace. Les convois de carburant venus de Côte d’Ivoire, du Sénégal et de Guinée sont attaqués, brûlés. Les villes du sud sont paralysées. Les jihadistes du JNIM, désormais visibles jusque dans la périphérie de Bamako, imposent leurs lois : port du voile intégral, ségrégation des sexes et lapidations publiques. Sur les réseaux sociaux, de jeunes voix maliennes s’élèvent pour lui rendre hommage. Le vidéaste Del Fro, figure de la diaspora à Paris, salue “le courage et la dignité” d’un imam qui “a préféré l’exil à la soumission”. Selon lui, Mahmoud Dicko reste “une conscience nationale, au-dessus des calculs politiques”. Il rappelle que l’imam avait toujours prôné le dialogue avec les djihadistes du JNIM, non par faiblesse, mais parce qu’il avait compris “qu’avant d’être des jihadistes, ces hommes sont des Maliens”. Del Fro appelle même Dicko à “parler à nouveau au peuple malien, à guider la nation dans l’incertitude”, convaincu que seule sa voix peut aujourd’hui rassembler au-delà des clivages et redonner un cap moral au Mali. Mahmoud Dicko, le dernier médiateur possible ? Selon une source politique proche de lui, “le jour où le Mali retombera sous la coupe des islamistes radicaux, Mahmoud Dicko pourrait redevenir le médiateur entre Maliens et entre le Mali et ses voisins”, affirment certains de ses proches. Une offre dee service? Les mêmes d’ajouter: « Son retour marquerait le début de la fin de l’isolement diplomatique du pays”. En exil à Alger, l’Imam reste discret, mais ses messages continuent de circuler : “Le pouvoir actuel n’a ni vision, ni boussole.” Lui possède les deux, une vision de la société empreinte de justice sociale et d’un islamisme tempéré; une boussole politique teintée d’autorité et d’opportunisme.

M
MDR il y a 4 mois

Il ne faut pas perdre de vue le principal avantage que les pays de l'AES auraient à quitter la zone économique commune : c'est de pouvoir dévaluer. Du coup le salaire des fonctionnaire serait beaucoup plus facile à assurer car payé avec une monnaie faible. Le consommé local deviendrait plus naturel car les gens n'auraient plus les moyens d'acheter les produits importés. Ce qui est assez proche des objectifs économiques de Trump pour les USA.

Anonyme il y a 4 mois

Nos économistes en toc, veulent tellement appauvrir que nous finirons par manger de l'herbe,comme nos ovins et caprins !!!

A
Anonyme il y a 4 mois

Quelle distinction pour un TGV ! Il n'y a pas de TGV chez nous ,et pour ta gouverne il n'y a même plus de trains ordinaires !

Anonyme il y a 4 mois

Tu vas sans doute nous interdire de dire,que les premières pluies lavent la pioche,comme disent nos anciens !!! Barre toi avec ton courroux !!!

A
Anonyme il y a 4 mois

Les chiens galeux aboient, le TGV passe sans accroc aucun !

Lipsic il y a 4 mois

C'est cela oui ! Quand on vient exposer ses salades,il faut s'attendre à des avis. Mon avis qui n'est même pas une critique,est un rappel à l'ordre selon la philosophie des anciens !

Anonyme il y a 4 mois

L'accroc c'est moi ! Banane !

L
Lipsic il y a 4 mois

Ah ! Nos anciens qui étaient des personnes attachées au côté pratique de la vie, vous diront : pourquoi vouloir créer un nouveau machin qui ne vaut pas mieux que l'ancien,avec l'expérience en moins ? C'est comme qui dirait ,"enculer" des mouches !

Ali Boron il y a 3 mois

'enculer des mouches' ? salo va, pd !