samedi 21 février 2026
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GOONGA TAN : Mali : l'or quitte le coffre des miniers

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GOONGA TAN : Mali : l'or quitte le coffre des miniers

La friction, née dans le sillage de la convention minière de 2023, s'est nourrie d'une nouvelle volonté : celle d'un État décidé à rompre avec des décennies d'exploitation jugée asymétrique.

Le retour à la normale, intervenu ces derniers jours presque à bas bruit, dépasse le simple apaisement. Il marque un tournant, une réécriture du contrat moral entre le pays et ses ressources. Un moment où l'or quitte symboliquement le coffre des sociétés minières pour répondre à une exigence de souveraineté en maturation

Le différend n'était pas un banal litige fiscal, encore moins un dialogue de sourds. Il cristallisait la confrontation entre deux visions du monde : celle d'une multinationale habituée à la stabilité des conventions avantageuses, arc-boutée sur des certitudes ancienne ; et celle d'un État qui, pour la première fois depuis longtemps, assume pleinement la logique de la réappropriation nationale.

Dans ce choc frontal, chaque partie se pensait dans son bon droit. Barrick invoquait les accords passés ; Bamako, la légitimité politique d'une renaissance économique.

La convention de 2023 fut le premier acte de cette réinvention. Elle redistribuait les cartes, relevait la participation de l'État, encadrait fermement les exonérations.  Elle  signalait de ce fait la fin d'une ère avec laquelle les compagnies étrangères, souvent plus habiles que les administrations locales, cédaient au pays la part congrue d'un pactole extrait de son propre sol.

Pour nos autorités, dont le discours mêle désormais souveraineté, fierté nationale et justice économique, cette réforme devint fondatrice. "L'or qui brille enfin pour les Maliens" doit cesser d'être une formule, il devient une ambition.

C'est dans cet esprit que Barrick fut sommée de renégocier ses opérations et de s'aligner sur la nouvelle doctrine. La résistance du géant minier fit glisser le débat vers l'affrontement : saisies conservatoires sur plusieurs tonnes d'or, blocage d'exportations, fermeture de bureaux, arrestations d'agents, mandat judiciaire visant le PDG, puis arbitrage international.

Chaque épisode ajoutait une couche de tension, mais aussi de détermination. Le Mali ne reculait plus : il ne revendiquait pas seulement un partage équitable, il imposait un nouveau paradigme, celui de "l'État maître chez lui".

Ce durcissement, qui n'est pas sans risques, il faut l'admettre, eut un double effet. Il secoua l'écosystème économique du secteur aurifère, où salariés, sous-traitants et petites entreprises dépendaient de la continuité de l'activité. Mais il fit naître un symbole puissant : pour la première fois, le Mali démontrait qu'il pouvait fixer ses règles et exiger qu'un acteur étranger, fût-il l'un des plus influents de l'industrie, s'y conforme. Le geste s'inscrivait dans une dynamique plus large de reconquête économique, dans un contexte sécuritaire où chaque décision politique relevait aussi d'un instinct de survie nationale.

Le dénouement, survenu soudainement, s'imposa par lucidité. Barrick comprit qu'elle ne gagnerait pas la bataille du temps. Les griefs tombèrent, les mesures judiciaires furent levées, les employés libérés, les procédures internationales retirées.

L'activité peut reprendre, sur une base désormais claire : la convention de 2023 n'étant plus contestée, mais admise. Barrick restera au Mali, mais dans un Mali transformé, plus sûr de lui, plus astreignant, moins prompt à signer les yeux fermés.

Ce retour à la normale n'est pas un retour. Il trace une ligne de partage : dorénavant, tout partenariat minier devra répondre à une logique de transparence, de partage et d'utilité publique.

Le Mali refuse d'être spectateur de l'extraction de son or ; il veut en être l'acteur central, le gardien et l'interprète. Encore faut-il que l'État maintienne la barre haute : gestion rigoureuse, contrôle accru, lutte réelle contre la corruption, réinvestissement dans les services essentiels.

Reste la question fondamentale : l'or brillera-t-il vraiment pour les Maliens ? L'accord avec Barrick donne un premier signe : le pays peut faire valoir son droit sans perdre ses partenaires. Mais tout dépendra de la capacité à ne pas confondre souveraineté avec isolement, fermeté avec fermeture, revendication avec rigidité. Car la souveraineté a franchi l'étape de slogan pour devenir une discipline.

Non ! Le Mali n'a pas gagné en faisant seulement plier Barrick, il a gagné aussi en se prouvant à lui-même qu'il pouvait tenir debout. L'or n'est plus uniquement un métal, il devient la lumière d'une volonté. Reste à la transformer en richesse réelle, et non en simple mirage. 

Seidina O DICKO

Journaliste - Historien - Écrivain

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