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CEDEAO : peut-on imposer la démocratie par la force sans trahir le peuple ?

Par Malijet 2,674 vues
CEDEAO : peut-on imposer la démocratie par la force sans trahir le peuple ?
Depuis plusieurs mois, la CEDEAO se trouve au cœur d’un débat majeur sur sa légitimité, son rôle et sa méthode d’action face aux coups d’État survenus dans certains pays membres. Menaces d’interventions militaires, sanctions économiques lourdes, pressions diplomatiques, parfois avec l’appui explicite ou implicite de puissances étrangères : autant d’outils mobilisés au nom de la défense de la démocratie. Mais une question essentielle demeure : la fin justifie-t-elle les moyens ?
 
Une légalité formelle qui ne suffit plus
 
Sur le plan juridique, la CEDEAO s’appuie sur ses textes fondateurs, notamment le Protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui consacre le principe de tolérance zéro vis-à-vis des changements anticonstitutionnels. Cette base légale est réelle et ne peut être niée.
 
Cependant, la légalité ne se confond pas avec la légitimité politique. Lorsque les sanctions économiques frappent d’abord les populations (déjà fragilisées par la pauvreté, l’insécurité et la dépendance extérieure ) et lorsque les décisions apparaissent sélectives ou alignées sur des intérêts géopolitiques extérieurs, l’adhésion populaire disparaît. La CEDEAO est alors perçue non plus comme un outil d’intégration régionale, mais comme un mécanisme de coercition déconnecté des réalités sociales.
 
La démocratie peut-elle être rétablie par la force ?
 
L’histoire contemporaine apporte une réponse claire : aucune démocratie durable ne s’est construite sous la contrainte militaire extérieure. L’usage de la force, même au nom de principes nobles, engendre presque toujours des abus, des violations des droits humains et une radicalisation des sociétés.
 
Il existe en outre une contradiction fondamentale à vouloir « imposer » la démocratie. La démocratie repose sur la souveraineté populaire. Or, ignorer l’opinion réelle des peuples, leur lassitude face à des systèmes politiques perçus comme inefficaces, corrompus ou inféodés à l’extérieur, revient à nier le cœur même du principe démocratique.
 
Le peuple ne peut être à la fois la source du pouvoir et la variable négligeable des décisions régionales.
 
Le grand angle mort : l’intégration économique
 
La CEDEAO souffre d’un paradoxe majeur. Elle se montre très ferme sur les questions politiques, mais beaucoup moins performante sur sa mission première : l’intégration économique. Le commerce intra-communautaire reste marginal, les infrastructures régionales insuffisantes, l’industrialisation quasi inexistante et la libre circulation encore entravée dans la pratique.
À cela il convient d’ajouter le manque de solidarité suffisante envers les États membres victimes du terrorisme ainsi que le manque de soutien pour les États membres qui qui veulent défendre leurs intérêts face à l’influence des grandes puissances et des sociétés minières multinationales 
 
Or, partout dans le monde, l’histoire montre que l’intégration économique précède l’intégration politique. C’est la création d’intérêts économiques partagés, de chaînes de valeur régionales, d’emplois et de prospérité commune qui favorise la stabilité institutionnelle et, à terme, des convergences politiques durables.
 
Vouloir bâtir une intégration politique autoritaire sur une base économique fragile est une erreur stratégique.
 
Repenser la CEDEAO pour la réconcilier avec les peuples
 
La question n’est pas de banaliser les coups d’État ni de renoncer aux principes démocratiques. Elle est de savoir comment les défendre efficacement en les adaptant à nos réalités culturelles notamment sans rompre le lien de confiance avec les populations.
 
Une CEDEAO recentrée sur :
•l’intégration économique réelle,
•l’industrialisation régionale,
•la souveraineté énergétique et alimentaire,
•les infrastructures ( notamment le chemin de fer et la navigation)et le commerce intra-africain,
 
serait plus crédible, plus utile et plus respectée. L’intégration politique suivrait alors naturellement, portée par les peuples eux-mêmes et non imposée par la sanction ou la force.
 
Conclusion
 
La démocratie ne se décrète pas, elle se construit.
Elle ne s’impose pas par la coercition, mais s’enracine dans la prospérité, la justice sociale et la souveraineté populaire.
 
Si la CEDEAO veut rester un projet d’avenir, elle doit se réconcilier avec cette vérité simple : sans les peuples, aucune intégration régionale n’est viable.
 
H. Niang 
Citoyen lambda
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Commentaires (8)

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K
Kriki il y a 2 mois

A force de vouloir être vu,le citoyen lambda commence à dérailler. L'obséquiosite ne mène jamais à quelque chose de positif !!!

K
Kone Allagnan il y a 2 mois

L'ère des putschistes présidents à vie prendra fin… Par: NORBERT ZONGO «En Afrique noire francophone, nous nous sommes installés, inconsciemment, à l'ère des régimes militaro-démocratiques à vie. Et comme, généralement, la seule intelligence que l'on demande à un putschiste, c'est bien celle des armes, l'Afrique francophone est bien partie pour s'enraciner dans le sous-développement. "Mais oui !! Ces présidents à vie ne travaillent pas seuls : ils ont recours à des techniciens et à des compétences, entend-on souvent comme réplique." Faux ! D'abord autour d'eux, ils écrasent tout de leur pouvoir : ils doivent être craints et adulés à la fois. Le technicien venu à eux sait très bien qu'il n'a aucun poids dans le système et qu'il peut, à tout moment, être victime des intrigues des courtisans du palais et de la politique clientéliste, d'où le manque d'assurance dans le travail. Pire, ils gouvernent par l'intermédiaire de marabouts. Ensuite, quelles que soient les compétences et la volonté des techniciens et des technocrates au sein d'un système, c'est le chef qui oriente. Or, de ce côté, on ne s'improvise pas du jour au lendemain conducteur de peuple, avec pour seul bagage intellectuel la science des Kalachnikov. Résultats : l'ère des nouveaux présidents-à-vie verra une Afrique encore plus pauvre, où les seules prévisions valables resteront toujours centrées sur la pérennisation du pouvoir à vie. La misère est mère de la violence : liquidations physiques, emprisonnements, tortures physiques et morales, etc. ; tout sera bon pour la "stabilité". Comme le disait l'ancêtre des présidents-à-vie, Houphouët-Boigny : "Ils préféreront l'injustice au désordre." Mais au-delà de tout ce tableau noir, pointe l'espoir d'un avenir plus serein, plus empreint de luttes des peuples après une prise de conscience généralisée en Afrique. L'ère des putschistes président-à-vie prendra fin aussi brutalement qu'elle a commencé. Nous le croyons fermement. Des Africains se sacrifieront et les choses iront de l'avant. Les présidents-à-vie qui crânent sur leur peuple s'en iront. Tôt ou tard ! » Norbert Zongo dans L'Indépendant n°153 du 16 juillet 1996

K
Kone Allagnan il y a 2 mois

Cette réaction de la CEDEAO longtemps espérée: Ça y est. La Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ou CEDEAO en abrégé, s’est enfin décidée à prendre ses responsabilités, à manifester cette réaction forte et adopter cette posture longtemps attendue d’elle. Celle de réagir militairement aux coups d’État perpétrés par des soldats égarés et très malfaisants, de certains de ses pays membres. La pratique à tendance viscérale en Afrique de l’ouest, avait commencé par meubler le quotidien de l’actualité politique de la sous-région. Et ce, paradoxalement après plus de trois décennies d’exercice de la démocratie dans la plupart des pays africains. Elle était finalement perçue par les jeunes générations, comme une banale déconvenue politique sur le continent. A mettre notamment sur le compte des balbutiements et autres errements de la démocratie. Ce qui n’est qu’une perception par défaut en réalité. Parce que, imputable à l’incompréhension de leur part, de l’attitude de ces militaires, que rien ne justifie. Tant il est vrai que de tout point de vue, elle reste arriérante, surannée et hautement obscurantiste, pour un continent qui cherche à se sortir du joug des influences et des dépendances économiques surtout, de l’occident. Ils sont légion donc les africains qui ont vivement applaudi, l’intervention du contingent militaire de la CEDEAO venue du Nigeria pour solidement et significativement épauler l’armée républicaine béninoise. Marquant par ce fait même, avec fermeté et assurance, l’échec de cette tentative de putsch. Une réaction de la CEDEAO très inattendue faut-il le souligner, qui a aussi valeur d’avertissement envers toutes les armées des autres pays de l’Organisation. En effet, ainsi que l’engagement a été pris, nous osons effectivement croire qu’il en sera désormais ainsi à travers le continent ; chaque fois que des militaires égarés, voudront porter un coup d’arrêt à l’exercice de la démocratie, pour s’essayer à la politique en usant de leurs armes. Ce braquage du pouvoir d’État, dont ils se montrent de plus en plus friands sous de fallacieux prétextes auxquels les populations croient toujours au départ ; pour finalement regretter de les avoir soutenus, n’a d’effet que celui de toujours tirer les pays victimes vers le bas. Pour autant, il va bien falloir aussi que les leaders et acteurs politiques, cessent de créer des situations et conditions excitatives de ces soldats, au braquage du pouvoir d’État. Car, ce n’est pas par ce qu’un tel agissement de la soldatesque ne saurait aucunement être tolérée, ou acceptée en démocratie, que l’on devra s’accommoder de toutes ces formes de mauvaises politiques. Aux effets divisionnistes, méprisants, ségrégationnistes et insurrectionnels menés par des leaders et acteurs politiques africains conduisant donc tout droit le pays dans le mur. C’est dire qu’il leur appartient aussi de changer de pratiques politiques, ou de manière de faire la politique. La CEDEAO a fait fort avec le Bénin. A présent, tout l’ardent souhait des observateurs politiques africains, est qu’il en soit continuellement ainsi. Pour tout le bonheur des peuples de la sous-région, dont certains continuent malheureusement de subir les affres de la gestion du pouvoir d’État par des militaires, qui ont tout simplement déserté les casernes.

K
Kone Allagnan il y a 2 mois

Retablir, avez-vous dit? La démocratie ne peut s'établir par la violence. Cela est une lapalissade. Mais si elle est usurpée par des soldats, qui n'ont aucune connaissance de la gestion de la chose civile, la violence, à défaut de toute autre possibilité, peut et doit être la solution. Les faiseurs de coups d'État militaires ne sont que des faiseurs de misère. On a l'impression de retourner dans les années 60. 65 ans après les indépendances de nombreux pays , on peut aisément reconnaître les pays abonnés aux coups d'État militaires par leur retard prononcé en matière de développement. Le Nigeria et le Ghana auraient été plus avancés s'ils n'avaient pas connu les coups d'État militaires. La CEDEAO doit avoir pour devoir de ne plus tolérer les coups d'État militaires. Ces usurpations du pouvoir politique se commettent sans consulter le peuple. Que les pays qui adorent les coups d'État militaires quittent la CEDEAO, dont certains pays membres ne sauraient continuer à supporter des milliers de réfugiés fuyant la misère qu'engendrent les coups d'État. Arrêtons de faire honte à l'Afrique. La CEDEAO doit avoir des contingents prêts à dégager tous les militaires qui veulent prendre le pouvoir par les armes pour faire reculer leur pays et traumatiser les civils. Ou alors que la soldatesque dépose la tenue militaire pour essayer de gérer la chose civile, qui requiert un autre niveau d'intelligence que les militaires n'ont pas en général.

Wassim Nasri il y a 2 mois

Tou ! Moriya ! Et tu crois écrire quelques lignes ? Choses d'intéressantes ? Aucune fierté pour toi. Dégagé de là ( malijet) un bouffon qui ne sais même pas compté les bouts de ses doigts.militaire! Militaire ! Tu as beaucoup à apprendre. Ignorant !

V2 il y a 2 mois

Allez-y te cultiver, c'est les militaires qui sont à la base de toutes les grandes puissances planétaires. La démocratie n'est qu'un jeu ???? des gamins, des ignorants et des ambitieux myopes.