samedi 21 février 2026
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GOONGA TAN : L'appel de Chérif Ousmane : ni contre l'État, ni pour un camp

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GOONGA TAN : L'appel de Chérif Ousmane : ni contre l'État, ni pour un camp

La récente prise de parole de Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Haut Conseil Islamique du Mali, relayée par différents canaux, s'inscrit dans la catégorie rare des discours qui ne cherchent ni l'éclat médiatique ni la polémique, mais qui visent la paix, l'unité et la survie morale de la nation.

Dans un Mali traversé par des lignes de fracture multiples, politiques, sociales, idéologiques et parfois même spirituelles, cette intervention apparaît comme une respiration. Elle n'est ni une charge contre l'État ni une plaidoirie partisane déguisée. Elle est d'abord et avant tout un rappel à l'ordre moral, un appel à la responsabilité collective, formulé avec cette gravité tranquille qui caractérise les hommes habités par le sens du temps. Chérif Madani parle en guide, en homme de foi conscient que les nations ne se relèvent pas durablement dans l'exclusion, mais dans l'addition des forces.

Ce qui frappe dans son propos, c'est la cohérence d'une vision fondée sur une conviction simple, presque évidente, mais trop souvent oubliée : aucun pays ne peut se reconstruire en laissant volontairement une partie de ses fils sur le bas-côté de l'histoire.

À travers ses mots, c'est toute une philosophie de la réconciliation qui se dessine, loin des slogans et des postures, ancrée dans le bon sens et l'intérêt supérieur du Mali.

La question du retour de l'imam Mahmoud Dicko, évoquée sans passion ni calcul, illustre parfaitement cette démarche. Ousmane Madani refuse d'en faire un symbole de confrontation ou un enjeu de pouvoir. Il parle d'un homme, d'un aîné, d'un leader religieux dont l'influence, qu'on le veuille ou non, demeure réelle. Loin de toute dramatisation, il propose une approche pragmatique et responsable : un retour encadré, sécurisé, utile à la nation. Non pas pour rallumer des tensions, mais pour contribuer, en tant que conseiller, à la recherche de solutions dans un pays en crise.

En filigrane, le message est limpide. Exclure durablement des figures influentes, quelles que soient les divergences passées, revient à se priver de ressources morales, sociales et humaines précieuses.

 Dans un contexte aussi fragile que celui du Mali, ce luxe de l'exclusion est tout simplement une erreur, selon le tribun.

Conscient toutefois des suspicions qui entourent toute initiative individuelle dans un climat politique tendu, Ousmane Madani prend soin de rappeler le caractère collectif de sa démarche. Il n'agit pas seul, ne parle pas en son seul nom. En associant d'autres figures religieuses, il inscrit son action dans une logique collégiale. Cette précision n'est pas anodine. De mon point de vue, elle renforce la crédibilité de son discours et rappelle que la réconciliation nationale ne peut être l'œuvre d'un homme providentiel, mais le fruit d'une volonté partagée.

Au-delà du cas de l'imam Dicko, le Chérif élargit son regard à l'ensemble du paysage politique et social. Il évoque sans détours la situation des acteurs politiques incarcérés ou contraints à l'exil. Là encore, son propos se distingue par son équilibre. Il ne nie ni l'importance de l'État de droit ni la nécessité du respect des procédures judiciaires. Mais il rappelle, avec une lucidité désarmante, que la cohésion nationale est un impératif vital. Un pays qui se fragmente, qui accumule les rancœurs et les exclusions, prépare mécaniquement les crises de demain.

La séquence consacrée aux deux jeunes imams incarcérés révèle sans doute la dimension la plus humaine de son intervention. On y perçoit la douleur sincère d'un guide religieux confronté aux limites de son influence, impuissant face à la lenteur ou à la rigueur de la machine judiciaire. Il plaide, intercède, exprime sa peine, mais se refuse à toute remise en cause frontale de l'institution judiciaire.

Cette posture, faite de respect témoigne d'une conception mesurée du rôle des autorités religieuses dans l'espace public.

Même l'épisode du tiktokeur Cheick Nimaga, dit "Général Chico", aurait pu servir de prétexte à une escalade judiciaire ou à une mise en scène de l'autorité morale offensée. Là aussi, Ousmane Madani choisit au contraire la retenue et le pardon. En refusant de porter plainte malgré des propos jugés offensants, y compris à son encontre, il oppose à la violence verbale des réseaux sociaux une éthique personnelle fondée sur la foi, la patience et la non-vengeance. Un geste fort, dans une époque où la judiciarisation systématique des conflits tient souvent lieu de réponse unique.

Au bout du compte, cette prise de parole du dignitaire religieux s'impose comme un appel solennel à l'unité. Elle ne promet pas de miracles. Elle ne prétend pas résoudre à elle seule les crises sécuritaires, politiques et économiques qui accablent le Mali. Mais elle propose une boussole morale claire : rassembler plutôt que diviser, dialoguer plutôt qu'exclure, construire avec tous au lieu de contre certains.

Dans un pays en quête de stabilité, cette voix venue du champ religieux rappelle une vérité élémentaire, mais essentielle : la paix durable et le progrès ne se décrètent pas, ils se construisent patiemment, en mobilisant toutes les forces vives de la nation. Le Mali n'a plus le luxe de l'isolement intérieur. Il a besoin de tous ses fils, sans exception, pour panser ses blessures, consolider ses institutions et tracer, enfin, le chemin d'un avenir apaisé et digne.

Dicko Seidina Oumar, Journaliste - Historien- Écrivain

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