samedi 21 février 2026
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Les soliloques d’Angèle : « Endettée pour tenir, Martiale se débat ! »

Par Mali Tribune 1,111 vues
Les soliloques d’Angèle : « Endettée pour tenir, Martiale se débat ! »

Martiale, 43 ans, n’avait jamais prévu de vivre à crédit. Elle travaille, contribue aux charges familiales et gère un foyer avec un revenu modeste mais régulier.

Pourtant, au fil des années, les dettes se sont installées, non par excès, mais par nécessité sociale. Mariages, baptêmes, funérailles, aides aux proches, scolarité des enfants : chaque événement devient une obligation à honorer, sous peine d’être jugée absente, ingrate ou indifférente.

Au départ, il s’agit de petites sommes empruntées à des proches ou à une tontine. Puis les échéances s’accumulent. Pour rembourser une dette, elle en contracte une autre. Le cycle s’installe progressivement, sans bruit. « On ne s’endette pas pour vivre mieux, mais pour ne pas perdre sa place », confie-t-elle. Dire non n’est pas une option acceptable ; la pression sociale est plus forte que la prudence financière.

Cette situation est aggravée par les imprévus qui s’ajoutent aux obligations sociales, tels que les soins médicaux, une perte d’emploi soudaine, un parent récemment retraité à prendre en charge… et l’endettement devient un filet de survie autant qu’un piège. À mesure que les dettes augmentent, le stress s’intensifie, les relations se tendent et la honte s’installe, accompagnée d’une fatigue morale croissante.

Ce parcours n’a rien d’exceptionnel. Il reflète une réalité largement partagée, notamment par les femmes, souvent au cœur des mécanismes de solidarité familiale. Cette solidarité, pilier de la société, peut pourtant devenir étouffante lorsqu’elle repose sur des moyens quasi inexistants. L’endettement cyclique n’est pas un échec individuel, mais le symptôme d’une pression collective qui inquiète que très peu, car chacun vit sa vie.

Face à cette spirale, des solutions apparaissent nécessaires. La normalisation de l’éducation financière au niveau communautaire permettrait de déculpabiliser le refus de certaines dépenses sociales, savoir dire « non » ou « stop » peut s’avérer salutaire. Le développement de mécanismes d’épargne simples et accessibles aiderait à anticiper les événements récurrents sans recourir au crédit. Une solidarité mieux encadrée, fondée sur les capacités réelles plutôt que sur l’apparence, limiterait les emprunts forcés.

À travers le quotidien de Martiale, se pose une question centrale : comment préserver la fraternité et la solidarité sans qu’elles ne deviennent une source d’asphyxie économique ? Tant que vivre dignement exigera de s’endetter pour répondre aux attentes sociales, la dette continuera de lier silencieusement celles et ceux qui tentent simplement de tenir et d’augmenter la pauvreté. L’appauvrissement de la population doit être combattu.

Parce que c’est notre Mali.

Muriel Jules

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