dimanche 22 février 2026
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Edito : Le patriotisme ne se mesure pas à l’aune des beaux discours, mais par le nombre d’actes concrets et positifs posés

Par L'Alternance 1,309 vues
Edito : Le patriotisme ne se mesure pas à l’aune des beaux discours, mais par le nombre d’actes concrets et positifs posés

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Depuis l’avènement du tandem Assimi Goïta / Choguel K Maiga au pouvoir, les maliens sont embastillés  entre espoirs et désillusions, ils n’ont  pour l’instant eu droit qu’à des discours au relent patriotique, mais très peu d’actes concrets et positifs permettant non seulement d’oublier les déboires du régime qu’ils ont déchu, mais aussi espérer sur un lendemain enchanteur. En effet, depuis la rectification de la transition avec le renversement du Président M’Bah Daou et de son premier ministre Moctar Ouane, hors mis les quelques prouesses de l’armée au centre, les maliens n’ont été servi que par des discours à la fois va-t’en guerre  vindicatifs, vexatoires et populistes, à l’image de ceux de la 76ième et de la 77ième Assemblées Générales des Nations Unies, dont  le PM Choguel K Maiga et le PM intérimaire Abdoulaye Maiga, sont respectivement les auteurs. Ces deux discours avaient le même fond et étaient tous centrés sur la France et ses collabos. Les préoccupations majeures du peuple malien ont été soit mises à la touche ou ont occupé très peu de place dans ces deux discours. Comme si le seul fait de critiquer la France suffisait pour résoudre les multiples et complexes problèmes auxquels le Mali est confronté. Après ce fut le tour du ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Diop de prendre le relais en portant plainte contre la France au conseil de sécurité des Nations Unies pour comportements subversifs, atteinte à l’intégrité territoriale, soutiens multiformes aux groupes terroristes. Même si les faits reprochés s’avèrent justes, cette plainte a moins de chance d’aboutir, faute de soutien et de porteur. Donc une autre occasion  pour les autorités de  détourner l’opinion sur les vrais problèmes du pays. Vraiment  avec Abdoulaye Diop la diplomatie malienne, loin de défendre les intérêts du Mali à l’extérieur, l’isole davantage.

En effet, les autorités doivent savoir  qu’un peuple ne vit pas que de discours, il faut également des actions concrètes allant dans le sens du développement, du bien-être social, de l’épanouissement, or aujourd’hui on peut parler de tout sauf du développement.

Pour rappel, le régime IBK a été chassé du pouvoir parce qu’il ne répondait plus aux attentes et multiples aspirations du peuple malien. Donc l’insurrection populaire a été  la conséquence de la mal gouvernance. Les mêmes pratiques ne continuent-elles pas sous la transition ? Aujourd’hui  en faisant une évaluation sans complaisance de la situation post IBK, le constat est ahurissant, le Mali Kura tant scandé est devenu une grande illusion, la situation socio-politico-sécuritaire  s’est fortement dégradée. L’Eldorado tant rêvé est devenu une chimère ; le développement, une utopie. Ce qui a pignon sur rue c’est l’extrême  pauvreté, une insécurité généralisée qui a engendré une crise sociale voire alimentaire aiguë, un chômage endémique, un déplacement massif des populations vers les centres urbains, créant un engorgement. Que dire du manque d’infrastructures routières, ou du moins d’une dégradation continue de celles qui existent, poussant l’enclavement à des proportions inquiétantes. Les populations, dans certaines zones du Mali sont abandonnées à leur triste sort, elles manquent  d’eau potable et d’infrastructures de développement. Quant à l’administration, si elle n’est pas déficiente,  elle  est quasi  inexistante par endroits. A ces maux il faut ajouter  une gestion approximative caractérisée par une corruption généralisée et une dilapidation des maigres ressources de l’Etat. La question que l’on est en droit de se poser est celle de savoir si ce n’est parce que les autorités sont incapables de faire  face aux besoins de plus en plus nombreux, qu’elles se cachent derrière tous ces discours dont le but recherché est d’endormir la conscience du peuple ou du moins de le détourner de l’essentiel. En tous les cas elles doivent comprendre qu’on peut tromper une partie du peuple tout le temps, on peut tromper tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut jamais tromper tout le peuple tout le temps.

Youssouf Sissoko

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Commentaires (1)

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A
Anonyme il y a 3 ans

L’activisme et le militantisme devraient distinguer deux niveaux de priorité : le niveau de l’urgence est la lutte pour la sécurité ; la lutte anticolonialiste et panafricaniste, lutte pour la liberté, une lutte de longue date qui ne date pas d’aujourd’hui, en est un autre. A considérer la lutte anticolonialiste pour la liberté comme prioritaire et urgente, et à la rabattre sur la lutte pour la sécurité qui devient comme secondaire dans la mesure où l’on soutient que c’est parce que nous ne sommes pas libres que nous ne sommes pas en sécurité (et que celui qui nous tient encore sous sa dépendance est aussi celui qui nous met en insécurité), on ne sait plus finalement pourquoi on lutte : Si nous n’avons plus d’Etat et de territoire, nous ne pouvons plus lutter contre une puissance dominatrice et impérialiste qui les convoite pour en accaparer les ressources et nous en désapproprier ; la résistance suppose un sol à s’approprier et défendre contre tout colonialisme ; mais si ce sol et cette terre sont envahis par d’autres individus qui ne sont pas les colons contre lesquels nous luttons, la sagesse et l’intelligence seraient d’orienter d’abord notre lutte contre les envahisseurs violents. Non pas : il n’y a pas de sécurité sans liberté, mais, dans la situation que nous vivons il n’y a pas de liberté sans sécurité. La lutte actuelle pour la sécurité est tactique, le combat anticolonialiste de toujours pour la liberté est stratégique. Il faut d’abord gagner la première pour se donner les moyens du second. Voyez-vous : si, « indépendants » et « souverains », disposant de territoires et d’Etats avant le terrorisme, nous n’étions déjà pas (complètement) libres, comment pourrions-nous être plus libres sans Etats ni territoires s’ils sont envahis et colonisés par des terroristes ? Donc : un anticolonialiste conséquent, qui n’est pas un agitateur verbal et verbeux, devrait trouver dans la situation d’insécurité actuelle créée par les terroristes les ingrédients et prémices de la véritable lutte anticolonialiste. En ce sens : nous libérer des terroristes, et libérer notre territoire sont l’avant-goût de la libération du colonialisme. Cela suppose que cette libération de l’invasion terroriste soit nôtre, que nous en soyons les premiers acteurs. Si dans la libération de notre territoire nous sommes dépendants et des Français ou des Russes, on ne voit pas comment nous pourrions nous libérer seuls du colonialisme ! Si, indépendants, nous disons que nous ne sommes pas libres, comment pourrions-nous être libres dépendants ?… Il faut dont penser à éviter le scénario afghan : les Afghans qui fuyaient leur pays, en 2021, ne se jetaient pas dans les bras des vainqueurs du moment, les Talibans, mais cherchaient désespérément le secours et la protection des « vaincus », les Américains. On se rappelle ces scènes inédites d’Afghans qui s’accrochaient aux ailes des avions américains pour en retomber morts comme des oiseaux abattus. Les vrais vaincus ne sont pas toujours ceux qu’on croit, ceux qu’on chasse en faisant du bruit (ou alors la victoire est toujours de très courte durée). Toute la force de l’Occident, sa séduction, sa clôture, c’est ceci : il gagne encore en perdant ; plus il perd et plus il gagne… Il faut donc d’abord, si on lutte, lutter pour soi et contre soi, pour sauver sa peau. Cela s’appelle sécurité…