samedi 21 février 2026
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Le président bissau-guinéen Embalo pousse la CEDEAO dos au mur

Par Mondafrique 1,603 vues
Le président bissau-guinéen Embalo pousse la CEDEAO dos au mur

Alors qu’elle n’a pas encore amorti définitivement l’onde de choc du retrait des trois pays membres de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) doit affronter une nouvelle tempête politique. Le président bissau-guinéen, qui fut son président en exercice de 2022 à 2004, refuse de quitter le pouvoir et défie même l’organisation sous-régionale qui ne peut pas ne pas réagir pour sauver ce qui lui reste encore de crédibilité. Mais, la réaction de la CEDEAO pourrait aussi précipiter son implosion.

Dans les capitales de l’AES, de Bamako à Ouagadougou en passant par Niamey, le rire est un rien moqueur: Umaro Sissoko Embalo qui faisait entre 2022 et 2024, au nom de la CEDEAO, la leçon aux régimes putschistes du Sahel se trouve désormais dans un bras de fer avec l’organisation sous-régionale.

Coup d’Etat civil

Contre toute logique, le président Embalo refuse de quitter le pouvoir alors que son mandat s’est achevé le 27 février 2025, date de son investiture en 2020, pour l’opposition qui a décidé de regrouper dans une structure fédérative autour du Parti pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert (PAIGC).

Même la Cour Suprême bissau-guinéenne n’est pas du même avis que le président Umaro Sissoco Embalo. La plus haute juridiction du pays, qui n’est pas pourtant réputée pour sa rébellion contre le pouvoir exécutif, a en effet estimé que l’actuel mandat de M. Embalo prenait fin le 4 septembre 2025.

Faisant fi de l’avis de la Cour suprême, le président a annoncé la présidentielle pour le 30 novembre 2025. Après la levée des boucliers suscitée par cette sortie hasardeuse, il a décidé d’avancer le scrutin d’une semaine, soit le 23 nombre 2025.

Le plus grave dans cette affaire, c’est qu’Embalo ne dit pas pourquoi il choisit le mois de novembre, ni pourquoi il a avancé le scrutin d’une semaine et non de deux ou trois. Le président bissau-guinéen a même ajouté à la confusion en déclarant lundi 3 mars 2025 à l’hebdomadaire Jeune-Afrique qu’il comptait être candidat à sa succession lors de la prochaine présidentielle, revenant ainsi sur la parole qu’il a donnée en septembre 2024 de ne pas briguer de second mandat.

Les privilèges et les honneurs du pouvoir ont eu raison de la parole donnée. Une faute sociale et politique : en Afrique « le grand chef » ne ment pas. Mais Embalo a menti sans gêne, ni vergogne. Il s’est dédit honteusement, affaiblissant encore le poids de la parole politique dans une sous-région où les hommes politiques sont considérés comme des menteurs.

Un multirécidiviste

Abonné aux frasques et à la légèreté, Umaro Sissoco Emballo avait déjà réalisé le coup de force de dissoudre l’Assemblée nationale en 2023 parce que son camp politique venait de perdre les législatives. Il avait ensuite fixé les nouvelles élections à novembre 2024 avant de les reporter sine die. La CEDEAO, si prompte à sanctionner le Mali et le Niger, avait alors fait profil bas.

 

Cette fois, elle ne pourrait pas s’en tirer à si bon compte. Le président Embalo a choisi de la défier très ouvertement. Non content d’avoir violé les dispositions du Protocole additionnel de Dakar sur la bonne gouvernance et les élections, le président bissau-guinéen a chassé manu militari la délégation de la CEDEAO  venue à Bissau pour jouer les bons offices et aider à trouver une date consensuelle pour la présidentielle. « La CEDEAO ne va pas faire la loi ici », a tempêté le président Embalo, sur le ton du défi à l’organisation sous-régionale qui se retrouve ainsi face à un sacré dilemme.

Soit, elle ne réagit pas au coup d’Etat civil du président Embalo et donne raison aux partisans des juntes sahéliennes qui lui ont toujours reproché son indignation sélective ; soit elle réagit et prend le risque d’ajouter un nouveau contentieux à celui qui l’oppose aux pays de l’AES et qui n’est pas encore soldé, malgré l’officialisation de leur retrait de la CEDEAO le 29 janvier 2025.

Quelle que soit l’option qu’elle aura retenue, il faut craindre que le mal soit déjà fait pour la CEDEAO. Le simple fait que son président en exercice entre 2022 et 2024 en viennent à l’affronter amplifiera sans aucun doute sa perte de crédibilité dans les opinions publiques, notamment celles des Etats sahéliens qui ne lui ont toujours pas pardonné sa posture d’affrontement et non de compréhension et d’accompagnement aux militaires auteurs des coups d’Etat au Burkina Faso, au Mali et au Niger. La CEDEAO aura bien de la peine à justifier en quoi le coup d’Etat civil de Umaro Sissoco Embalo est moins grave que celui d’Assimi Goïta au Mali ; celui de Ibrahim Traoré au Burkina Faso ou du général Abourahamane Tiani au Niger.  

.....L’Editorial de Seidik Abba, Rédacteur en chef de Mondafrique

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Commentaires (3)

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Siriki il y a 11 mois

Les dirigeants putschistes de l'AES ont arraché les dents et les griffes du tigre CEDEAO, aux ordres du Nigéria !! Aujourd'hui, la CEDEAO est gros chat qui ne fait peur à personne ; même pas à la petite Guinée Bissau !! LOL !! La CEDEAO ne peut donc rien imposer aujourd'hui au Président Umaro Sissoco Embaló, qui n'est pas un putschiste, comme les dirigeants de l'AES !! Il a été élu démocratiquement par le peuple bissau-guinéen en 2020 et a droit à un second mandat constitutionnel !! Merci.

S
Siriki il y a 11 mois

Koh : "Contre toute logique, le président Embalo refuse de quitter le pouvoir alors que son mandat s’est achevé le 27 février 2025, date de son investiture en 2020" !! LOL !! C'est faux !! Le Président Umaro Sissoco Embaló n'a fait qu'un seul mandat ; il est candidat pour un second mandat présidentiel ; ce qui n'est en rien, anticonstitutionnel !! Il s'agit simplement d'un glissement du calendrier électoral en Guinée Bissau !! La Guinée Bissau est un État souverain et n'est pas le 1er pays africain à subir un glissement du calendrier électoral !! Il y a eu pire ailleurs ; notamment en République Démocratique du Congo !! Il vaut mieux un glissement du calendrier électoral en Guinée Bissau, qu'un vide constitutionnel, qui débouchera inéluctablement sur une guerre civile !! Merci.

S
Siriki il y a 11 mois

En Côte d'Ivoire, l'opposition veut pousser notre commission électorale indépendante (CEI) à la faute, en exigeant une 2ème révision de la liste électorale (RLE) ; alors qu'on est à 7 mois de l'élection présidentielle d'octobre 2025 et que l'actuelle révision de la liste électorale biométrique n'est même pas terminée !! C'est le 17 mars 2025, que la CEI publiera la liste électorale provisoire 2025, pour qu'on aille au contentieux afin de radier les électeurs décédés et autres fraudeurs indûment inscrits sur notre liste électorale biométrique ; tel que Tidjane Thiam, qui s'est naturalisé français en 1987 et qui a perdu de facto sa nationalité ivoirienne 15 ans après, conformément au Code de la nationalité ivoirienne !! LOL !! L'opposition ivoirienne veut provoquer un glissement du calendrier électoral pour faire descendre les Gogos et autres simples d'esprit dans la rue, pour semer le chaos !! La candidature de Gbagbo sera rejetée par le Conseil Constitutionnel ivoirien, parce qu'il a été gracié par le PR Ouattara et non amnistié par le parlement ivoirien !! Quant à Tidjane Thiam, le candidat du PDCI, il n'est pas exclusivement ivoirien, comme l'exige la constitution ivoirienne ; il est français !! Et si on fouille bien au Sénégal, peut-être qu'il est aussi Sénégalais, par filiation !! LOL !! Le PDCI et le PPA-CI ne cherchent pas des candidats de substitution, comme on l'a vu au Sénégal avec Sonko et Diomaye FAYE !! L'opposition ivoirienne veut créer la chienlit, parce qu'elle est incapable de remporter les élections par les urnes ; le bilan du PR Ouattara est grandiose !! Mais, Dieu est Dieu ; la Côte d'Ivoire ne sombrera pas dans le chaos !! Merci.