Décryptage : L’information : un défi au Sahel
Imamoglu, accusé de “corruption” par le régime en place. Quelle en sera l’issue ? Ce qui est sûr : quelque chose se passe dans le pays de Moustapha Kemal Atatürk, père de la nation ottomane. L’histoire d’un peuple s’écrit à l’encre des valeurs : justice, fraternité, liberté, égalité, dignité…
La désinformation en ligne, l’ennemi numéro un
Aujourd’hui, l’information est concurrencée par la désinformation dont les premiers conducteurs sont les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Signal, Snapchat, Tiktok, WhatsApp, X, YouTube, LinkedIn, etc. Evidemment, les réseaux sociaux sont utiles pour communiquer. Mais, ils peuvent vite devenir nocifs. Sur les plates-formes sont véhiculés des Fake news et des Deepfake. Le but ? La propagande, le complot, la diffamation, etc. Loin d’être une banalité, ils pénètrent les âges, les univers masculin et féminin.
Manière de falsifier les faits pour induire en erreur volontairement, la désinformation en ligne est un des maux du siècle. Fabriquée pour produire une réaction émotionnelle, elle est l’ennemi numéro un de nos sociétés. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les spadassins du narcoterrorisme se servent des réseaux sociaux pour diffuser leurs abominations. La frontière entre le mensonge et la vérité s’effrite. Les charognards s’empiffrent. Les complotistes se frottent les mains. Mais la presse n’est jamais docile !
Le rituel sanglant
La controverse sur les exactions de Solenzo (Burkina Faso) entre les 10 et 11 mars 2025 renseignent sur le climat de terreur, ventilé sur les réseaux sociaux. Le rituel sanglant continue. Vendredi 21 mars 2025 à Fambita au Niger, 44 civils sont tués par l’EIS. La suite : des images dégoûtantes inondent les réseaux sociaux. Les auteurs des massacres bidonnent les images pour obtenir ce qu’ils veulent voir et entendre. Tout ça pour détruire. La souffrance rejaillit sur les familles endeuillées.
Dans la savane sahélienne, on hurle à la démocratie pour dorloter le peuple. Ailleurs, on crie sans discontinuer pour semer la haine. La cohabitation entre les peuples se complique. Bye-bye la raison. Bienvenue à la passion. L’information véritable, celle qui ne trompe pas, se raréfie.
Les vérités alternatives dominent l’opinion. A l’envie de comprendre, celle de liker et de partager. Sans discernement. Les uns paient pour protéger le pouvoir. Les autres tuent pour imposer un ordre, enkysté dans l’âge de fer. De part en part, la chose publique est utilisée pour protéger les intérêts individuels. On s’aveugle pour mieux dépecer la bête, l’Etat. Les appels à l’aide ne franchissent pas les casemates.
La plume des sans-plumes
Dans les tréfonds, l’information est malmenée dans ce qu’elle a d’impératif : l’indépendance et la liberté. “Je l’ai écouté sur WhatsApp”, c’est une des réponses servies en général dans les grins sur le continent africain. Les références à la presse officielle sont rares. Le caveçon veille. Le retrait des agréments d’exploitation d’Hadafo-Media et de Djoma Media à Conakry et la suspension de Djoliba TV à Bamako participent des mécanismes de fragilisation des médias.
Ils disent quelque chose du rapport trouble des gouvernants à l’information. D’autres purges, vite ! Le sort s’acharne sur les professionnels de l’information. Pour combien de temps ? Une chose est sûre, le peuple est privé d’un de ses droits essentiels, l’information. Il est tenu. Les âmes sont aspirées par les intérêts de quelques-uns. Une myriade de sycophantes veille au grain. Ne sacrifions pas les idées qui ont cours le lendemain. Le chemin sera long. Vive la plume des sans-plumes !
Certes, la vraie information dérange. Certes, les tensions sont consubstantielles à l’histoire de l’information. Certes, la géopolitique actuelle rebat les cartes des rapports entre Etats et médias. Mais, l’émergence d’un citoyen éclairé rime avec la production d’une information vraie et juste. C’est le socle de l’esprit démocratique. Dans le désert sahélien, car la vraie lutte est celle contre le narcoterrorisme et l’Etat de droit. Ecoutons Nahawa Doumbia dans Tinye de be laban, la vérité triomphera.
Mohamed Amara
(sociologue)