Edito : La route de Kayes en voie d’extinction
Le non entretien de la route Bamako-Kayes depuis plusieurs années a eu comme conséquence une dégradation progressive et inquiétante.
Pour rappel le Port Autonome d’Abidjan était le plus prisé par les commerçants maliens jusqu’à l’éclatement de la crise post-électorale de 2001. Cette crise qui concernait également le Mali en tant que pays voisin et considéré à tort ou à raison par le camp Laurent Gbagbo, l’autre protagoniste de la crise, comme la base arrière des rebelles qui avaient des accointances avec Alassane Ouattara son rival. Ces rebelles qui étaient majoritairement des Dioulas, une communauté originaire du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, se sont battus pour que la victoire d’Alassane lui soit restituée. Cette situation de guerre civile en Côte d’Ivoire a fait fuir les commerçants maliens vers le port de Dakar. Pour rendre cette voie praticable en toute saison les autorités d’alors ; qu’elles soient maliennes ou sénégalaises, ont consenti d’énormes sacrifices financiers pour réaliser une prouesse, celle de rendre la route Bamako-Dakar praticable en toutes saisons et cela au grand bonheur des deux peuples frères. En effet, malgré la paix retrouvée en Côte d’Ivoire beaucoup de commerçants n’ont pas daigné changer de direction car ayant déjà tissé des liens et des réseaux avec les autorités portuaires du Sénégal. Aujourd’hui le risque d’un arrêt total du trafic sur le tronçon Kayes- Bamako est plus que plausible compte tenu de l’Etat de dégradation de la route surtout en cette période hivernale.
Et pourtant la route Dakar-Bamako est un axe important voir vital pour l’économie malienne, car il facilite non seulement le commerce et les échanges, mais aussi et surtout l’approvisionnement du pays en denrées de première nécessité et en marchandises de tous genres. La dégradation de cette route pourrait entrainer des retards et d’énormes pertes économiques pour les deux pays en général, mais particulièrement pour le Mali. Donc il urge pour les autorités de refaire les tronçons suffisamment endommagés pour éviter que le trafic ne s’arrête totalement. Il est de notoriété publique que quand un pays est en crise comme celle que le Mali traverse, les acquis doivent être préservés à défaut d’en ajouter. La route Bamako-Kayes doit être une priorité pour les autorités de la transition, afin d’éviter une exacerbation de la crise socio-économique.
Youssouf Sissoko