Edito : Bazar médiatique !
Depuis des années, le métier de l’information et de la communication est de plus en plus exercé par des profanes qui s’improvisent journalistes.
Ces individus de tout bord qui reçoivent souvent des informations confidentiels d’Etat, s‘adonnent, sans aucun traitement préalable, à leur diffusion sur les réseaux sociaux. Sans aucune formation professionnelle en communication, ces videomen sont pourtant devenus les principales sources d’information de la populace et même de certains cadres du pays.
Animateurs improvisés du monde de la communication et de l’information, ces videomen sont hélas plus sollicités par les décideurs du pays que la presse publique et privée. Dont les acteurs sont pourtant des vrais professionnels de la communication et de l’information, qui respectent rigoureusement l’éthique et la déontologie dans leur travail.
Ces videomen considérés comme journalistes par la populace, ne payent ni d’impôts ni taxes et ne supportent aucune charge. Ils ne se soucient guère de recouper les infos qu’ils reçoivent. Chose gravissime, ces journalistes improvisés n’ont pas la culture de traiter leurs infos qu’ils balancent le plus rapidement possible sur les réseaux sociaux, à l’aide d’un simple smartphone sous forme de buzz.
Le phénomène est devenu pire d’autant que n’importe qui s’improvise désormais analyste économique, politique et militaire… Leurs thématiques portent le plus souvent sur des sujets dont ils ignorent carrément les connaissances basiques. Ils ignorent les débats intellectuels lors desquels, chacun donne poliment ses arguments.
Ces videomen se caractérisent aussi par l’absence de référence à des travaux d’expertise. Ils affirment le plus souvent qu’ils ne connaissent pas un domaine mais certains d’entre eux, contestent constamment des travaux d’expertise. Cela, sans qu’ils ne fournissent aucun argumentaire sur la question. Ces videomen sont majoritairement de grands spécialistes en délation et en discours violent et injurieux contre des citoyens honnêtes.
Ce bazar médiatique que nous vivons présentement dans notre pays, contribue grandement à accentuer la fracture entre les maliens. Qui sont hélas catégorisés en « Malidenw jugu » et « Malidenw Niouman » par leurs soins.
Nous vivons actuellement une crise de ravitaillement en carburant. L’Etat organise sa logistique militaire pour accompagner et sécuriser les convois de camion-citerne sur les axes Bamako-Kayes-Dakar, Bamako-Sikasso-Abidjan, Bamako-Conakry pour l’acheminement de carburant dans les structures d’accueil. Ignorant ce qu’est une communication de crise, certains de ces videomen, sans aucune formation ni expérience professionnelle sont en train de communiquer au rabais au profit des ennemis terroristes. Car, obsédés par la production de buzz, ils transmettent en temps réel la position des convois de ravitaillement. Ce qui facilite les attaques terroristes. N’est-il pas vraiment venu le temps que ces videomen se taisent afin de permettre aux forces armées maliennes d’exécuter leur travail de sécurisation dans la discrétion ?
L’information officielle diffusée ou publiée par les medias d’Etat est présumée fondée et de sources fiables. Elle doit normalement être l’une des principales sources d’informations des medias privées en temps de guerre. Sans oublier que les medias professionnels privés doivent être instamment informés officiellement afin que leurs journalistes puissent exercer convenablement leur métier.
Les autorités maliennes qui gouvernent notre pays, plongé depuis plus d’une décennie dans une crise multidimensionnelle, doivent privilégier les structures étatiques qu’elles ont-elles-même créées, dont l’ORTM, l’AMAP, la Direction des Relations Publiques de l’Armée (DIRPA),… pour les communications d’Etat. Cette prérogative ne doit plus être déléguée à un quelconque videoman. Le pays y a tout intérêt !
Gaoussou Madani Traoré