À vos plumes : Ressaisissons-nous !
Chaque fois que je passe devant la prison de Bamako (Maison centrale d’arrêt), je me remémore la visite que j'y ai rendue à mon père. J'avais autour de 12 ans et j'étais venue en vacances, de Dakar où je vivais, coupée de ma famille génétique, conséquence de la « politique ».
La prison... Je vous ai relaté ma conversation avec ce sage du Mandé, que j'ai rencontré à deux occasions et qui, à chaque fois, n'a pas manqué de me dire : « chez nous, la prison n'existait pas » et que nous « réglions » les choses autrement. Mali, Année 2025, Année de la culture… Il n'y a pas de « malédiction » au Mali. Je suis heurtée, émotionnellement, spirituellement, quasi physiquement, quand j'entends pareils commentaires et assertions.
D'ailleurs, si possible, j'évite la proximité de ces bouches avec mes oreilles… Euh, les amis, il m'est même arrivé de faire la grève des bisous. Par contre, l'injustice, oui, nous en mangeons, bon gré, mal gré, les fruits amers. Fruits, qui en plus de leur amertume, ont cette capacité pernicieuse de maintenir vives les plaies ouvertes.
L'injustice primaire, primordiale, c'est peut-être le sort réservé aux dirigeants et acteurs impliqués dans la gouvernance de la première République et qui explique leur non-réhabilitation. Pire, parfois leur mémoire même est violentée. Emprisonnés comme de vulgaires malfrats et punis psychologiquement, pour...???
Pourtant, ils ont conquis l'indépendance, étape cruciale vers notre souveraineté. Euh, ceux qui ne savent pas disent qu'on nous a « donné » notre indépendance. C'est si facile et si courant, de nos jours, de porter un jugement réducteur sur l'auteur, l'acteur d'une œuvre dont on se sait cependant incapable.
Le patriotisme profond de nos parents leur a toutefois interdit la rancune, l'esprit de vengeance destructeur, la haine active, la sournoiserie cupide... La foi leur a permis cette implication saine et la force mentale de faire face aux conséquences. Leur esprit alerte a fait d'eux, les premiers, et infatigables lanceurs d'alerte. Ce sont, à mon humble avis, des repères fiables et plus pertinents, dans le contexte actuel, que Sunjata, Biton… Moi, perso, quand je pense Mali, c'est en accord avec la vision des Pères fondateurs. Un Mali juste où il fait bon vivre, où la misère fait honte aux dirigeants, telle la claque que Macron a reçue de Brigitte… Oups ! Non, du jeune homme.
Bref... Il faut croire aux capacités du peuple. Il faut accepter que l'intelligence ne soit pas la propriété exclusive d'une classe sociale… ou même de celle « aux affaires ». Bon, c'est vrai qu'on ne parle pas des exploits de ceux qui étaient la jeunesse d'antan. De la culture au pilotage d'avion en passant par la médecine… Le mythe de Sunjata déracinant un baobab est plus plausible… Ressaisissons-nous ! L'expérience, le vécu, la nouvelle donne… doivent nous aider à ajuster, à réparer ce qu'il faut dans la stratégie, la définition des contraintes… C'est la féminine divine qui s'exprime.
Piaaaaannnnn !
One Love
KKS