Edito : L’ORTM n’a pas vocation à faire de la propagande !
Depuis plus d’une décennie, notre pays traverse une crise multidimensionnelle. Pour mieux y faire face, les populations maliennes doivent être mieux informées afin qu’elles comprennent les vrais enjeux nationaux en tant de crise.
Cette tache informationnelle (ou de communication), pour qu’elle soit bien remplie, devrait se faire par une Presse professionnelle (privée et publique) responsable qui répond à des normes conventionnelles. Cela, avec des journalistes (ou communicants) qui exercent leur profession en se soumettant au respect scrupuleux de l’éthique et la déontologie. C’est ce que, jusqu’à preuve du contraire, s’évertuent à faire les medias publics et privés professionnels de notre pays. En l’occurrence, l’ORTM. Dont les journalistes, bien que soumis à la censure et l’autocensure, font tout pour que leurs productions soient le plus professionnel possible.
Avec l’avènement de nouvelles technologies de l’information et la communication, des médias sociaux sont nés avec les réseaux sociaux (Facebook, TikTok…) comme seul support informationnel et communicationnel. Les animateurs de ces médias sociaux provenant de toutes les couches de la société (dont des Imams) font constamment des buzz sur la toile avec leur publication (le plus souvent en vidéos). Ils se servent simplement d’un smartphone pour effectuer leur « travail » lucratif. Mais le comble est que, non seulement les informations diffusées ou publiées par ces videomen ne sont jamais traitées (en ont-ils vraiment besoin pour atteindre leurs cibles ?) Encore que la plupart d’entre eux ne sont ni instruits ni intellectuels.
Cependant, ces gens ont une certaine audience et s’improvisent en « journalistes » pour mener un débat (pardon un monologue) insensé dans lequel, sans argumentaire, ils embrigadent leur auditoire, majoritairement composé de la populace. Mais ce qui est marrant, leur imposture semble même faire l’affaire de certains responsables qui se servent des videomen, majoritairement des propagandistes, pour faire la communication d’Etat.
N’est-ce pas que de nombreuses fois, certains de ces videomen se tapent la poitrine en affirmant que leur information provient du Haut sommet ? Certains n’ont-ils pas menacé de retirer la nationalité à des maliens, en les condamnant et traitant d’apatrides ? Quelles qualités et titres officiels ont-ils ces videomen pour qu’ils se comportent ainsi ? Le rôle de la communication d’Etat n’est-il pas normalement dévolu à des services spécialisés? A quoi servent donc la DIRPA, les cellules de communication des différents départements ministériels et d’autres structures étatiques ou paraétatiques, l’AMAP, l’ORTM ?
C’est vrai, le « métier de videoman » est aujourd’hui un phénomène à la mode. Il est très prisé et tout le monde cherche à le pratiquer. C’est plus facile comme boire de l’eau. Car, pour produire leurs vidéos, on utilise le même narratif. Et il n’y a pas assez de réflexion (ou pas du tout) à faire, on essaye tout simplement à plaire aux autorités que l’on flatte pour avoir leur bonne grâce. D’ailleurs récemment des vidéos récentes, incriminant l’ORTM et ses journalistes (pourtant de vrais professionnels), font le buzz sur les réseaux sociaux. Les animateurs, videomen, se réclamant d’être de vrais patriotes maliens, reprochent aux journalistes des Chaînes Nationales de ne pas en être. Tout simplement, parce qu’ils ne s’érigent pas en propagandistes lorsqu’ils exercent leur métier PROFESSIONNEL (qu’ils ont pourtant appris, des années durant, dans des grands Ecoles et Instituts de formations de journalisme).
L’exercice du métier de journalisme dans une presse publique recommande, en dépit de la censure et l’autocensure dont il est constamment soumis, le respect de certaines normes professionnelles. Pourtant par mépris ou ignorance, certains videomen estiment qu’ils sont capables de se substituer aux journalistes de l’ORTM. Ils se donnent même le culot de réclamer leur place. Mais ils ne savent-ils pas que la Chaîne Nationale doit normalement effectuer un service d’intérêt public pour l’ensemble des contribuables maliens. Qui émanent de tous les bords politiques. Alors, ces videomen doivent comprendre que l’ORTM n’est pas censée défendre l’intérêt d’un POUVOIR quelconque mais de l’ETAT malien et de la NATION. Ce, avec des règles et réflexes professionnels.
Vu l’ampleur de la menace du phénomène de videoman dans notre pays, chers confrères, n’est-il pas venu le temps que les vrais professionnels privés ou publics de l’Information et la Communication se donnent la main pour crever l’abcès médiatique que les videomen ont produit? De toute façon, nul doute que les vrais professionnels de médias que nous sommes, vivons une situation très critique et existentialiste !
Gaoussou Madani Traoré