vendredi 17 avril 2026
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Accueil mitigé du chronogramme des élections générales : Des oppositions irréductibles de Kaou Djim et au sein de la junte !

Par Nouvelle Libération 217 vues
Accueil mitigé du chronogramme des élections générales : Des oppositions irréductibles de Kaou Djim et au sein de la junte !

Les avertissements à peine voilés de la communauté internationale aux militaires de Bamako ont trouvé un écho favorable sur les berges du Djoliba : les autorités de la Transition ont publié, le 15 avril 2021, un chronogramme pour la tenue du prochain référendum constitutionnel et des élections générales, démarrant en octobre prochain jusqu’en mars 2022. Déclenchant réserves et hostilités !

 

La junte de Bamako n’a pas tardé à réagir face à l’impatience de la communauté internationale. Au cours de la réunion du Conseil de Sécurité du mardi 6 avril dernier, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, avait en effet ouvertement invité les autorités militaires maliennes au pouvoir à produire rapidement un calendrier électoral définitif, le tout sur fond de dialogue inclusif avec les partis politiques et la société civile autour de l’agenda de la Transition.

Chose faite donc ce 15 avril, du moins en partie. Car le pouvoir militaire n’a procédé à aucune consultation, encore moins associé quelques forces ou groupes que ce soit. Même le fameux Comité d’orientation stratégique, mis en place auprès de lui par le Premier ministre, n’a eu son mot à dire. Une démarche à la hussarde qui n’est pas du goût de tout le monde, au point que les observateurs s’interrogent de savoir si réellement le département du jeune lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga est bien l’initiateur de ce chronogramme dont il est pourtant le porteur !

Vers des élections bâclées

Mais le moins que l’on puisse dire est que, dès son annonce, cet agenda électoral suscite scepticisme voire défiance. Déjà, au sein même du Conseil national de la Transition, dont l’un des soutiens farouches de la junte, le coordinateur de l’appel citoyen pour la réussite de la transition (ACRT) et irréductible partisan de la candidature du colonel Assimi Goïta. Et Issa Kaou Djim, ne porte pas de gants, déjà en remettant en cause l’aptitude du Premier ministre de Transition à exécuter les engagements des nouvelles autorités : «Moctar Ouane a quelle légitimité ? Il est simplement rattaché !» le qualifie-t-il avec une pointe de mépris, en avertissant : «…il ne s’agit pas de donner un chronogramme pour des élections bâclées…», avant de porter l’estocade finale : «Qui va s’associer à ce chronogramme ? ».

Une mascarade à ses yeux. Car c’est le casus belli, quand bien même que l’ex-tonitruant coordinateur de la Coordination des mouvements et associations des sympathisants de l’Imam Dicko (CMAS), en même temps porte-parole et beau-fils du leader religieux (excusez du peu !), n’est plus en odeur de sainteté tant dans son ancienne chapelle qu’au sein de l’opinion. Issa Kaou Djim a pourtant mis le doigt sur le curseur.

Et apparemment, l’ex-porte-parole du prêcheur wahhabite ne s’insurge pas dans une saute d’humeur. Des sources rapportent qu’au sein de la junte, ce ne serait pas la belle unanimité autour de cet agenda de sortie de Transition. De toute évidence, le vice-président de la Transition et Numéro1 de la junte, le colonel Assimi Goïta, et ses proches ne souffleraient pas dans la même trompette que le président transitoire, le colonel Bah N’Daw. Les désaccords portent-ils sur le rythme, la durée voire la séquence retenue au terme de ce calendrier ? Toujours est-il qu’en l’état, le chronogramme retenu bouleverse les agendas particuliers, d’abord au sein de la junte militaire au pouvoir.

L’impression est davantage une précipitation à répondre à l’impatience de la communauté internationale qu’une solide maîtrise d’un calendrier de dévolution du pouvoir à un régime civil légitime. Le défaut de la cuirasse réside dans l’absence de l’association des forces vives du pays dont la junte a toujours fait l’économie, en dépit des appels du pied de la communauté internationale.

Certes, la plateforme JIGIYA KURA de l’ancien ministre Housseini Amion Guindo a salué, dans son communiqué du 18 avril 2021, «la publication du chronogramme des élections qui respecte le délai imparti pour la transition», mais elle note tout de même «le manque de concertation préalable avec la classe politique et la société civile», invitant donc «les autorités de la transition à plus d’inclusivité dans la mise en œuvre du chronogramme».

Absence de concertation et passage en force

Ce que ne manque pas de faire remarquer le M5-RFP qui, à travers Choguel K. Maïga, le coordinateur du Comité stratégique, a dénoncé dans sa déclaration de ce 19 avril 2021 le fait que le département l’Administration territoriale et de la Décentralisation, porteur du chronogramme publié, n’ait même pas pris la peine d’en aviser deux jours plus tôt le cadre de concertation avec les partis politiques, avec lesquels la tutelle était en réunion le 13 avril précédent.

La contestation populaire, à l’origine de la chute d’IBK, pointe le mépris ainsi affiché envers un organe que le pouvoir militaire a lui-même créé, le Comité d’orientation stratégique, pour lequel les autorités militaires de la Transition n’ont eu «le moindre égard». Le M5-RF conclut ainsi «que le calendrier des élections soit ainsi publié sans la moindre concertation avec les forces politiques et sociales».

Mais au-delà des principes, l’ancienne contestation populaire fait part de plusieurs réserves objectives, relatives notamment au délai incompressible pour engager un «processus de consultation… avant la révision annuelle des listes électorales fixée par la loi au mois d’octobre… l’absence totale de temps prévu pour les consultations et les débats indispensables à l’élaboration de tout projet de Constitution ; le refus de la mise en place de l’Organe unique de gestion des élections, unanimement convenue au sein de l’ensemble de la classe politique ; une opacité totale sur le mode de scrutin et les circonscriptions électorales», ainsi que la récurrente question de la sécurité qui empêchera inévitablement la tenue des élections dans de larges parties du territoire national qui échappent toujours au contrôle de l’Etat.

En effet, depuis l’élection présidentielle de 2018 avec la réélection du président déchu, l’insécurité impacte durement près des deux-tiers du territoire national et un nombre considérable de la communauté nationale se trouve de facto exclu de l’expression du suffrage universel.

Le référendum constitutionnel pourra-t-il se tenir, en violation de l’alinéa 3 de l’article 118, de la Constitution toujours en vigueur, qui dispose qu’«Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire», un obstacle auquel s’était heurté le régime défunt ?

À l’heure actuelle, à moins d’un miracle avant octobre prochain, la souveraineté de l’Etat est loin d’être totale sur l’ensemble du Mali. Depuis son irruption à la tête du pays, la junte de Kati n’a jamais réussi à restaurer la moindre sécurité sur l’ensemble du territoire national ; bien au contraire, sous le régime militaire actuel, la situation sécuritaire s’est plutôt considérablement dégradée.

Un chronogramme concocté sous la pression, davantage pour donner des gages, constitue l’assurance d’une élection bâclée. Le remède sera pire que le mal. À moins que l’agenda, voire la dévolution du pouvoir, n’ait déjà été actée par la junte !

  Mohamed Ag Aliou

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Commentaires (2)

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D
Dr ANASSER AG RHISSA il y a 4 ans

Au Mali, l'organe unique d'organisation d'élections transparentes et crédibles doit être créé comme le stipule le Dialogue National Inclusif. Les partenaires doivent aider le Mali pour la création d'un tel organe. Je lance un appel à la gouvernance de la transition et aux partenaires pour la création d'un tel organe. C'est aujourd'hui la première des priorités : évitons la fuite en avant pour prendre à bras le corps les problèmes avant qu'il ne soit tard. Bonjour, Le 06 février 2021, lors du débat sur Renouveau TV auquel j'avais participé, j'avais conseillé qu'après son manifeste et après s'être réformé, Mahmoud Dicko, gagnerait à essayer d'unir toutes les forces vives dont le M5 RFP. Je lui avais remis le 19 février 2021, une clé USB contenant le débat, portant entre autres, sur son manifeste. Je lui avais apporté une copie d'une lettre que j'avais envoyée le 08 février 2021 à SEM le Président MBah N'DAW concernant ce débat et les conclusions qu'on peut en tirer. Cette lettre était intitulée "Cultivons la confiance et la tolérance : Impliquons-nous, de faÇon diligente, tous les Maliens pour une transition apaisée, inclusive et réussie". Il ressort de ce débat et de cette lettre, le souhait de l'union de toutes les forces vives pour une transition apaisée, inclusive et réussie et le souhait d'un démarrage imminent d'actions concrètes associées comme le stipulait Dr Anasser Ag Rhissa. La convergence de vues, comme nous l'avions proposé, pour un rassemblement de toutes les forces vives autour du Mali est salutaire. Maintenant, Quelle(s) action(s) concrète(s) et par qui pour la matérialisation de ce rassemblement ? Comme je l'avais proposé, le Premier Ministre assure le leadership et fédère toutes ces actions à travers le comité stratégique (COS) sous son leadership. Cependant une communication active et participative (impliquant fortement tous les acteurs participant au COS et ceux qui souhaitent s'impliquer sans participer au COS, comme mon cas) doit être assurée pour rendre dynamique ces actions. La communication autour du chronogramme doit être assurée. L'organe unique d'organisation d'élections transparentes et crédibles doit être créé comme le stipule le Dialogue National Inclusif. Les partenaires doivent aider le Mali pour la création d'un tel organe. Je lance un appel à la gouvernance de la transition et aux partenaires pour la création d'un tel organe. C'est aujourd'hui la première des priorités : évitons la fuite en avant pour prendre à bras le corps les problèmes avant qu'il ne soit tard. Bien cordialement Dr Anasser Ag Rhissa Expert TIC, Gouvernance et Sécurité, TEL au Mali : 00 2 2 3 78731461

F
Fanga 10020 il y a 4 ans

Un jour on nous parle d'adoption d'une nouvelle Constitution, un autre de révision de la Constitution. Or, ces deux modes de changement constitutionnel sont différents et sont soumis chacun à une procédure d'élaboration et d'adoption spécifique. Ces gens-là sont donc une bande d'amateurs en matière politique et constitutionnelle. Encore et toujours, ils essayent d'embrouiller et de duper les Maliens, par différents subterfuges comme leur COS, pour modifier la Constitution et conférer une force constitutionnelle à la partie de l'accord dit d'Alger intitulée "Questions politiques et institutionnelles". D'autant qu'ils savent que, s'ils optent pour le mode de changement de la Constitution par la voie de la révision, ils n'ont pas la compétence pour réviser la Constitution du Mali puisque le président de transition et le CNT n'ont pas le droit d'initiative constitutionnelle de révision de la Loi fondamentale. Celui-ci est réservé au président de la République et aux députés de l'Assemblée nationale du Mali élus au suffrage universel direct. La Constitution est très claire sur ce point. La CEDEAO aussi est dans la même optique puisqu'elle a chassé de ses rangs il y a quelques jours les membres du CNT en leur refusant l'assimilation aux députés légitimes élus au suffrage universel direct. La Cour constitutionnelle a elle aussi récemment adopté une décision qui va dans cette limitation de la compétence des autorités actuelles de transition. Et leur Charte de la transition bidon ne prévoit en leur faveur aucun droit d'initiative de révision de la Constitution. S'ils comptent opter pour le mode de changement constitutionnel, plus lourd et compliqué, de l'adoption d'une nouvelle Constitution, ils se casseront les dents puisqu'ils n'ont pas la légitimité politique et un consensus national suffisamment important pour permettre de jeter par-dessus-bord l'actuelle Constitution du Mali, puis d'adopter dans le cadre d'une sorte de conférence nationale élargie au-delà du CNT une autre Constitution. Ensuite, qu'ils optent pour une révision constitutionnelle ou une adoption d'une nouvelle Constitution, les initiateurs de ce projet se heurteront toujours à l'obstacle contenu dans notre Constitution d'interdiction d'organisation d'un referendum de changement constitutionnel aussi longtemps qu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire national et que celui-ci est occupé. Je précise sur ce point que cette interdiction constitutionnelle concerne uniquement le referendum de changement constitutionnel. Les élections présidentielle, législatives et locales ne sont pas concernées par l'interdiction constitutionnelle et peuvent être organisées, dans la mesure du possible, même en cas d'occupation du territoire national. Il a été largement débattu sur les conséquence auxquelles aboutiraient la mise en œuvre constitutionnelle de ces dispositions de l'accord séparatiste. Il faut donc renoncer au plus vite à cette idée toxique de changement constitutionnel, puis décréter un embargo sur l'application de l'accord d'Alger et, en sens inverse des actions du gouvernement actuel, s'atteler à mettre en place un groupe de travail sur la révision de l'accord d'Alger.