samedi 18 avril 2026
Contact
Malijet

Avec le passage en force de Assimi Goita et Choguel Maiga à la Primature : Le délai de la Transition pourra-t-il résister à une révision ?

Par Le Témoin 208 vues
Avec le passage en force de Assimi Goita et Choguel Maiga à la Primature : Le délai de la Transition pourra-t-il résister à une révision ?

 

Tel qu’annoncé par les oiseaux de mauvais augure, le retour de Bah N’Daou sur la scène régalienne s’est derechef conclu par une démission. L’épisode se distingue toutefois des précédents par la réédition d’un drame d’une contrainte similaire à celle infligée à IBK il y’a moins d’une année ou encore à Cheick Modibo Diarra il y’a près d’une décennie.

C’est aussi depuis une décennie qu’un syndrome putschiste cyclique a fissuré le système démocratique malien et semble s’y être installé confortablement avec le deuxième coup de maître du CNSP. Demeurée en embuscade malgré sa dissolution officielle, cette structure a rejailli la semaine dernière tel une réplique volcanique pour conduire à coups de godasses le dépositaire des armoiries de la République, Bah N’Daw, par les mêmes couloirs que son prédécesseur à Koulouba. Le Colonel-major en retraite et son Premier ministre, après plusieurs jours de détention, ne résisteront pas si longtemps au rapport de force (à la séquestration peut-être) et finiront par rendre le tablier dans la foulée des efforts engagés par la Cedeao, garant de la Transition, pour sauver les meubles.

Que d’alibis superficiels

Cette tournure rocambolesque de la Transition est consécutive à la formation d’un nouveau gouvernement dont l’avènement devait affranchir la Transition d’une gênante emprise de sa frange militaire, en consacrant notamment le retour des portefeuilles de souveraineté dans l’escarcelle de Bah N’Daw.

Mais le puissant quatuor de colonels putschistes ne l’entendait point de cette oreille. Et, à défaut de réussir à en dissuader le duo exécutif installé avec leur bénédiction, ils choisissent de s’affirmer en dénouant par les muscles le bras-de-fer longtemps entretenu autour de la formation du nouveau gouvernement. Au bout d’un accouchement au forceps sur fond de refus catégorique du président de Transition de fléchir devant les injonctions, la nouvelle équipe gouvernementale longtemps attendue arrive finalement mort-né. C’est l’avatar, manifestement, d’un malaise beaucoup plus profond, qui s’explique plus par l’installation d’un mur de méfiance que par la panoplie de motifs fallacieux évoqués lors des apparitions sporadiques du porte de la vice-présidence, à savoir : la violation de la Charte de Transition ou encore la gestion de la grève de l’Untm.

Il nous revient de source bien introduite, par ailleurs, que le retour fracassant du Général Moussa DIAWARA, l’ancien directeur de Sécurité d’Etat arrêté dans la foulée, est également brandi par Assimi Goïta et compagnie comme le seuil déterminant d’un projet de liquidation qu’aurait mijoté le président de la Transition contre ses gênants collaborateurs. De la même déloyauté participe, selon eux, la divulgation aux autorités françaises d’importants dossiers en rapport avec des commandes d’armement passées avec la Russie.

Autant d’ingrédients qui confortent une atmosphère devenue graduellement irrespirable, depuis l’annonce du chronogramme des élections avec un cap qui ne semble guère du goût des putschistes tapis dans les différents organes de la Transition. En atteste du reste le ton donné par l’adepte politique attitré et autoproclamé d’Assimi Goita, Issa Kaou Djim, membre du CNT, qui savait visiblement de quoi il parlait en s’opposant au terme de la transition dans le délai retenu dans la Charte. La mise hors de prérogatives du président et de son Premier ministre n’est-elle pas en définitive la rançon de leur attachement à une échéance que la frange militaire de Transition voudrait plus longue et flexible ?

Entre condamnations tous azimuts et approbations silencieuses

Toutefois, pour que les deux hautes autorités de la Transition soient devenues des proies si facilement prenables, la vicieuse grève de l’UNTM devrait être passée par-là. Sa suspension aussitôt après le coup de force en dit long et traduit une caution implicite de la principale centrale syndicale au renversement d’un pouvoir transitoire avec lequel le désamour était insurmontable depuis une certaine remise sortie maladroite du président Bah N’Daw à Abidjan contre le droit de grève.

Le M5-RFP, allié politique naturel du putsch du 18 Août, devrait se prévaloir d’une raison beaucoup moins subjective d’afficher une indifférence face au sort infligé à ses inflexibles interlocuteurs de la veille, avant que sa posture n’évolue vers une logique adhésion de fait suite à la main-tendue et assurances offertes par le vice-présidente de la Transition et homme fort autoproclamé de Koulouba.

Du soutien le putsch newlook en a également reçu du côté de quelques frustrés de l’équipe gouvernementale mort-née comme le parti ASMA, dont le communiqué tardif n’exprime en tout cas aucune réprobation de l’opération de destitution conduite de main de maître par le président et le chef du Gouvernement. En revanche, le parti de Soumeylou Boubeye Maiga fait partie d’un regroupement ayant formellement condamné l’acte, en l’occurrence l’EPM, ancienne majorité présidentielle.

Au nombre des forces politiques qui s’en sont clairement démarquées figure l’alliance Djiguiya-Koura charriée par la CODEM d’Alhoussein Amion Guindo, principal déclencheur de la salve de condamnations sur la scène politique nationale.

Quant aux réprobations à l’échelle internationale, elles émanent en premier lieu des instances sous-régionales ouest-africaines avec un puissant tandem front de la Cedeao en tandem avec l’Union Africaine et l’ONU pour dénoncer l’interruption irrégulière du cours de la Transition au Mali. A l’unisson, ces différentes organisations ont aussi désapprouvé la détention à Kita et réclamé le retour à une transition civile sous peine de sanctions ciblées contre les acteurs du « coup d’Etat ». Même posture du côté des Etats-Unis, qui se sont singularisés par la suspension de toute coopération militaire au Mali dans la foulée.

Et après … ?

Ces retentissements négatifs de la démission forcée du président Bah N’Daw n’ont pas empêché la Cour constitutionnelle de ramer dans le courant de la vice-présidence de Transition qui, par correspondance en date du 27 Mai 2021, faisait constater la vacance de la présidence de la République à l’effet d’en faire assurer la continuité par le Colonel Assimi Goïta. Quoiqu’habilement contournée dans le processus initial d’installation des organes de la Transition, la haute juridiction a consenti à dénouer l’équation et développé une kyrielle d’arguments en soutien aux prétentions du vice-président de Transition. Nécessite de combler le vide occasionné par la démission du président de Transition et la dissolution, carence juridique de la Charte quant à la procédure de saisine de la Cour pour les vacances, installation du vice-président dans les mêmes conditions que le président, etc. Tels sont entre autres, aux yeux des Sages de la Cour constitutionnelle, les arguments qui prévalent à l’installation d’Assimi Goïta dans les prérogatives et attributs dont le retrait avait d’ailleurs précédé la démission de Bah N’Daw.

Quoi qu’il en soit, l’arrêt Numéro 2021-02/CC/du 28 Mai 2021 consacre du même coup une matérialisation des engagements pris par le vice-président de choisir le remplaçant du Premier ministre Moctar Ouane dans les rangs du M5-RFP. Les choses évoluent pour le moins dans cette dynamique et tout porte à croire que la conduite du Gouvernement reviendra à Choguel Maiga, dont le choix n’a rencontré aucune voix discordante lors du dernier point de son mouvement. Seulement voilà : il n’est pas superflu de s’interroger sur les motivations profondes d’une normalisation des rapports avec le M5-RFP ainsi que sur la préférence faite en son sein au président du Comité scientifique, l’acteur politique le plus opposé à la communauté internationale ainsi qu’aux pouvoirs maliens déchus sur le délai retenu pour la Transition.

Le président du Comité scientifique du M5-RFP n’a eu de cesse de le ressasser à qui veut l’entendre que les 18 mois retenus dans la Charte sont en deçà des missions d’une transition au Mali et ne résistera certainement pas à la tentation de combler les attentes de ses partenaires militaires discrètement opposés à Bah N’Daw sur la question.

On a pu en définitive avoir posé les jalons d’un très plausible retour au point de départ de la Transition alors que l’arrêt de la Cour constitutionnelle tout comme les instances sous-régionales ainsi qu’une majorité écrasante de la classe politique malienne n’envisagent dans tous les cas de figure qu’une « conduite de la Transition à son terme » initialement convenu.

Une dernière barrière vient d’être érigée par les chefs d’Etat de la Cedeao à Accra où ils se sont montrés très intransigeant sur le délai alors que sa  révision n’est nullement verrouillée par la Charte et que s’y prête une véritable équipe gouvernementale inclusive.

A KEÏTA

Partager:

Commentaires (1)

Laisser un commentaire

K
Kassin il y a 4 ans

La zone de turbulence A l’issue du sommet d’Accra de ce dimanche 31 mai 2021, le Mali est suspendu des instances de la cedeao mais les sanctions économiques et financières craintes ne sont pas tombées. La cedeao a privilégié les populations maliennes au régime politique et a joué la carte de la sagesse par une action minimaliste contre notre pays. « Connais-toi, toi même » disait Socrate, le philosophe grecque de la sagesse, Nana Akufo-Addo, le président ghanéen et ses pairs ouest africains ont vu eux-mêmes le peuple malien. Ils ont mis Assimi Goita sur le banc de touche de la Cédéao à Accra, tout en œuvrant de ne pas sevrer le peuple malien ni par une fermeture des frontières ni par des restrictions sur des transactions commerciales et financières. Il n’en fallait pas plus pour les soutiens d’Assimi Goita, de fanfaronner et de f..rétiller comme des moineaux après une pluie diluvienne. Ils voient en la décision de l’organisation sous régionale une légitimation de fait du colonel serial putschiste après une légalisation tirée par les cheveux par un arrêt douteux de la cour constitutionnelle de ses forfaitures d’août 2020 et de mai 2021. Sans vouloir jouer à l’oiseau de mauvais augure, en réalité le bombardement jurisprudentiel du colonel barbu à la tête de l’état malien, érige devant le pays de gros nuages qui risquent de nous faire rentrer dans une zone de turbulence sans précédent. Décryptage I. LE RISQUE DE « DJIHADISATION » DU PAYS Le dialogue avec les djihadistes Amadou Koufa et Iyad Ghali est très tentant suite aux recommandations du dialogue national inclusif sous IBK. IBK même avait un eu un temps, un penchant pour cela. Le gouvernement Moctar Ouane par l’entremise de son ministre de la réconciliation nationale le colonel Ismaèl Wagué et les « bons offices» du Haut conseil Islamique du Chérif Ousmane Madani Haidara l’avait expérimenté à Farabougou en zone office du Niger, une bourgade longtemps coupée du reste du pays par l’injonction des islamistes. Ce dialogue à Farabougou a fait beaucoup de concessions aux islamistes qui y font la loi « islamique » stricte dans un pays censé être laïc. Cette expérience qui consiste à céder à l’idéologie islamiste radicale par le dialogue pour éviter de les combattre, risque de s’étendre si le M5 RFP (encore sous l’emprise de l’imam Dicko qui n’a jamais caché le fait qu’il connaît Iyad Ag Ghali le turbulent djihadiste de kidal) vient au pouvoir avec Choguel Kokala Maiga comme premier ministre et Mahamoud DICKO en Ayatollah Khomeini de la transition militaire. Le M5 au pouvoir, c’est en réalité Dicko au pouvoir et s’il fait avec Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa ce que Wagué et Chérif Haidara ont fait avec les djihadistes de Farabougou, ce serait un terrain glissant vers une lente mais progressive bascule vers l’idéologie islamiste radicale dans le nord et tout le centre du pays et in fine le Mali entier. Et cela, Mahamoud Dicko n’y serait pas contre, au contraire ce serait avec allégresse pour l’imam polyglotte de voir le Mali s’islamiser à la vitesse des sons des appels des muezzins des mosquées de Djenné, de Djinkereber et de Sidy Yaya. Ce serait la ligne rouge, pour les partenaires occidentaux engagés dans la lutte antiterroriste dont les aides militaires sont pourtant précieuses à la stabilisation et la sécurisation du pays. Et si ces partenaires occidentaux plient bagages aux fins de ne pas voir prospérer cet islamisme djihadiste au Mali, ce n’est pas la Russie qui pourrait les remplacer sans donner ses conditions car Vladimir Poutin n’a jamais collaboré non plus avec les islamistes ni en Russie ni en Syrie. La chine non plus, les Ouïghours peuvent en témoigner. On serait curieux de savoir comment, ils le feront au Mali si Amadou Koufa et Iyad Ghali devraient avoir une sorte de Kitibas officiels au Mali octroyés ou cautionnés par la transition militaire. Et le président qui sera élu sur cette base serait sur le fait accompli islamiste et radicale. Seront nous bientôt une antenne africaine des désidératas du Qatar, d’Al Qaïda ou même de l’état islamique? II. LE RISQUE DE REPRISE DE COMBATS AVEC LES GROUPES ARMÉS SÉPARATISTES La coordination des mouvements de l’Azawad, CMA, qui a signé avec le gouvernement IBK en juin 2015, les accords de paix d’Alger est à l’affût et suit avec attention les événements politiques à bamako. La présence de Moussa Ag Attayer dans le gouvernement de Moctar Ouane et l’assurance donnée par N’Bah Daw d’appliquer à la lettre l’accord d’Alger les avaient rassurés pendant les 9 premiers mois de la transition. Avec le M5 RFP dont la majorité plaide pour une relecture de l’accord d’Alger conformément aux recommandations du dialogue national inclusif, le risque est grand pour rejeter plusieurs points saillants de cet accord particulièrement anti constitutionnel. Il serait difficile de tenir en laisse, les fantassins de la CMA si jamais on venait à mettre en cause l’autonomisation des régions nord dont ils jouissent déjà largement de fait avec une quasi absence de l’état malien mais avec des financements du Mali. Si les troupes françaises devraient rentrer comme l’a déjà avertit le président Macron en cas d’islamisation du pays, quelle serait la capacité réelle de l’armée malienne face la révolte de la CMA suite à une éventuelle relecture de l’accord d’Alger? Que pourra apporter réellement la Russie face à cette nouvelle donne sécuritaire de katiba islamiste officialisé d’Iyad Ag Ghali d’un côté et des combattants de la CMA de l’autre? La complexification par le dialogue guette la situation sécuritaire au Mali et rabattra les cartes, il faut que Choguel Maiga et le M5 RFP soit clairvoyants et vigilants pour ne céder ni à la facilité, ni au laxisme, encore moins au populisme. Le Mali est un pays laïc et doit le rester. Nul dialogue ne présage ni ne prescience la paix s’il n’est pas fondé sur un précepte clair de bannir le terrorisme et l’obscurantisme dans notre pays. IV LE RISQUE DU 3ÈME COUP DE FORCE D’ASSIMI Si Dicko et sa tentation du dialogue avec Amadou Koufa et Iyad Ag Ghali, parviennent à isoler le Mali, ce serait au tour d’Issa Kaou Djim d’actionner son plan de faire élire Assimi Goita comme président de la république en l’incitant à se présenter comme candidat aux élections qui seraient organisées par une administration territoriale sous ordre CNSP et une cour constitutionnelle acquise à sa cause. Il n’y a jamais 2 sans 3 et Assimi ne se priverait jamais de faire du Moussa Dadis Camara ou du Robert Guei. Comme il n’a pas été inquiété en faisant deux coups, il ne se priverait certainement pas de céder aux sirènes des laudateurs pour briguer la magistrature suprême du pays même en étant président de la transition en tordant allègrement le coup à la charte de cette même transition. Il leur suffit juste de réunir le financement nécessaire par l’argent public qu’ils contrôlent et de payer les consciences comme il en est coutume dans ce pays et ça passerait comme lettre à la poste. Mais serait-il toléré par la classe politique et les maliens? Ou ferait-il nous basculer dans une nouvelle crise post électorale qui sera le début un autre long cycle de crises dans le pays? Le temps est meilleur juge et l’histoire nous édifiera. En espérant que les autorités transitoires du Mali se mettront du bon côté de l’histoire pour amener ce pays vers de lendemains meilleurs. Salute