Reprise des hostilités entre Etat Malien et Rébellion Touareg : Conjurons l’amalgame ethnocentrique
Talon d’Achille du Mali, depuis l’indépendance, la rébellion touareg demeure le sempiternel facteur déstabilisateur de l’Etat, en dépit de la détermination des autorités à restructurer son territoire parti trop longtemps en lambeaux dans le septentrion.
En effet, la rébellion touareg, qui a éclaté à l’orée de l’indépendance, a connu une évolution multiforme pour finir par une prévisible jonction avec le terrorisme qui ne demandait pas tant. Le 17 janvier 2012 l’attaque sanguinaire du camp militaire d’Aguelhok, perpétrée par les combattants du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), marquait le déclenchement des hostilités entre l’Etat et la cinquième rébellion touarègue, sur fond de revendication d’autodétermination et d’indépendance de l’Azawad au-delà des limites de Kidal. L’épisode ouvrait ainsi la voie à un déplorable amalgame ethnocentrique sur toute l’étendue du territoire national, entraînant du coup un effritement du tissu social. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont depuis, sans pour autant assagir cette rébellion presque sexagénaire. Actuellement les hostilités reprennent de plus belle entre la belligérance et la crainte de voir refaire surface le scénario d’un amalgame centré sur des appartenances ethniques comme en 2012. En présage, en tout cas, l’escalade de violences verbales sur les réseaux sociaux entre sympathisants de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et loyalistes. Une situation préoccupante pour les Touaregs et arabes installées dans les grandes agglomérations urbaines du pays, qui gardent encore en mémoire l’enfer d’il y a dix ans. Selon Ali Ould Mohamed, un nordiste établi à Sirakoro Meguetana, ce qui se passe sur les réseaux sociaux est juste inconcevable. Il plaide par ailleurs pour la paix dans un pays pour lequel il dit ressentir de l’affection au plus profond de son âme. Une posture aux antipodes d’un autre témoignage anonyme recueilli sur les mêmes lieux et selon lequel les blessures causées par les guerres sont trop profondes pour penser à une cicatrisation autre que par l’indépendance de l’Azawad.
En tout cas, avec cette reprise des hostilités, il faut juste espérer que la montée en puissance de l’armée tant chantée finira par avoir définitivement raison de cette rébellion sans exactions irréparables sur d’innocentes populations.
Seydou Diakité