jeudi 16 avril 2026
Contact
Malijet

Pinochet aux partis politiques:: ‘’je ne peux pas me substituer à la justice de mon pays’’

Par Info Matin 1,682 vues
Pinochet aux partis politiques:: ‘’je ne peux pas me substituer à la justice de mon pays’’

Dans le cadre de sa série de consultations qu’elle a entamé le lundi dernier avec les forces vives de la nation, la commission nationale d’élaboration de l’avant-Projet de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale a rencontré, ce mardi 23 juillet 2024, les Chefs des partis et groupements politiques au Centre international des conférences de Bamako. Comme il fallait s’y attendre, la question de la libération des prisonniers politiques s’est invitée dans les débats. Interpellé sur la question, le président de la Commission, Ousmane Issoufi MAÏGA dit Pinochet, a répondu sans ambages : «Je ne peux pas me substituer à la justice de mon pays pour répondre à cette question».

Dans son mot de bienvenue, le président de la Commission nationale d’élaboration de l’Avant-Projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale, Ousmane Issoufi MAIGA, a exprimé sa gratitude à la classe politique qui a massivement répondu à son appel.

Une mobilisation inattendue

Pour lui, cette mobilisation est le signe de la volonté, de l’esprit de militant et de citoyenneté des hommes politiques qui, selon lui, ont décidé de ne jamais rester en dehors des problèmes de la nation.

A ce niveau, il a rappelé que le Président de la Transition, le Colonel Assimi GOÏTA, dans son adresse à la Nation, le 31/12/2023, avait annoncé l’appropriation nationale du processus de paix et la tenue d’un Dialogue Inter-maliens pour la Paix et la Réconciliation nationale.

Le Dialogue inter-maliens a, en effet, eu lieu sur l’ensemble du territoire national et dans les missions diplomatiques et consulaires du Mali. L’une de ses principales résolutions a porté sur l’élaboration d’une Charte pour la Paix et la Réconciliation nationale.

D’où la création de cette commission que Ousmane Issoufi MAIGA a l’honneur de diriger.

La Charte, a-t-il expliqué, doit constituer un document de référence pour toutes initiatives, actions et activités qui concourent à la sécurité, à la paix, à la réconciliation nationale, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble au Mali.

Question d’inclusivité

Le président de séance a expliqué que cette série de rencontres avec les forces vives de la nation répondait à une exigence d’inclusivité du président de la République pour qui, dit-il, tous les Maliens doivent se reconnaitre dans l’esprit et la lettre de la Charte nationale pour la paix et doivent apporter leur contribution.

«Nous pensons que les partis ne peuvent pas rester en marge d’une initiative qui vise l’avènement d’une société juste et cohérente où les citoyens pensent et agissent selon les principes égalitaires pour tous. En tant que partis politiques, vous êtes un pilier de l’éducation des masses, donc un complément de toutes les institutions chargées de la formation et de l’enseignement», a-t-il déclaré.

A la suite de cette première intervention, les participants ont pris la parole pour exprimer leurs préoccupations relatives au bilan du défunt Accord pour la paix (APR), mais aussi et surtout à la libération des prisonniers politiques.

Les préalables

Ils ont aussi évoqué la conception de la Charte en langue nationale, l’implication des jeunes, l’amélioration du quotidien des maliens, sans oublier le retour de la sécurité sur l’ensemble du territoire. Ils ont aussi demandé au gouvernement de tout mettre en oeuvre pour un retour des réfugiés.

Ainsi, les représentants des partis membres de l’alliance du 31 mars 2024 ont saisi cette occasion pour réitérer la demande de libération des 11 leaders politiques arrêtés le 20 juin 2024.

Pour ces responsables politiques, cette libération est un préalable à l’apaisement du climat socio-politique et la réconciliation.

Répondant à ces interpellations, Pinochet sans langue de bois à renvoyer la classe politique à ses responsabilités.

«Nous avons eu chacun à gérer ce pays à quelque niveau que ce soit, mais la paix n’est pas là. Pensons au Mali, c’est notre bien commun», a-t-il recadré face à certaines questions qui étaient considérées comme des attaques personnelles.

Des anciens ministres recadrés

Notamment Djiguiba KEITA dit PPR, qui accuse Ousmane Issoufi et l’ancienne ministre Aminata Dramane TRAORE, d’avoir déçu en acceptant de diriger la commission du Dialogue direct inter-maliens sans certains partis politiques.

«Evitons de nous interpeller ; de croire que l’un peut donner la morale à l’autre ; mettons la balle à terre», a-t-il conseillé.

Quand un ministre de la République demande si la paix se décrète dans un bureau ; mais non, on n’est pas dans un bureau, on est là avec vous, a-t-il rétorqué à l’imam Oumarou DIARRA.

«On n’est pas dans un bureau, monsieur le ministre. Vous savez comment un gouvernement fonctionne puisque vous y avez participé. La construction de la paix va au- delà d’un bureau. Il faut bien que les hommes et les femmes réfléchissent sur leur devenir.

Et c’est ce processus qui a été enclenché après tous ces foras que nous avons organisés sur la paix et réconciliation», a-t-il répondu.

Selon lui, l’accord issu du processus d’Alger n’a pas apporté la paix. «On nous demande de dialoguer avec les rebelles, mais qui sont les rebelles, où sont-ils ? », s’est-il interrogé.

Alors que PPR demande au président de la commission de tout faire pour libérer les prisonniers politiques, Pinochet répond que ces questions sous-jacentes, telles que la libération des prisonniers sont des problèmes judiciaires à un autre niveau.

«Est-ce que c’est à nous que cette question doit être adressée.

Dans une République où il y a une justice, des gens qui sont sous information judiciaire, est-ce que je peux, en tant que président d’une commission, répondre à cette question. Et c’est un collègue, ancien ministre comme moi qui me pose cette question. Je ne peux pas me substituer à la justice de mon pays pour répondre à cette question», a-t-il recadré.

Selon lui, chacun, à un moment donné, est appelé à servir son pays. «Nous avons accepté cette mission par devoir. Personne n’est plus malien que l’autre, personne ne peut donner des leçons à l’autre», a-t-il répondu aux critiques.

Il ressort de son propos que le terrorisme, l’insécurité, les crimes organisés sont dans notre pays, dans les pays du sahel et ailleurs à travers le monde.

«Quand on demande aux Maliens de se retrouver, pour échanger et trouver des solutions, naturellement il faut aller vers le pardon. Il faut se pardonner. Il faut qu’on accepte de reconnaître nos fautes, nos erreurs», a-t-il souligné.

L’ancien Premier ministre s’est dit convaincu que la solution à la crise malienne n’est pas que militaire et que nous devons, ensemble, réfléchir pour nous adapter au Mali.

«Le Mali va mal, les maliens se portent mal, il y a des morts, il y a des difficultés qui ont été exprimées, c’est nous maliens qui devons-nous donner la main pour juguler ces calamités qui nous assaillent», a-t-il insisté.

L’alternative du pardon

Selon ses explications, il y a quelque chose de rationnel qu’on ne peut pas expliquer par rapport à ce qui arrive au Mali et aux Maliens.

«Vous êtes des imams, expliquez- nous, quelles sont les fautes que nous avons commises pour ne pas être pardonnées. Nous prions, jeûnons, nous partons à la Mecque et non pas par la grâce d’Allah», a-t-il interpellé l’imam Oumarou DIARRA.

L’objectif que nous recherchons, selon lui, c’est le pardon et que tout ce processus aboutira inexorablement à ce pardon.

«Nous venons tous des villages, mais on ne peut plus aller voir nos parents. Lorsqu’on ne peut pas aller cultiver son champ, on ne peut pas aller pêcher, on ne peut pas se déplacer, c’est des problèmes qui nous interpellent. Notre pays est déchiré, il faut se parler», a conclu l’ancien Premier ministre.

Par Abdoulaye OUATTARA

Partager:

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

Soyez le premier a commenter cet article.