Me Mountaga Tall sur la détention de 11 leaders politiques : « Mes camarades n’ont absolument rien à faire en prison aujourd’hui »
La détention de 11 leaders politiques demeure une préoccupation constante et le milieu politique ne marque aucun répit sans en parler. Au-delà du communiqué de presse de son parti, le président du CNID Faso Yiriwa Ton, Me Mountaga Tall, a largement expliqué les motivations juridiques et politiques suivant lesquelles, rien ne justifie selon lui, la détention des onze leaders politiques maliens arrêtés en juin dernier.
« Au-delà du moment, ce en quoi je crois le plus, depuis 1991 où le slogan du CNID, c’est rassembler pour construire, je crois au rassemblement, en la réconciliation, je sais que tout le monde n’est pas bon, mais que personne n’est définitivement mauvais », rappelle le président du CNID-FYT, un des tous premiers partis politiques de l’ère multipartite. « Travaillons à nous rassembler, à nous réconcilier pour construire notre pays, et je pense honnêtement que mes camarades, ces 11 leaders politiques n’ont absolument rien à faire en prison aujourd’hui », recommande-t-il. Politiquement, si on instaure une semaine nationale de réconciliation, ça doit avoir un sens. La semaine de la réconciliation était une opportunité à ne pas rater pour les libérer, selon le président du CNID FYT.
« Juridiquement aujourd’hui, de mon point de vue, rien ne justifie le maintien en détention de ces hommes politiques. La détention préventive doit demeurer une exception, la règle c’est la liberté », selon Me Mountaga Tall, président du CNID FYT, lors d’une émission de Renouveau TV, « Le Grand Jury ». Il souligne qu’il faut une de ces trois conditions pour être mis en détention préventive : Un, on considère que la personne peut s’en fuir, qu’elle n’a pas de solide garantie de représentation en justice. Deux, si la personne peut suborner un témoin, c’est-à-dire aller dire à un témoin de raconter des histoires, de mentir. Trois, si le maintien en liberté peut amener la personne à troubler l’ordre public, à poser des actes qui créeront des problèmes, des difficultés. Me Mountaga Tall est convaincu qu’aucun de ces 11 hommes politiques, n’est tenté par la fuite, autrement, il serait déjà parti. La subornation non plus ne peut prospérer, l’information est arrivée à un niveau telle que cela n’est plus possible, dit-il, pour conclure que « juridiquement, il n’y a pas de raison à les garder en prison », atteste l’avocat malien, Me Mountaga Tall.
En outre, l’homme politique s’est exprimé sur l’attaque terroriste du 17 septembre dernier.
« Quand on est en guerre, et qu’on est agressé de façon aussi barbare, je ne pense pas que la première réaction puisse être celle de remettre en cause, les capacités défensives ou offensives de nos hommes. Aujourd’hui pour moi, le temps est à la solidarité, à l’union sacrée derrière nos forces de l’ordre et de sécurité, en donnant le temps aux chefs militaires, mais pas seulement, aux autorités politiques aussi, de se concerter et de tirer toutes les conséquences de ce qui est arrivé ».
Cependant le président du CNID FYT n’exclut pas la nécessité de situer les responsabilités individuelles, en répondant à la question s’il y a eu des défaillances sécuritaires, afin de les cibler et d’y remédier. « Je pense aujourd’hui, autant la redevabilité, si elle n’est pas mise en application dans ce domaine, comme dans d’autres, on ne pourrait pas combler les lacunes, autant je pense qu’il faut donner un peu de temps au temps, pour analyser tout ce qui s’est passé et tirer toutes les conséquences ».
Contre toute publication de bilan
Selon Me Mountaga Tall, si ça ne tenait qu’à lui, « aucune action terroriste, ne fera l’objet de communication ou de publication d’aucune sorte ». Il ajoute que ceux qui nous attaquent ou qui attaquent ailleurs cherchent de « l’argent pour les otages, la publicité pour dire, voici notre capacité de nuisance, et voilà ce que nous pouvons faire, nous savons faire ». Il ne faut pas donner une vitrine aux terroristes, s’insurge-t-il, avant de s’en remettre à l’option majoritaire, « puisque je ne suis pas un homme seul et que ce point de vue n’est pas, celui majoritaire dans notre pays, même dans mon parti, où on fait des communiqués ». Il se trouve que l’opinion dominante au Mali amène à faire des communiqués de condamnation, de soutien, ce qui oblige les autorités à tenir compte de ce que veulent les citoyens. Quand on gouverne et quand on aspire à gouverner, il faut tenir compte de l’opinion de ses compatriotes, conclut le président du CNID FYT.
B. Daou