mercredi 15 avril 2026
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Arrestation de figures de l'opposition : Alassane Abba et El Béchir Thiam interpellés

Par Le Républicain 1,979 vues
Arrestation de figures de l'opposition : Alassane Abba et El Béchir Thiam interpellés
Alassane Abba et El Béchir Thiam

La scène politique malienne traverse une nouvelle zone de turbulences. Alors qu’un grand rassemblement était prévu pour ce vendredi 9 mai 2025 au Monument de l’Indépendance, les partis politiques regroupés au sein du mouvement "Pour la Constitution" ont annoncé, dans un communiqué officiel, le report de leur meeting. En cause : un climat jugé trop dangereux, marqué par des « manœuvres graves et irresponsables » susceptibles de provoquer des affrontements violents.

Cette décision intervient alors que deux événements majeurs ont bouleversé l’actualité dans la soirée du jeudi 8 mai. D’abord, il y a eu l’arrestation d’Alassane Abba, secrétaire général du parti CODEM. « Notre secrétaire général Alassane Abba vient d’être arrêté chez lui », a annoncé  le parti sur ses canaux de communication. Abba est un militant connu pour ses positions critiques à l’égard de la transition. Aucune justification officielle n’a encore été fournie concernant son interpellation.

Le même jour, une autre figure engagée disparaît dans des circonstances tout aussi préoccupantes. El Béchir Thiam, journaliste militant affilié au parti YELEMA, a été enlevé à Kati Kôkô par cinq individus non identifiés à bord d’un véhicule sans plaque. « Ils l’ont emmené de force alors qu’il était chez un ami. Une vive altercation a eu lieu avec les riverains, mais ils sont partis avec lui », rapporte Mali Actu. Sega Diarrah, responsable du média, dénonce une dérive : « La liberté d’opinion n’est pas un crime. Le Mali ne peut pas sombrer dans l’arbitraire. »

Ces incidents surviennent dans un contexte de restrictions accrues des libertés politiques. Le 7 mai, le Président de la transition, le Général Assimi Goïta, a signé un décret suspendant jusqu’à nouvel ordre les activités des partis politiques et des associations à caractère politique, au nom du maintien de l’ordre public. Il s’agit de la deuxième mesure du genre depuis le début de la transition en 2020.

Les partis politiques pour la Constitution ont immédiatement réagi. « Nous rejetons catégoriquement la suspension de nos activités par un décret totalement illégal », ont-ils affirmé dans une déclaration rendue publique le jour même. Ils dénoncent une « tendance systémique à restreindre l’espace civique et politique » et ont saisi la justice en urgence pour obtenir l’annulation de la mesure. Ils estiment que « même une abrogation de la Charte des Partis politiques ne saurait justifier une telle décision, au regard des protections constitutionnelles ».

Le climat s’est encore envenimé après que des responsables du CNT ont proféré, selon l’opposition, des « appels à la violence » sur les réseaux sociaux. Les partis dénoncent également la diffusion d’une fausse demande de rassemblement antidatée, visant à provoquer des affrontements au même moment et au même endroit que leur meeting.

Ces tensions viennent s’ajouter à une série d’atteintes signalées lors des mobilisations précédentes. Le 3 mai, un meeting prévu au Palais de la Culture avait été dispersé par les forces de l’ordre. Le 4 mai, une nouvelle tentative de rassemblement à la Maison de la presse avait été perturbée par des individus identifiés comme proches du pouvoir, au cours de laquelle plusieurs journalistes avaient été agressés, selon un communiqué de la Maison de la presse.

« Sans partis politiques, il n’y a pas de démocratie. Et sans démocratie, il n’y a que la dictature », a déclaré Amadou Koïta lors du meeting avorté. L’opposition continue de dénoncer les recommandations des Forces Vives de la Nation, adoptées à l’issue d’une consultation les 28 et 29 avril. Parmi celles-ci : la dissolution des partis, la suppression du statut de chef de file de l’opposition, la suspension des élections, et surtout la proposition d’un mandat de cinq ans renouvelable pour le général Goïta à la présidence. « La lutte pour la sauvegarde de la démocratie et de la République est longue, mais elle sera gagnée », affirment les partis politiques pour la Constitution, qui exhortent les Maliens à « rester mobilisés, vigilants, et à l’écoute des mots d’ordre ».

Madiassa Kaba Diakité

 

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