mercredi 15 avril 2026
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Au Mali, l’effondrement des transferts d’argent de la diaspora frappe durement les populations

Par lemonde 516 vues
Au Mali, l’effondrement des transferts d’argent de la diaspora frappe durement les populations

Sur le bureau de Mahamdaou Camara, le téléphone n’arrête pas de sonner. « Tous les jours, des gens m’appellent pour me demander de l’aide, avance le secrétaire exécutif du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur. Certains sont bloqués en France et ne peuvent pas rentrer pour apporter de l’argent à leur famille, d’autres sont coincés au Mali et ne peuvent pas retourner en France travailler. » Depuis le début des mesures de confinement prises à travers le monde, M. Camara répond la même chose à ses compatriotes inquiets : « Désolé, mais nous ne pouvons rien faire, il faut attendre. »

 

Une phrase d’autant plus difficile à prononcer qu’il sait qu’une majorité de Maliens « vit au jour le jour et dépend énormément des transferts monétaires en provenance de la diaspora dispersée dans 77 pays », souligne-t-il.

Le Mali est le neuvième pays africain bénéficiant le plus des fonds envoyés par ses expatriés et le troisième des pays francophones du continent, après le Sénégal et la République démocratique du Congo (RDC). Selon la Banque mondiale, ces transferts monétaires auraient représenté plus d’un milliard de dollars en 2017, soit 6,7 % du PIB malien. Un calcul qui ne prend pas en compte les transferts d’argent clandestins qui porteraient ce nombre « à plus de 11 % du PIB national », affirme M. Camara. « Ce pourrait même être le double, voire le triple », abonde Dilip Ratha, économiste à la Banque mondiale et auteur d’un récent rapport qui annonce une baisse des envois de fonds des migrants sans précédent dans l’histoire.

« AJOUTER UNE GUERRE À LA GUERRE »

Selon lui, le Covid-19 va causer une chute des transferts monétaires de l’ordre de 20 % dans le monde et de 23 % en Afrique, entraînant une récession aux répercussions multiples. « Les Africains auront des difficultés à subvenir à leurs besoins, à payer nourriture, éducation et soins, prévient-il. Combinée aux récentes invasions de criquets qui détruisent les récoltes, cette crise économique risque de démultiplier les famines. »

La partie francophone du continent, dont les populations émigrent traditionnellement en Europe, sera plus durement touchée à cause d’une dépréciation de l’euro par rapport au dollar. Le Mali, déjà sujet à des violences intercommunautaires dans le centre et à des attaques djihadistes dans le nord et l’est, sera en première ligne. Près de 30 % des transferts officiels proviennent de la diaspora malienne de France, la plus grande hors d’Afrique, comptant 120 000 personnes.

Ces travailleurs sont employés dans des secteurs fortement touchés par la crise et les mesures de confinement : le bâtiment, la restauration, le transport, la vente au détail, l’entretien et la manutention. « Ce sont de petits salaires, des précaires, qui envoient souvent 50 % de leurs revenus à leur famille restée au pays », explique Diarra Hady, vice-président du Haut Conseil des Maliens de France. Son téléphone à lui aussi ne cesse de sonner. « Ils sont effrayés, tout est à l’arrêt, ils n’ont plus de boulot. Si certains touchent le chômage partiel, la plupart, les précaires, les non-déclarés, n’ont aucune aide, poursuit-il. S’ils ne peuvent travailler, ce n’est pas seulement eux qui en paient le prix, mais dix, vingt personnes restées au Mali et qui dépendent de leur salaire. »

Lui-même en subit les conséquences. Il était venu apporter à sa famille 40 % de ses revenus gagnés comme chef de poste sécurité et incendie dans un centre commercial de Drancy, dans la banlieue parisienne, et s’est retrouvé coincé au Mali lorsque le président Ibrahim Boubacar Keïta a déclaré la fermeture des frontières le 17 mars. Il a dû annoncer à ses parents, ses cousins et ses tantes qu’il ne pourra pas les aider ces prochains mois. « Je leur ai dit que le monde entier est bloqué, de Paris jusqu’au village », raconte-t-il. Certains, habitant loin de la capitale, ignoraient tout de la pandémie et des mesures sanitaires. Ils devront trouver rapidement d’autres sources de revenus, mais comment ? En se rendant au marché, certains craignent d’attraper le virus. Il faudra pourtant s’y résoudre.

« Vous pensez qu’on va télétravailler alors que la plupart des Maliens gagnent leur vie dans le secteur informel ? », lance Tahirou Dembélé, Franco-Malien à la tête d’une boîte d’intérim dans l’hôtelier en région parisienne. Lui aussi est resté bloqué à Bamako à cause du coronavirus et s’inquiète pour une « économie malienne déjà à l’arrêt depuis huit ans à cause de la guerre ». Même s’il a la chance de toucher le chômage partiel français, il risque de devoir mettre la clé sous la porte. Une situation « impensable », en particulier pour ses nombreux employés maliens qui n’ont pas ses moyens de subsistance et ceux qui, au pays, sont sans retraite ni chômage ni assurance-santé. « Nous ne pouvons pas être privés de cette source d’argent très longtemps, affirme-t-il. Sinon, nous allons ajouter une guerre à la guerre. »

« SE SERRER LA CEINTURE »

Dans un Mali fébrile, où le taux d’extrême pauvreté atteignait 42,7 % en 2019, on ne s’attendait pas à ce qu’un virus puisse à tel point dérégler une économie déjà affaiblie et instable, mettant à mal cette tradition de solidarité migratoire, où les jeunes « partis à l’aventure » soutiennent les finances familiales par l’envoi de devises. Mêmes les migrants qui touchent le chômage ou conservent quelques réserves peinent à les reverser, les agences de transfert comme Western Union ou MoneyGram étant fermées. « Afin de minimiser le choc de ces mesures, il faudrait appuyer les gouvernements africains dans le rapatriement de leurs ressortissants les plus vulnérables et assouplir les règles interdisant l’ouverture des bureaux de transfert de fonds », avance M. Ratha.

En attendant la réouverture des frontières, les Maliens vont devoir compter sur des sources de solidarité locales. « Au Mali, quand tu as mangé et que ton voisin non, tu ne peux pas dormir tranquille », assure Mouhamadou Camara. Il espère qu’en ce mois de ramadan, la solidarité confessionnelle se déploiera dans les quartiers et les villages. « On va se serrer la ceinture, souffle-t-il. Mais je ne sais pas combien de temps on tiendra. »...La suite sur lemonde.fr

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Commentaires (7)

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K
K.S il y a 5 ans

Sans l'apport des immigrés , des régions abandonnées par les politiciens Maliens depuis l'indépendance ,comme la région de Kayes ne survivraient pas 1 jour . Non seulement on n'est pas assez reconnaissant à leur endroit ,mais on les jalouse tout en les spoliant de leurs biens par une corruption endémique ! Pauvre Mali ! Jusqu'où va le Fissiriwaléa de certains !

F
Fanga 10020 il y a 5 ans

Vous concernant, je suis "dans la certitude", comme vous le dites ! Vous êtes la personne qui refuse de prendre un pseudo et qui se cache derrière l'anonymat total pour brasser du vent. Il ne m'est pas difficile de vous repérer. Notre langage et notre graphie, comme le fait d'employer couramment trois points d'exclamation ("!!!") ou de ne pas laisser un espace entre les mots ("transferts,le pays,et certaines populations") trahissent parfois qui on est. Merci de suivre mes commentaires sur Malijet et vous inquiéter pour mes activités. Je vous rassure : j'ai de quoi m'occuper utilement pour bien des années. Par ailleurs, j'aurai, là encore pour bien des années, du temps pour suivre l'actualité de mon pays et à la commenter.

C
Coulixsphinx il y a 5 ans

Bonjour cher (e) Ami (e). A mon humble avis j'aurais souhaité que vous réfléchissiez mieux sur les contours des apports des maliens de la diaspora avant de contredire à la hâte les arguments de l'auteur de cet article assez pertinent. En effet les maliens vivant à l'étranger font partie des communautés africaines installées hors de leur pays qui contribuent le plus au développement de leur pays. Certaines sources évoquent le chiffre de 300 milliards de FCFA transféré par an vers le Mali par des réseaux conventionnels (Banque et agences de transfert) donc pris en compte par les statistiques. Et ce chiffre est sous évalué compte tenue des transferts effectué par des canaux non officiels. Laissez moi vous dire que ce moment a un impact important au plan social car il permet de soutenir des familles mais aussi au plan économique car ils permettent de stimuler la consommation des ménages et donc booster l'investissement. Et il faut signaler que ces montants contribuent à financer le secteur du bâtiment et donc l'immobilier avec ses ramifications. En somme quand les éléphants maigrissent , les gazelles meurent.

A
Anonyme il y a 5 ans

Tu es bien certain dans tes propos. Tu dois confondre les intervenants !!! Fanga est comme toujours dans la certitude !!! As-tu déjà pensé que tu pourrais te tromper. Tu campés sur malijet, j'espère que tu as d'autres activités utiles.

F
Fanga 10020 il y a 5 ans

Mal élevé ! Je vous ai déjà rappelé que vous pourriez un jour insulter sur ce forum votre père ou quelqu'un qui a l'âge de votre père. On peut s'exprimer et faire passer ses idées sans insulter.

A
Anonyme il y a 5 ans

Petit connard s'il n'y avait pas ces transferts,le pays,et certaines populations seraient dans la panade. Ce n'est certainement pas toi ,qui aiderais ces familles.

A
Anonyme il y a 5 ans

C'est faux ce n'est pas l'argent de la diaspora qui fait vivre le Mali