jeudi 16 avril 2026
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Mauvaise nouvelle pour la France : voici ce que cache la chute programmée du FCFA

Par L-frii 13,205 vues
Mauvaise nouvelle pour la France : voici ce que cache la chute programmée du FCFA
(Photo d'illustration)

Créé par la France, le FCFA est une monnaie utilisée dans 14 pays africains depuis des décennies. Mais, cette monnaie colonialiste est au cœur de vives critiques depuis plusieurs années.

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander l’abandon du FCFA et le basculement vers l’Eco. Cette monnaie devrait remplacer le CFA en intégrant désormais le géant Nigérian

Élu à la tête du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé sa volonté de migrer vers l’Eco. Mais, derrière le débat économique qui illustre une ligne de fracture grandissante entre l’Hexagone et ses anciennes colonies africaines, une bataille idéologique touchant les intérêts vitaux de la France se joue.

Voici ci-dessous, l’intégralité de la contribution d’Abdelmalek Alaoui, économiste et auteur, président du Think-Tank IMIS :

Pour appréhender les enjeux stratégiques autour du Franc CFA, un rapide retour en arrière s’impose. Jusqu’en 1960 et la vague d’indépendances africaine, cette monnaie commune s’appelait le « Franc des Colonies Françaises d’Afrique » avant d’être rebaptisée « Franc de la Communauté financière africaine ». L’acronyme restant le même, et le mot « Franc » étant conservé, peut-être faut il y voir le péché originel qui explique en grande partie la contestation que suscite cette monnaie depuis près d’une décennie.

De fait, Si les arguments relatifs au caractère néocolonial du franc CFA sont ancrés dans le débat politique des pays de la zone Franc depuis l’indépendance de ces nations, les critiques adressées à ce système se multiplient depuis le début des années 2010, période marquée par un affaiblissement de la confiance dans l’Euro consécutif à la crise des dettes souveraines européennes.

Une monnaie qui regroupe des pays aux structures économiques très hétérogènes

Sur le plan économique, les critiques portent sur le déficit de compétitivité-prix engendré par le maintien d’une monnaie forte, jugée déphasée par rapport aux réalités économiques de certains pays membres de la zone Franc. Des études empiriques, portées notamment par l’économiste togolais Kako Nubukpo, ont ainsi démontré un niveau de surévaluation du F CFA de l’ordre de 10%.

Ce déficit de compétitivité serait renforcé par le comportement des banques centrales régionales- la BCEAO et de la BEAC- accusées de frilosité pour maintenir la valeur du FCFA, quitte à renoncer aux politiques visant à soutenir la croissance économique. La politique monétaire des états-membres de la BCEAO est ainsi dictée par un programme monétaire annuel, qui octroie pour l’année un volume de liquidités précis à accorder par les systèmes bancaires nationaux aux économies.

Ce système, jugé rigide et peu adapté aux réalités économiques, représenterait ainsi un frein au développement économique des Etats de la zone Franc. Pour tracer un parallèle avec l’Europe, le Franc CFA peut faire penser à l’Euro lorsque le vieux continent traverse une crise économique : il n’a pas la même valeur selon qu’il soit en Allemagne ou en Grèce, car les deux pays ont un tissu productif et une structure d’endettement radicalement différents. Malgré cela, ils ont une monnaie en partage et donc une communauté de risque.

C’est toutefois sur le plan politique que se cristallisent la plupart des critiques adressées à la France par les Etat africains. En effet, l’imposition par le Trésor français du dépôt d’au moins 50% des réserves des banques centrales de la zone Franc est en effet jugé excessif par beaucoup et la France est fréquemment accusée de s’approprier les réserves de la BCEAO et de la BEAC pour financer son propre endettement.

Et ce, malgré la rémunération des sommes déposées au Trésor au taux avantageux de 0,75%. Ainsi, entre 2018 et 2019, du fait de ces taux favorables et de la conservation sécurisée des devises, les dépôts auprès du Trésor ont augmenté de 3,1 milliards d’euros.

Ainsi, l’argument d’accuser la France de se financer par ces dépôts, s’il est infondé, est particulièrement efficace pour fédérer contre le franc CFA au sein des États membres de la zone Franc. Il sera même exploité de manière assez baroque – et visiblement peu informé- par la Présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui affirmait à la télévision en 2022 que « Le franc CFA est la monnaie coloniale que la France imprime pour quatorze nations d’Afrique. »

Un changement générationnel de dirigeants en Afrique de l’Ouest

 Pour ses défenseurs, le Franc CFA agirait comme un « super-stabilisateur » dans une zone marquée par l’instabilité et l’incertitude. La stabilité de la gestion monétaire et budgétaire permise par la zone Franc constituerait un facteur d’intégration régionale et d’amplification des échanges entre les pays de la zone. Par exemple, plusieurs Etats membres de l’UEMOA et de la CEMAC font partie des pays les plus intégrés d’Afrique.

C’est notamment le cas du Sénégal, du Togo, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, qui se classent parmi les 20 pays les plus intégrés d’Afrique. Toutefois, les situations d’intégration économique restent contrastées au sein de la zone Franc, ce qui indique que le franc CFA ne peut, à lui seul, expliquer des situations d’avance en termes de commerce international pour certains pays de la zone.

Enfin, les unions économiques et monétaires permises par la zone Franc constituent un levier de contrôle de la politique budgétaire des pays membres, qui permet une maîtrise relative de l’inflation lorsqu’on compare leur situation avec celle d’états africains voisins. Ces arguments, toutefois, se sont fracassés sur l’autel de la géopolitique et de la vague de changement de leadership dans la zone Franc, que ce soit à la faveur de coups de force – Mali, Burkina Faso, Gabon, Niger, Guinée- ou via une transition démocratique comme récemment au Sénégal.

En réalité, cette nouvelle génération de dirigeants africains a construit son discours politique et son repositionnement géostratégique en s’appuyant sur un sentiment anti-français nourri par une gestion approximative par Paris des nouvelles réalités de son ancien pré-carré africain. Pour reprendre une formule saisissante de l’africaniste Christian Gambotti, le temps est peut-être venu d’en finir avec la « la fin sans fin de la Françafrique ».

Régulièrement annoncée depuis François Mitterrand, cette architecture complexe faite de faveurs mutuelles et d’intermédiaires parfois interlopes conceptualisée par l’inamovible conseiller de l’Elysée Jacques Foccart, n’a jamais réussi à se réinventer ni à trouver un modèle mutuellement bénéfique pour Paris et le Continent.

Le changement générationnel de dirigeants en Afrique a ainsi accéléré la vague de défiance à l’encontre de Paris, conduisant à une diversification des alliances dans laquelle des nouveaux entrants, majoritairement chinois et russes, ont réussi à investir un espace laissé vacant par Paris.

Au cours des prochains mois, la vitesse à laquelle la réforme du Franc CFA sera opérée fera donc figure de test ultime pour l’Hexagone, non pas sur le terrain économique, mais sur un terrain plus âpre : sa perception par les africains.

............L-frii

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Commentaires (7)

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A
Anonyme il y a 2 ans

Senghor disait que l'émotion est nègre,et la raison hellène ! Moi, étudiant j'ai combattu cette assertion. Des fois,avec les cons,que nous avons,ne faudrait-il pas explorer cette assertion !!!

A
Anonyme il y a 2 ans

Tu crois que les ennemis de l'extérieur,ne peuvent pas atteindre le Mali ! Quelle naïveté, tout pays a des intérêts à l'extérieur,pouvant être l'objet de nuisance. Avec des nullos comme toi,on comprend pourquoi nos pays,n'arrivent pas à décoller ! Israël a 9 millions d'habitants ,et ils savent tout faire ! Nous,nous avons 20 millions d'habitants,tout juste bons à espérer. Quelle misère !!!

M
Mamadou il y a 2 ans

Heureusement que dans cette cacophonie démagogique de supprimer le CFA ou de le remplacer par une monnaie nationale, surgissent des voix raisonnables et pertinentes pour nous dire la vérité et nous empêcher de vivre le syndrome Air Afrique. Ceux qui militaient pour sa dislocation n’osent plus nous regarder, au vu de ce que, à part quelques rares pays, tous les autres sont obligés de solliciter des compagnies étrangères pour leurs vols internationaux . Et encore! Cessons de nous accrocher à des noms pour exprimer notre attachement à la souveraineté de nos nations. Et puis Cfa, Eco ( on n’a pas cherché loin de Ecu ) ou Cauri ou même Afro, l’important, c’est le contenu, pour ne pas dire la valeur, la foi que nous accorderons à une monnaie qui lie plus d’une dizaine de pays ( ce que les Européens ont mis près de vingt ans à faire). Il est vrai certains de nos dirigeants se fourvoient et que le mieux à faire est d’élargir la zone CFA, Communauté Financière Africaine, en supprimant, s’ils le veulent le vocable « franc », puisque c’est lui qui les dérange, même s’ils le disent en français. Cessons de pleurnicher en accusant les autres d’être responsables de nos malheurs.

M
Mamadou il y a 2 ans

Heureusement que dans cette cacophonie démagogique de supprimer le CFA ou de le remplacer par une monnaie nationale, surgissent des voix raisonnables et pertinentes pour nous dire la vérité et nous empêcher de vivre le syndrome Air Afrique. Ceux qui militaient pour sa dislocation n’osent plus nous regarder, au vu de ce que, à part quelques rares pays, tous les autres sont obligés de solliciter des compagnies étrangères pour leurs vols internationaux . Et encore! Cessons de nous accrocher à des noms pour exprimer notre attachement à la souveraineté de nos nations. Et puis Cfa, Eco ( on n’a pas cherché loin de Ecu ) ou Cauri ou même Afro, l’important, c’est le contenu, pour ne pas dire la valeur, la foi que nous accorderons à une monnaie qui lie plus d’une dizaine de pays ( ce que les Européens ont mis près de vingt ans à faire). Il est vrai certains de nos dirigeants se fourvoient et que le mieux à faire est d’élargir la zone CFA, Communauté Financière Africaine, en supprimant, s’ils le veulent le vocable « franc », puisque c’est lui qui les dérange, même s’ils le disent en français. Cessons de pleurnicher en accusant les autres d’être responsables de nos malheurs.

A
Anonyme il y a 2 ans

Lorsqu'il n'y a pas d'ennemis à l'intérieur ,les ennemis de l'extérieur ne peuvent pas vous atteindre.

S
Siriki il y a 2 ans

Koh : "L’imposition par le Trésor français du dépôt d’au moins 50% des réserves des banques centrales de la zone Franc (BCEAO et BEAC) est en effet jugée excessif par beaucoup et la France est fréquemment accusée de s’approprier les réserves de la BCEAO et de la BEAC". Cette accusation est toujours vraie pour la BEAC d'Afrique Centrale ; mais, elle ne l'ai plus pour la BCEAO, depuis la réforme du Franc CFA XOF, de décembre 2019, conclue à Abidjan, entre le Président ivoirien Alassane Ouattara et le Président français Emmanuel Macron !! Une mise à jour du logiciel des pourfendeurs du F CFA XOF, s'impose donc !! Pour le Franc CFA XOF, c'est zéro (0) dépôt au Trésor public français, depuis la clôture du compte d’opérations de la BCEAO !! Ce que les anti-CFA ne disent pas à notre jeunesse d'Afrique de l'Ouest, facilement manipulable, c'est que la clôture du compte d’opérations de la BCEAO a entraîné automatiquement la fin de la rémunération des sommes déposées au Trésor public français, au taux avantageux de 0,75% ; ce qui a fait perdre des milliards de F CFA de bénéfices à la BCEAO !! Tout ça, pour faire plaisir aux populistes ; mais, on ne cédera pas sur le maintien de la parité fixe entre le Franc CFA XOF et l'Euro ; c'est notre fétiche !! LOL !! L'ivoirien (n'en déplaise à quelques gougnafiers maliens, qui me traitent d'avatar ; et je ne perdrai jamais mon temps à leur répondre), Aboubacary Siriki persiste et signe : après la réforme de 2019, opérée de main de maître par le PR Ouattara, c'est juste le nom Franc CFA XOF qu'il faut remplacer par le nom Afro et imprimer nos billets Afro (avec un A majuscule à 2 barres, comme l'Euro €) et fabriquer nos pièces de monnaie Afro) afin de clouer définitivement le bec aux contempteurs du Franc CFA. Profitons-en pour élargir dans un premier temps, l'UMOA, au Libéria, à la République de Guinée, à la Sierra Leone et à la Gambie !! L'UMOA passerait ainsi de 8 à 12 pays ; c'est-à-dire, exactement le même nombre de pays que la CEDEAO, depuis le retrait des 3 pays de l'AES ; et ce, en attendant que l'UMOA passe à 14 pays, avec l'intégration, dans un second temps, 10 ans plus tard, de la Mauritanie et du Ghana !! Ne parlons donc plus du projet chimérique de la CEDEAO, qui est l'Eco !! Le Mali, le Burkina et le Niger s'étant définitivement retirés de la CEDEAO et sans délai, ces 3 pays "souverainistes" de l'AES n'accepteront jamais que la future monnaie devant remplacer le Franc CFA XOF, porte le nom de la monnaie de la CEDEAO, qu'ils ont quitté avec fracas !! LOL !! Ah, si la France de Macron, excédée par les critiques sans fondements des populistes africains, pouvait décider qu'en janvier 2025, elle fermera le compte d'opérations de la BEAC auprès du Trésor public français et que de facto, la France ne garantira plus le Franc CFA XAF !! Ce serait une bonne chose ; c'est-à-dire la mort du Franc CFA XAF d'Afrique Centrale !! Feu Félix Houphouet-Boigny, notre premier Président, nous disait souvent que le vrai bonheur, on ne l'apprécie, que lorsque qu'on l'a perdu !! Les 6 pays de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo Brazzaville, Gabon, Guinée Équatoriale et Tchad) vont alors se retrouver dans un véritable chaos monétaire !! Avec l'impression des nouveaux billets de banque Afro et la mort du Franc CFA XAF d'Afrique Centrale, plus personne n'accusera alors la France de piller les pays francophones d'Afrique, à travers le Franc CFA !! Exactement comme cela se passe actuellement avec les pays membres de l'AES, qui ne peuvent plus accuser la France d'être à l'origine de leurs défaites militaires, dans leurs guerres contre les Djihadistes, depuis que la France a retiré toutes ses troupes du Mali, du Burkina et du Niger !! Vivement donc, la fin du nom Franc CFA XOF et vive l'Afro !! Merci.

A
Anonyme il y a 2 ans

Laissez bavarder les incultes. L'économie n'est pas compréhensible pour les cons !!!