CAN Maroc 2025 : Tom Saintfiet (Mali) : “On vise une demi-finale.”
- Le sélectionneur du Mali, Tom Saintfiet, croit fermement au potentiel de ses Aigles pour briller à la TotalEnergies CAF CAN Maroc 2025, malgré un groupe relevé avec le Maroc, la Zambie et les Comores
- Fort d’une défense de fer et d’un effectif riche en talents, notamment au milieu de terrain, le technicien belge fixe un cap clair : aller loin, sans complexe ni crainte
- Avec une confiance assumée et une ambition mesurée, Tom Saintfiet veut transformer l’attente du peuple malien en exploit historique sur les terres marocaines
Il est l’un des artisans les plus respectés du football africain. Après avoir guidé la Gambie vers ses deux premières participations historiques à la Coupe d’Afrique des Nations (2021 & 2023), Tom Saintfiet s’attaque désormais à un nouveau défi : offrir au Mali ce titre continental qui lui échappe depuis plus d’un demi-siècle. Finaliste en 1972 et demi-finaliste à quatre reprises, le pays des Aigles compte 13 participations à la CAN, mais attend toujours le couronnement suprême.
À quelques semaines du coup d’envoi de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025, le technicien belge s’est confié en exclusivité à CAFOnline.com. Avec sérénité et conviction, il dresse le bilan de son parcours et dévoile ses ambitions : “Le Mali a la qualité pour faire partie des grandes nations africaines. Nous devons désormais accompagner cela par des résultats concrets.”
Les chiffres témoignent de la solidité du projet Saintfiet : 12 matchs compétitifs, 8 victoires, 3 nuls et une seule défaite, soit 2,25 points de moyenne par match, le meilleur ratio pour un sélectionneur malien depuis 2002. Ses Aigles marquent 1,83 but par match et n’en concèdent que 0,25, preuve d’un équilibre retrouvé. “Nous ne craignons personne, même si nous respectons tout le monde. Notre ambition, c’est de rester jusqu’à la fin”, affirme-t-il.
Homme de méthode, bâtisseur dans l’âme, Saintfiet croit en la force collective et à la discipline : “Chaque joueur connaît son rôle. Le Mali est une équipe difficile à manœuvrer.” Et il fixe le cap du dernier carré avec lucidité.
CAFOnline.com : Le Mali est dans le Groupe A avec la Zambie, les Comores et le Maroc, pays hôte de la compétition. Quelles sont vos impressions ?
Tom Saintfiet : Au tirage, beaucoup de personnes ont parlé du “groupe de la mort”. Pour moi, c’est une poule très intéressante. Il n’y a jamais de match facile à la CAN. On peut dire qu’il existe d’autres groupes peut-être plus abordables, mais nous savons très bien que chaque pays qualifié pour la CAN est une bonne équipe. Et c’est toujours mieux de jouer contre des équipes compétitives. Il faut être concentré, à 100 % pour obtenir un bon résultat, et à 500 % sur les trois matchs à disputer. Le Maroc est le grand favori. C’est un plaisir de jouer contre eux, surtout dans leur pays. C’est un peu dommage que notre premier match ne soit pas contre les Lions de l’Atlas, parce que c’est une rencontre que tout le monde veut disputer. Ils sont clairement favoris : une très bonne équipe, portée par sa dernière Coupe du Monde et par le public. Les deux autres équipes, la Zambie et les Comores, ne sont pas à négliger non plus. La Zambie a un bon entraîneur, elle n’a peut-être pas bien joué lors des éliminatoires du Mondial 2026, mais elle reste une équipe dangereuse à la CAN. Quant aux Comores, ils se sont qualifiés devant la Tunisie et la Gambie. Je connais bien Stefano Cusin, nous avons déjà joué contre eux lors des qualifications pour la Coupe du Monde. Ce ne sera pas un match facile non plus. Notre ambition, c’est de rester longtemps dans la compétition. Nous ne devons avoir peur d’aucune équipe. Il y a cinq groupes très compétitifs et je pense que dans le nôtre, les quatre pays peuvent se qualifier pour le deuxième tour.
CAFOnline.com : Quel est le véritable statut du Mali pour cette CAN ? Êtes-vous favori, outsider ou challenger ?
J’ai lu un article sur France 24 qui disait que nous étions des grands outsiders, et je pense que c’est correct. Les grands favoris restent les Marocains. Je mettrai aussi à ce niveau, l’Algérie, le Sénégal et le Nigeria. Ce sont, selon moi, les grandes nations favorites, quand on voit leurs moyens, leur expérience et leur régularité. Mais il y a beaucoup de pays capables de gagner ce titre : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, la Tunisie, et pourquoi pas l’Afrique du Sud. Pour un pays comme le Mali, nous avons désormais la qualité pour faire mieux. Pour moi, une douzaine de nations peuvent jouer le dernier carré, ce ne sera pas facile, mais notre mission est claire : être un outsider capable de rester jusqu’à la fin.
La campagne de qualification du Mali a été remarquable : dix buts inscrits, un seul concédé, quatre victoires et deux nuls, meilleure défense des éliminatoires. Quel est le message derrière ces statistiques ?
C’est vrai, mais cela remonte à plus de douze mois maintenant. À chaque match, nous devons renouveler notre engagement, prouver notre qualité. Nous avons une équipe très difficile à manœuvrer. En douze matchs compétitifs, nous n’avons encaissé que trois buts, tout en en marquant vingt-deux. Le Mali est bien organisé, il n’est pas facile de marquer contre nous. Avant, l’équipe marquait plus mais concédait davantage. Aujourd’hui, nous avons trouvé un équilibre. Chaque joueur connaît son rôle, sa qualité, et nous voulons être une équipe difficile à battre. Nous voulons gagner contre les Comores, contre la Zambie, et même contre le Maroc. Nous ne craignons personne, même si nous respectons tout le monde. Notre ambition, c’est de rester jusqu’à la fin. Nous avons prouvé lors des qualifications que nous étions solides : dix buts marqués, un seul encaissé. Et encore, ce but avait été pris lors de mon tout premier match, quelques jours après mon arrivée, contre le Mozambique (1-1).
Depuis, nous n’avons plus encaissé en qualifications pour la Coupe du Monde. Nous avons développé notre équipe, intégré de nouveaux joueurs, donné leur chance à plusieurs jeunes. Aujourd’hui, je pense qu’il y a peu de nations heureuses d’affronter le Mali. Mais il faut encore le prouver à la CAN. Car souvent, le Mali commence la compétition comme favori ou outsider, mais ne confirme pas ce statut. C’est à nous de changer cela, de prouver que nous faisons partie des grandes nations africaines. Nous sommes huitièmes au classement FIFA en Afrique, respectés, mais nous devons désormais accompagner cela par des résultats concrets.
Le Mali a connu de grandes générations sans jamais gagner la CAN. Cette génération 2025 a-t-elle les clés pour le faire ?
Oui, le Mali a une histoire héroïque. Il a souvent atteint les demi-finales, parfois terminé troisième ou quatrième. C’est dommage que la génération de Kanouté et Keita n’ait jamais remporté le titre. Mais ce n’est pas fini : depuis, il y a toujours eu de bons joueurs. Pour moi, le Mali est au même niveau que la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Sénégal. Aujourd’hui encore, nous avons beaucoup de bons éléments, peut-être pas de grandes stars comme dans d’autres pays, mais des joueurs solides et talentueux. Et la CAN a souvent montré que ce ne sont pas toujours les grandes stars qui gagnent : souvenez-vous de la Zambie en 2012, ou du Burkina Faso finaliste en 2013. Ce sont des exemples forts. Nous devons croire que c’est possible, travailler dur et rester concentrés.

Le Mali possède un milieu de terrain impressionnant : Haïdara, Bissouma, Coulibaly, Camara, Tounkara, Sangaré, Dieng… Comment gérez-vous cette richesse ?
C’est à la fois un avantage et un problème. L’avantage, c’est qu’au milieu, nous avons beaucoup de joueurs de très haut niveau. Si l’un est blessé ou moins en forme, il y a toujours une alternative du même niveau. Mais c’est aussi difficile, car certains très bons joueurs resteront sur le banc, ou ne seront peut-être pas sélectionnés, car la liste est limitée à 23 ou 25 joueurs. Tous les noms que vous avez cités sont des grands joueurs. C’est un plaisir de travailler avec eux : ce sont des joueurs intelligents, talentueux et passionnés par leur pays. Cela me donne beaucoup d’options, de flexibilité. Je ne peux pas aligner sept ou huit milieux de terrain, bien sûr, mais même lorsque je fais des changements, le niveau reste élevé. C’est une grande force du Mali, et un avantage pour moi comme sélectionneur.
Vous avez dirigé plusieurs sélections africaines. Qu’est-ce qui rend votre aventure avec le Mali différente ?
Oui, c’est mon septième pays en Afrique. J’ai commencé avec des nations comme la Namibie, le Zimbabwe, le Malawi, l’Éthiopie… Ce furent de belles expériences qui m’ont beaucoup appris. Avec la Gambie, j’ai créé une équipe qui n’avait jamais participé à la CAN, et nous avons réussi à nous qualifier deux fois, avec une sixième place en 2021. Mon choix pour le Mali, c’est un choix pour la qualité. J’ai toujours pensé que ce pays avait tout pour créer quelque chose de spécial, pour écrire un miracle. Mes ambitions étaient claires dès le départ : d’abord écrire l’histoire à la CAN, ensuite viser la Coupe du Monde. Sur ce deuxième point, tout ne dépend pas de moi. Quand je suis arrivé, le Mali comptait déjà quatre matchs de qualification pour la Coupe du Monde et seulement cinq points. Nous étions quatrièmes du groupe. Ce n’est pas facile, mais j’étais frustré parce que je pense que le Mali a la qualité pour se qualifier. Sur mes matchs, nous avons tourné à une moyenne de 2,17 points, ce qui aurait suffi pour se qualifier directement ou au moins atteindre les barrages. Cela doit maintenant nous motiver. L’objectif immédiat, c’est la CAN. J’ai quitté les Philippines, où j’avais un très bon contrat et un cadre idéal, uniquement pour écrire une page d’histoire avec le Mali. Nous avons le soutien de la Fédération, des autorités, des supporters, et surtout, de très bons joueurs. J’ai toujours dit, même avant d’être leur entraîneur, que le Mali faisait partie des favoris. Aujourd’hui, je veux le prouver en menant cette équipe vers les sommets. Le peuple malien attend depuis longtemps un grand résultat, et c’est à nous de tout donner pour ça.

CAFOnline.com : Quel serait, selon vous, un parcours réussi pour le Mali durant cette CAN ?
Pour nous, le minimum, c’est une demi-finale. Mais il y a de grands adversaires. Nous pouvons viser la première place de notre groupe, même avec le Maroc. C’est important, car le calendrier est favorable à l’équipe qui terminera première. Cela ne sera pas facile, mais il faudra bien gérer nos matchs contre les Comores et la Zambie. Peut-être que la différence se fera à la différence de buts. Le deuxième match, contre le Maroc le 26 décembre, sera très spécial. Un match nul pourrait même suffire à finir premiers, on ne sait jamais. Mais nous devons jouer intelligemment. Finir premier offre une route plus abordable. C’est un tournoi long, avec sept matchs, il faut gérer les efforts, les cartons, la fatigue, les blessures. L’expérience que j’ai eue avec la Gambie m’a beaucoup appris. Avec mon staff, nous allons tout faire pour que l’équipe soit prête. Si nous atteignons les demi-finales, ce sera déjà très bien, mais nous viserons encore plus haut. Nous ne serons pas satisfaits d’un simple quart de finale.
Enfin, quel titre aimeriez-vous lire dans les journaux après cette CAN ?
Les joueurs du Mali créent un miracle.
