Le landerneau footballistique malien : Miroir d’une société en manque de lucidité
Au-delà de l’élimination, c’est la manière qui choque. Une équipe qui ne put plier aucun match dans le temps règlementaire et qui ne marqua qu’un seul but lors d’une action de jeu. À qui donc la faute ? Chacun y va de son commentaire. Mais, l’on oublie bien volontiers que les déboires du foot malien trouvent leurs exacts échos dans bien des secteurs au Mali, bien plus vitaux pour la vie d’une Nation.
Déçus mais pas surpris. Voilà comment l’on pourrait résumer le ressenti général. Face aux Lions de la Teranga, l’espoir aura duré l’espace d’une trentaine de minutes. Djigui Diarra, fautif sur l’unique but sénégalais aura ensuite sorti une prestation, sans doute l’une des meilleures, pour un gardien de but lors cette CAN. Prestation qui épargna l’équipe du Mali d’un score qui pouvait être plus salé.
Des fulgurances coté malien auront, tout de même donné des sueurs froides aux sénégalais, mais sans plus. Au coup de sifflet final, l’on se rend compte qu’à l’évidence, les quarts de final constituent désormais le plafond de verre des Aigles du Mali. Le lot de consolation est que perdre contre les poulains du sélectionneur Pape Thiaw n’est pas déshonorant. La qualité de son effectif a de quoi rendre jaloux toute équipe sur le continent, à l’exception sûrement du Maroc.
Ce qui fait plutôt mal, c’est qu’avec le Mali, il y a toujours des regrets, comme si l’on pouvait mieux faire, comme si l’on n’a pas montré toute l’étendue de son talent, de son potentiel. Et encore une fois, au vu de la qualité technique des joueurs maliens, ce regret est bien réel. Un autre chapitre de frustration s’ajoute aux souvenir des supporters de l’équipe nationale. Le sélectionneur Tom Sainfiet aura été fidèle à lui-même. Il aura opté pour un jeu défensif, peu ambitieux, indigeste, et surtout qui n’aura pas permis à l’équipe du Mali d’atteindre les demi-finales, l’objectif assigné dans son contrat.
À qui la faute ?
Sans détours, l’instance dirigeante du football malien est la principale coupable. Par tout d’abord, le choix du sélectionneur.
Le choix d’un entraineur se fait aussi par rapport aux joueurs en présence, et de là, un projet de jeu cohérent peut naitre. Sauf que les joueurs maliens sont pour la plupart des académiciens, donc des manieurs de ballon, rompu à l’exercice du contrôle du cuir et des passes multiples. De ce constat, il ne faut point faire de tâtonnement et surtout ne pas nier sa nature. Tom Saintfiet lui-même ne saurait se renier, comment le feront donc les joueurs ? Un autre fait qui interpelle, c’est le fait que le président de la Fédération est en prison et qu’aucune procédure ne semble exister pour avoir un autre individu à la tête de l’Institution. Chose encore plus étonnante, fut sa réélection alors qu’il était le seul candidat en lice et qu’il était déjà incarcéré. Ne serait-ce que pour le symbole, cela ne fait pas sérieux ! Et il se pourrait que cela ne soit que la partie émergée de l’Iceberg. De ce fait, l’Équipe du Mali peut difficilement performer sur le plan continental. Le risque, c’est de voir encore passer une génération prometteuse, sacrifiée à cause de mauvais choix au niveau institutionnel.
Dans le cas malien, parler de la responsabilité des joueurs paraitrait assez anecdotique.
Le landerneau footballistique malien : miroir d’une société en manque de lucidité
Les errements au niveau stratégique du football malien, se retrouvent aussi dans des secteurs vitaux de la vie de la Nation. Elles se nichent dans un coin de notre subconscient collectif, et l’on ne daigne dénoncer ! L’on trouve quasiment à chaque fois, des arguments que l’on attribue au social ou à une certaine normalité qui baignent dans un fatalisme général. Les échecs répétés du football malien et dans bien d’autres domaines se nourrissent aussi de notre silence assourdissant face à des situations qui ne sont point normales. Les résultats escomptés, quant à eux, se nourrissent de l’audace, du travail et de la lucidité à poser le bon diagnostic.
Feindre l’innocence ne résoudra pas le problème et nous conduit tout droit dans un cercle vicieux d’espoir, de déception, de frustration et de régression.
Ahmed M. Thiam