Qu'est-ce que la vaginose bactérienne ?
Le Pr Cheickna Sylla, maître de recherche au CHU Gabriel Touré de Bamako et gynécologue obstétricien, a expliqué les détails de la vaginose bactérienne, une affection courante chez les femmes.
Qu'est-ce que la vaginose bactérienne ?
La vaginose bactérienne est une infection vaginale liée à un déséquilibre du microbiote vaginal. Cela se traduit par la disparition ou la raréfaction des lactobacilles vaginaux, entraînant une prolifération de bactéries anaérobies commensales telles que Gardnerella vaginalis, Atopobium vaginae, Mobilincus, Prevotella...
Quel est l'intérêt de comprendre cette infection ?
- C'est l'une des infections vaginales les plus fréquentes (30 % des infections génitales), bien qu'elle ne soit pas sexuellement transmissible. Environ 50 % des cas sont asymptomatiques. Le principal germe impliqué est Gardnerella vaginalis.
- Elle constitue un problème de santé publique en raison de son association avec d'autres infections sexuellement transmissibles (IST) telles que le VIH, l'herpès virus simplex de type 2 (VHS), Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae.
- En dehors de la grossesse, c'est une pathologie bénigne. Cependant, elle peut être grave pendant la grossesse, étant responsable de 16 à 29 % des avortements spontanés, de chorioamniotites, de prématurité et de petits poids de naissance.
Rappel sur les infections génitales
Les infections génitales comprennent :
- Infections génitales basses (IGB) : cervicites, vaginites, bartholinites et vulvites.
- Infections génitales hautes (IGH) : salpingites, annexites et pelvipéritonites.
Elles peuvent être causées par des germes banals ou être sexuellement transmissibles (IST) : agents bactériens, mycosiques, parasitaires ou viraux.
- IGB : toute pathologie infectieuse touchant les voies génitales basses : vulve, vagin, exocol, glandes annexes (glandes de Bartholin et glandes de Skène).
- Vulvite bactérienne ; bartholinite.
- Vaginose bactérienne.
- Cervico-vaginites.
- Vulvo-vaginite de la petite fille.
Les infections vulvo-vaginales comprennent deux grands groupes :
- Infections d'origine endogène : liées à des micro-organismes normalement présents dans le vagin (commensaux) :
- Vaginose bactérienne.
- Candidose vulvo-vaginale.
- Vaginites aérobies.
- Vaginites mixtes.
Ce sont les infections les plus fréquentes, généralement bénignes, mais susceptibles de récidiver et d'altérer la qualité de vie des patientes. Des complications obstétricales sont possibles (accouchements prématurés, chorioamniotites...) en cas de vaginose.
- Infections d'origine exogène : liées à des micro-organismes étrangers au microbiote vaginal normal. Il s'agit essentiellement d'IST, souvent traduites par des cervicites :
- Chlamydiose ; gonococcie.
- Infections à Mycoplasma genitalium ; trichomonase...
Les IST touchent toutes les tranches d'âge, en particulier les 15-25 ans. Chez la petite fille, les vaginites sont souvent causées par des bactéries d'origine ORL manuportées.
Physiopathologie
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Le vagin est un organe habité par la flore vaginale. Cette flore vaginale évolue dans la vie des femmes sous l’influence d’un facteur primordial : l’imprégnation oestrogénique.


- Déséquilibre de la flore vaginale
- Diminution des lactobacilles
- Gardnerella vaginalis et flore anaérobie
- Augmentation du pH
Diagnostic et traitement de la vaginose bactérienne
Diagnostic
Le diagnostic repose sur les éléments suivants :
- Signes fonctionnels :
- Leucorrhées grisâtres, malodorantes (odeur de poisson pourri)
- Prurit vulvaire
- Dyspareunie (douleur pendant les rapports sexuels)
- Douleurs pelviennes
- Troubles urinaires
- Ulcérations (rarement)
- Facteurs favorisants : rapports sexuels, traitement antibiotique, immunodépression, corticothérapie, grossesse, diabète, mauvaise hygiène.
- Chez le partenaire masculin : écoulement urétral, douleurs pelviennes (rarement).
- Signes physiques : Examen gynécologique.
- Analyses de laboratoire : Prélèvement vaginal, pH vaginal, test aux amines, examen microscopique.
Traitement
Le traitement comprend deux volets : la prévention et le traitement curatif.
Prévention :
- Rééquilibrer l'écosystème vaginal (restauration de la flore de lactobacilles) : probiotiques, prébiotiques, œstrogènes locaux (si nécessaire).
- Dépistage de la vaginose bactérienne chez les femmes enceintes ayant des antécédents d'accouchement prématuré.
- Dépistage systématique du VIH chez les femmes présentant des vaginoses récidivantes.
Traitement curatif :
- Antibiothérapie : imidazolés (métronidazole, secnidazole, tinidazole).
- Traitement du partenaire, même en l'absence de symptômes, pour éviter les récidives.
Conclusion
La vaginose bactérienne est l'infection vaginale la plus fréquente. Ses complications sont essentiellement obstétricales : risque accru d'avortement, d'accouchement prématuré, de rupture prématurée des membranes, de chorioamniotite. Les récidives fréquentes sont liées à la persistance du déséquilibre du microbiote vaginal et peuvent altérer significativement la qualité de vie des patientes.
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