samedi 21 février 2026
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Santé mentale au Mali: Tabous et superstitions

Par Mali Tribune 1,156 vues
Santé mentale au Mali: Tabous et superstitions

Parler de santé mentale au Mali reste un sujet délicat, souvent enveloppé de silence, de honte et de méconnaissance. Entre croyances religieuses, pratiques traditionnelles et médecine moderne encore marginale, les personnes souffrant de troubles psychologiques se retrouvent piégées entre trois mondes qui peinent à dialoguer.

Dans de nombreuses familles maliennes, évoquer la dépression, l’anxiété ou les troubles psychotiques relève presque de l’interdit. Le langage courant assimile encore la maladie mentale à la "folie", au "djinn" (possession par un esprit) ou à une malédiction. Résultat : les malades sont marginalisés, parfois cachés, et l’accompagnement psychologique reste largement absent.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 80 % des personnes souffrant de troubles mentaux en Afrique subsaharienne n’ont pas accès à des soins adaptés. Au Mali, on ne compte qu’une dizaine de psychiatres pour plus de 20 millions d’habitants, concentrés principalement à Bamako, notamment à l’hôpital du Point G.

Dans les régions, ce sont souvent les généralistes ou les infirmiers qui improvisent une prise en charge.

La religion joue un rôle central dans la perception de la souffrance psychique. Beaucoup de familles y voient une épreuve spirituelle, un manque de foi ou une attaque invisible. Les imams et marabouts sont alors sollicités pour des séances de prière, des ruqya (exorcismes) ou des bénédictions.

"Quand une famille m’amène un malade, je lis le Coran sur lui et je conseille aussi aux proches de garder patience. Mais je leur dis toujours que si ça ne va pas mieux, il faut aller voir un médecin. La foi et la science doivent marcher ensemble ", confie un imam à Bamako.

Les tradipraticiens représentent également une première étape pour de nombreuses familles. Plantes, bains mystiques, sacrifices d’animaux ou isolement temporaire du malade font partie des thérapies proposées. Mais certaines pratiques restent préoccupantes : dans certaines localités, des personnes souffrant de troubles psychiques sont encore enchaînées ou séquestrées, sous prétexte de protection. Une enquête de Human Rights Watch en 2020 a révélé que ce phénomène persistait dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, y compris au Mali.

Cela dit, tout n’est pas à rejeter. Certains guérisseurs offrent une forme d’écoute et de soutien communautaire qui fait parfois défaut dans les structures hospitalières.

Face à ces perceptions, la médecine moderne peine à s’imposer. Les consultations psychiatriques ou psychologiques sont rares et coûteuses : entre 5 000 et 10 000 FCFA au Point G, une somme souvent inaccessible.

Souvent, les familles ne consultent un médecin qu’en dernier recours, quand le malade est déjà à un stade critique. Elles ont tenté la prière, le marabout, le guérisseur… et arrivent ensuite, désespérées.

Pour briser le tabou, plusieurs acteurs plaident pour un dialogue entre médecine moderne, croyances religieuses et pratiques traditionnelles. Car exclure l’un au profit de l’autre, c’est souvent condamner le malade à l’errance thérapeutique.

L’avenir réside sans doute dans une approche intégrée, où leaders religieux, guérisseurs et médecins collaborent pour sensibiliser, déstigmatiser et faire de la santé mentale une priorité de santé publique.

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