Justice : Babani Koné, Mariam Bah et Binguini Bagaga écrouées pour cyberinjures et atteinte aux mœurs
Le monde artistique malien est secoué par une affaire judiciaire d’une ampleur inédite. Les griottes et chanteuses, Babani Koné, Mariam Bah et Binguini Bakhaga, ont été placées sous mandat de dépôt, ce mardi 22 juillet 2025, par le Procureur du Pôle national spécialisé en cybercriminalité. Elles sont poursuivies pour « injures réciproques » et « atteinte aux mœurs », à la suite d’échanges houleux sur les réseaux sociaux. Leur procès est prévu pour le 4 septembre prochain.
Selon plusieurs sources concordantes, les trois artistes se seraient livrées à une série de publications virulentes sur les plateformes numériques, notamment des vidéos en direct contenant des propos injurieux, des attaques personnelles et des accusations d’ordre privé. Ce comportement, qui a largement circulé sur la toile malienne, a attiré l’attention du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, une structure désormais très active dans la régulation des usages du numérique.
L’affaire ne s’arrête pas à ces trois figures. D’après des sources proches du dossier, d’autres artistes, notamment Man Ba, Founè Baki Camara et Papa Simbo Ba, ont également été placés en détention dans le cadre de procédures similaires. Cette vague d’interpellations intervient dans un contexte de prolifération des altercations entre célébrités sur les réseaux sociaux, souvent à travers des vidéos virales, des publications compromettantes ou des propos à caractère diffamatoire. Mais cette fois, la justice a décidé de poser des limites. Elle multiplie les actions pour encadrer les usages abusifs d’Internet au Mali, en s’appuyant sur la loi sur la cybercriminalité adoptée en 2019, qui prévoit de lourdes sanctions contre les dérives numériques.
Des sanctions sévères prévues par la loi
Les articles 19 à 21 de la loi malienne sur la cybercriminalité encadrent sévèrement les infractions commises en ligne : Article 19 : Toute personne diffusant du contenu raciste ou xénophobe via un système d’information risque de 5 à 10 ans de prison et 1 à 10 millions FCFA d’amende ; Article 20 : Les menaces en ligne sont passibles des mêmes peines ; Article 21 : Les injures sont quant à elles punies de 6 mois à 2 ans de prison, accompagnées d’une amende allant de 1 à 10 millions FCFA, ou de l’une de ces deux peines. Ces dispositions, bien que parfois méconnues du grand public, s’appliquent sans distinction, qu’il s’agisse d’un citoyen lambda ou d’une célébrité. Au-delà du scandale, cette affaire pourrait bien faire date et servir d’exemple dans un pays où les dérapages sur les réseaux sociaux se multiplient.
Fatoumata Diarra, Djeneba Kamissoko, stagiaires