mercredi 15 avril 2026
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Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole de la CMA sur les 8 ans de l’accord: "L'application de cet Accord peut réellement mettre fin à ces rébellions cycliques"

Par Mali Tribune 1,738 vues
Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole de la CMA sur les 8 ans de l’accord: "L'application de cet Accord peut réellement mettre fin à ces rébellions cycliques"

Huit ans après sa signature, l'Accord de paix issu du processus d'Alger continue de faire couler beaucoup d'encre et de salive. Quels sont ses acquis ? Qui est à l'origine de la non mise en œuvre de l'Accord ? Comment relancer cet Accord qui est censé mettre fin à des décennies de rébellion au Mali ? Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole de la CMA, répond à nos questions. Entretien.

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Mali Tribune : L'Accord de paix entre dans sa 8e année consécutive. Quels sont les acquis ?

Mohamed Elmaouloud Ramadane : Les acquis sont la non-belligérance entre les parties signataires. Depuis, les mouvements signataires ne se sont jamais attaqués aux Forces armées maliennes. Donc c'est un acquis. Mais il faut noter que les objectifs principaux de cet Accord restent très loin d'être atteints surtout sur les piliers politico-institutionnels et défense sécuritaire.

L’Accord, lorsqu’il a été signé a nourri beaucoup d’espoir pour la population malienne en général et particulièrement celle des régions du Nord croyant qu’il va mettre fin aux problèmes et qu’elles vont en récolter les dividendes de la paix. Malheureusement, nous sommes toujours au point de départ. On peut dire que les acquis sont minimes, mais il reste beaucoup à faire. Je pense que les parties signataires doivent faire de la mise en œuvre de cet Accord leur priorité, car beaucoup de problèmes trouveront leurs solutions dans cela. Sur le volet politico-institutionnel et pendant tout ce temps, le gouvernement nous a fait savoir qu’il ne peut pas être mis en œuvre tant que la Constitution n’est pas révisée. Aujourd’hui, une nouvelle Constitution est déjà actée et qui ne prend pas en charge malheureusement ces dispositions qui doivent être mises en œuvre parce qu'elles ne sont anticonstitutionnelles. Je crois que nous avons raté une chance de les prendre en charge. Après, ce sont les experts juridiques ou constitutionnalistes qui nous diront demain que la Constitution ne sera pas un obstacle pour la mise en œuvre de ces dispositions. Cette nouvelle Constitution sera une difficulté pour la mise en œuvre de l'Accord. En clair, nous pouvons constater l'absence réelle d’une volonté politique pour la mise en œuvre de l'Accord sinon nous avons eu une occasion pour en finir une fois pour toute avec cet Accord et faire face à d'autres problèmes qui se pointent à l'horizon.

Mali Tribune : Tantôt le gouvernement accuse la CMA d'être à l'origine de la non mise en œuvre de l'Accord et la CMA dit de même. Concrètement, qui est à l'origine ?

M.E. R. : Aucune partie n'accepte d'être indexée comme fautive dans la mise en œuvre de l'Accord. Mais si vous regardez, les parties signataires sont les premiers responsables de la mise en œuvre de l'Accord. La communauté internationale est la garante de la mise en œuvre de l'Accord.

Mais parmi ces parties signataires, c'est le gouvernement du Mali qui est le premier responsable. C'est-à-dire, c'est le gouvernement qui détient les instruments juridiques pour permettre l'application des dispositions particulières de l'Accord. C'est le gouvernement qui dispose aussi des ressources financières pour permettre l'application de l'Accord. C'est le gouvernement qui gère l'administration pour prendre des décisions afin d'aller à la mise en œuvre de l'Accord. Raison pour laquelle on dit que le gouvernement est le premier responsable de la mise en œuvre de l'Accord. Les mouvements, même si souvent ils sont accusés ne disposent pas des manœuvres pour appliquer l'Accord.

Mali Tribune : En avril dernier, des avions de l'armée ont survolé plusieurs zones sous contrôle de la CMA. Est-ce une violation de l'Accord de paix ?

M.E. R.: Lorsque les avions avaient survolé les positions de la CMA dans certaines localités notamment à Kidal, il y avait une tension entre les parties signataires parce que les mouvements suspendent toujours leur participation dans le mécanisme et les commissions de suivi de l'Accord. Chaque partie se regarde en chiens de faïence. Donc pour chaque partie, d'un moment à l'autre, elle sera attaquée par l'autre partie.

Dans ce contexte, il est bien d'éviter de telles provocations. C'est pourquoi nous avons dit que c'est une violation de l'Accord. Ce survol, est une violation grave qui pouvait faire dégénérer la situation. Heureusement que cela ne s'est pas répété et que chacun s'est retenu. Certes, la confiance n'est pas revenue entre nous pour le moment. Mais chacune des parties réitère son attachement à l'Accord, bien que la rupture soit là. Plus cette situation dure, plus cela a des conséquences sur le processus de paix.

Mali Tribune : Avec toutes ces bisbilles, comment relancer l’Accord ?

M.E. R.: Oui avec toutes ces bisbilles, on peut relancer cet Accord. Mais pour le relancer, il faut une réelle volonté politique de la part des autorités, mais aussi un accompagnement de la communauté internationale. Cet Accord peut réellement mettre fin à ces rébellions cycliques. Tous ces problèmes que vous voyez depuis 1963, chaque fois qu'il y a eu une rébellion, on signe un Accord. Mais après quelque temps, on le met dans les oubliettes, raison pour laquelle on n'en finit jamais avec une rébellion. Je pense qu'il faut trouver une solution adéquate. La solution doit être l'application à la lettre de l'Accord, comme cela a été signé de part et d'autre.                   

Mali Tribune : Pensez-vous que la Médiation internationale réussira à donner un coup de fouet à l’Accord pour sortir de l’impasse ?

M.E. R. : C'est à nous de donner un coup de fouet pour sortir de l'impasse. La Médiation internationale peut juste nous aider à ramener les autres à la table des négociations en cas de rupture. Mais je crois qu'il faut juste respecter les engagements que nous avons signés devant la communauté internationale et le peuple.

Propos recueillis par

Ousmane Mahamane

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Commentaires (5)

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A
Anonyme il y a 2 ans

Ah bon Iyad Ag Ghali est signataire de cet accord ? C'est nouveau.

K
KHEBET WAN-BOKHANTA il y a 2 ans

Je voudrais bien commenter, en donnant des arguments solides, étayés de du bon sens, ce paragraphe qui commence par la question, je cite: "Mali Tribune : Avec toutes ces bisbilles, comment relancer l’Accord ?"; la bonne question aurait due être: "Comment mettre à plat - la marche arrière n'est pas mauvaise en soi si ce sont les fondements de la Mali Tribune : Avec toutes ces bisbilles, comment relancer l’Accord ?chose à négocier qu'il faille revoir - ce Dé "Désaccord d'Adezaïr" qui semble aussi fugace que ceux des années 1990 (épisodes Tamanrasset 1, 2, 3... entre le GRM de GMT et le MPA de Iyad ag-Ghali) avant de "stabiliser" la situation par la signature du "Pacte National de Paix et de Concorde", en 1992 à Mopti sous la transition de ATT; au total, le "Désaccord d'Adezaïr" de 2015 est un vieux parchemin à revisiter en lui donnant, dès l'abord, le format d'un Pacte (non juridiquement contraignant) et non d'un Accord qui est, en soi, un acte juridique assez contraignant parce qu'il doit passer dans "les fourches caudines" de l'Assemblée Nationale qui doit le valider avant sa promulgation par le Président de la République; A la place de la réponse de M.E. R. qui dit, je le cite: "Oui avec toutes ces bisbilles, on peut relancer cet Accord. Mais pour le relancer, il faut une réelle volonté politique de la part des autorités, mais aussi un accompagnement de la communauté internationale. Cet Accord peut réellement mettre fin à ces rébellions cycliques. Tous ces problèmes que vous voyez depuis 1963, chaque fois qu'il y a eu une rébellion, on signe un Accord. Mais après quelque temps, on le met dans les oubliettes, raison pour laquelle on n'en finit jamais avec une rébellion. Je pense qu'il faut trouver une solution adéquate. La solution doit être l'application à la lettre de l'Accord, comme cela a été signé de part et d'autre.", moi, je proposerais que l'on prenne le Pacte Ntional de 1992 comme document de base et mettre en oeuvre ce qui restait, en 1996 de non résolu et ... on jette à la poubelle de l'histoire tout le "Désaccord d'Adezaïr"!

A
Anonyme il y a 2 ans

L'accord d'Alger est une sottise. Si on permet cela n'importe quelle région pourrait demander à bénéficier de ce statut ! Ce serait la fin du Mali !!!

M
Moudjahidine il y a 2 ans

Tant que la CMA et le groupe de Yad Agaly basé avec plusieurs hommes avec armes et bagages ne déposent pas les armes comme prévu par cet accord, je ne pense pas qu'il y aura une dans notre pays, il faut que le MNLA vienne à bamako nous dire ce qu'ils veulent en réalité

D
Diawara il y a 2 ans

IL FAUT SAVOIR QUE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE N'EST QU'UNE BANDE D'ESCROCS RÉUNIS LEUR AVIS CE N'EST PAS LE CORAN OU LA BIBLE CAR CEUX-LÀ SONT ANIMÉS D'INTENTIONS MAUVAISES. ALORS SI LES REBELLES VEULENT RENTRER DANS LA RÉPUBLIQUE LEUR PLACE Y EST MAIS SI LEUR INTENTION EST LA PARTITION DU MALI JE CROIS QU'ILS N'AURONT JAMAIS GAIN DE CAUSE PARCE QUE LE PEUPLE MALIEN DÉTERMINÉ ATTEND DE PIED FERME CAR ON EN A MARRE DE TOUTES CES REBELLIONS.