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Seydou Kane : « Investir dans l’humain, c’est miser sur la plus précieuse ressource de l’Afrique »

Par Agence Ecofin 2,014 vues
Seydou Kane : « Investir dans l’humain, c’est miser sur la plus précieuse ressource de l’Afrique »
L’homme d’affaires Seydou Kane dans son bureau à Libreville, le 5 mai 2020. © Desirey Minkoh/ Afrikimages agency

Dans cet entretien exclusif, Seydou Kane, entrepreneur et philanthrope revient sur son engagement à placer l’humain au cœur de ses initiatives. Il explique pourquoi l’éducation, la santé et la formation professionnelle sont les leviers clés pour libérer le potentiel africain. À travers sa Fondation et ses entreprises, il milite pour un développement inclusif et durable, en partenariat avec les secteurs public et privé. Un plaidoyer inspirant pour une Afrique qui mise sur ses talents. 

Monsieur Kane, pourquoi, selon vous, l’investissement dans l’humain est-il indispensable pour transformer l’Afrique aujourd’hui ?

Seydou Kane : C’est une excellente question. L’Afrique regorge d’un potentiel humain exceptionnel, avec une population jeune, dynamique et créative. D’ici 2050, un Africain sur quatre sera en âge de travailler, soit près de 1,3 milliard de personnes. C’est une force immense… mais seulement si elle est bien formée, bien soignée et bien accompagnée.

Investir dans l’humain, c’est investir dans la ressource la plus précieuse du continent. À quoi servent les routes, les ports ou les usines, si nous n’avons pas les compétences pour les exploiter ? Si vous regardez les pays qui ont réussi leur transformation économique — comme la Corée du Sud ou le Rwanda — vous verrez que tout a commencé par l’éducation, la santé, et le leadership citoyen.

Prenons l’exemple du Rwanda : ce pays consacre près de 15 % de son budget national à l’éducation, et les résultats sont là. Le taux de scolarisation primaire dépasse les 95 %, et le pays devient un hub technologique reconnu.

« Prenons l’exemple du Rwanda : ce pays consacre près de 15 % de son budget national à l’éducation, et les résultats sont là. Le taux de scolarisation primaire dépasse les 95 %, et le pays devient un hub technologique reconnu. » 

À l’échelle du continent, selon la Banque mondiale, chaque année supplémentaire de scolarisation peut augmenter les revenus individuels de 10 % en moyenne. Ce n’est pas négligeable. Enfin, il ne faut pas oublier la santé mentale, le développement personnel, et la culture de l’excellence. Une jeunesse formée, motivée et responsabilisée, c’est un levier de paix sociale, d’innovation et de croissance inclusive. À mes yeux, les routes ne transforment pas un pays, ce sont les hommes et les femmes qui les empruntent qui le font.

En quoi votre expérience d’entrepreneur vous a-t-elle permis de mieux cerner les défis et les opportunités liés à l’investissement dans l’humain en Afrique ?

Seydou Kane : Être entrepreneur en Afrique, c’est être en contact permanent avec la réalité du terrain. À la tête du Consortium International des Travaux Publics (CITP), j’ai vu de mes propres yeux à quel point le capital humain est au cœur de tout développement durable. Construire des routes, des ponts ou des infrastructures modernes n’a de sens que si l’on forme et valorise les hommes et les femmes qui les bâtissent.

L’investissement dans l’humain ne doit pas rester un slogan. Il passe par des actions concrètes : bâtir des écoles, équiper des centres de santé, offrir des formations techniques adaptées aux réalités du marché, et surtout, créer des ponts vers l’emploi. Par exemple, au sein du CITP, nous avons mis en place un programme d’insertion pour les jeunes artisans et techniciens. En trois ans, plus de 500 jeunes ont été formés directement sur nos chantiers dans différents pays d’Afrique de l’Ouest.

Les défis restent immenses : plus de 9 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail, souvent sans qualification suffisante. Mais les opportunités sont tout aussi grandes. L’Afrique possède la population la plus jeune du monde. Cette jeunesse est dynamique, résiliente, créative. Elle n’attend qu’une chose : qu’on lui fasse confiance et qu’on lui donne les moyens de réussir.

« L’Afrique possède la population la plus jeune du monde. Cette jeunesse est dynamique, résiliente, créative. Elle n’attend qu’une chose : qu’on lui fasse confiance et qu’on lui donne les moyens de réussir. » 

C’est pourquoi je crois profondément que les entrepreneurs africains ont un rôle décisif à jouer. Nous devons non seulement créer de la richesse, mais aussi impacter durablement nos communautés. Le véritable chantier de demain, ce n’est pas uniquement celui des routes ou des bâtiments, c’est celui des esprits, des talents, des ambitions à révéler.

Pouvez-vous nous parler de votre Fondation, la fondation Kane : quelles sont ses principales actions et en quoi contribuent-elles à l’épanouissement et à l’autonomisation des populations ?

Seydou Kane : La Fondation Kane agit dans trois domaines essentiels : éducation, santé et entrepreneuriat. Nous avons déjà construit une dizaine d’écoles et lancé plusieurs centres de formation, avec plus de 300 jeunes formés, dont près de la moitié sont des femmes. En santé, nous avons bâti des dispensaires communautaires et organisé des campagnes de soins gratuits, touchant plus de 5000 bénéficiaires, notamment en zones rurales.

Nous accompagnons aussi l’entrepreneuriat féminin à travers des microcrédits, formations et mentorats. À ce jour, plus de 150 femmes ont pu lancer ou développer leur activité. Notre objectif est clair : donner aux populations les outils pour se prendre en main et réussir durablement. 

Quels sont, selon vous, les leviers prioritaires pour réussir cet investissement dans l’humain en Afrique ? L’éducation ? La santé ? La formation professionnelle ?

Seydou Kane : Ces leviers ne sont pas seulement prioritaires, ils sont fondamentaux et interconnectés. Selon les Nations Unies, plusieurs Objectifs de Développement Durable (ODD) — comme ceux liés à l’éducation de qualité (ODD 4), la santé (ODD 3) et l’emploi décent (ODD 8) — sont directement liés au développement humain. Sans eux, aucun progrès durable n’est possible.

L’éducation, c’est la clé pour sortir durablement de la pauvreté. Mais en Afrique subsaharienne, 1 enfant sur 5 n’est pas scolarisé, et près de 60% des jeunes n’atteignent pas le niveau de compétences de base, selon l’UNESCO.

« Mais en Afrique subsaharienne, 1 enfant sur 5 n’est pas scolarisé, et près de 60% des jeunes n’atteignent pas le niveau de compétences de base, selon l’UNESCO. » 

La santé, c’est le socle de toute productivité. Sans accès aux soins, aux infrastructures sanitaires ou à la prévention, les familles s’endettent ou renoncent à travailler, piégeant des générations entières.

Enfin, la formation professionnelle est cruciale : chaque année, 10 à 12 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail, mais seuls 3 millions d’emplois formels sont créés, selon la Banque Africaine de Développement. Il y a donc un besoin massif de formation technique, pratique et alignée sur les réalités locales.

C’est à ce niveau que j’ai décidé d’agir : à travers la Fondation Kane, nous avons ouvert des centres de formation professionnelle dans le bâtiment, la mécanique et l’agrobusiness, avec des résultats concrets sur l’insertion de centaines de jeunes, notamment dans des zones rurales. Investir dans l’humain, c’est construire la vraie richesse du continent.

Comment la collaboration entre les secteurs public et privé peut-elle renforcer les actions que vous menez à travers votre Fondation et votre entreprise ?

Seydou Kane : Je suis convaincu que la transformation structurelle du continent ne pourra se faire qu’à travers une véritable alliance entre le secteur public, le secteur privé et la société civile. Le secteur privé a les moyens, l’agilité et la capacité d’innovation. Le secteur public détient la légitimité, les infrastructures et les politiques qui encadrent l’action. Si chacun avance de son côté, l’impact reste limité. Ensemble, en revanche, nous pouvons coordonner les efforts, mutualiser les ressources et éviter les redondances coûteuses.

Prenons l’exemple du Gabon, où le Consortium International des Travaux Publics (CITP) que je dirige, a récemment collaboré avec les autorités locales pour la réhabilitation d’infrastructures scolaires et de centres de santé dans des zones reculées. Grâce à ce partenariat, le secteur public a fourni les terrains, l’autorisation et le suivi administratif, tandis que nous avons apporté l’expertise technique, le personnel et les financements complémentaires. Ce type de collaboration permet d’aller plus vite, d’agir plus efficacement et d’avoir un impact immédiat et durable sur les populations.

« À travers la Fondation Kane, nous travaillons aussi avec plusieurs ministères de la Jeunesse et de la Formation professionnelle pour intégrer nos modules dans les programmes publics et orienter les jeunes vers des filières à fort potentiel. » 

À travers la Fondation Kane, nous travaillons aussi avec plusieurs ministères de la Jeunesse et de la Formation professionnelle pour intégrer nos modules dans les programmes publics et orienter les jeunes vers des filières à fort potentiel. C’est cette logique de co-construction qui doit devenir la norme en Afrique.

Le développement, ce n’est pas une affaire d’un seul acteur. C’est une symphonie où chaque partenaire doit jouer juste et ensemble. 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs et leaders africains qui souhaitent eux aussi investir dans l’humain pour contribuer au développement du continent ?

Seydou Kane : Je leur dirais d’abord de croire en eux-mêmes et en leurs rêves. L’Afrique a besoin de jeunes leaders audacieux et innovants. Je leur conseillerais aussi de ne pas opposer réussite économique et engagement social : les deux sont complémentaires et indispensables pour bâtir une Afrique prospère et inclusive. Enfin, je leur dirais de toujours garder le contact avec la réalité du terrain, d’agir avec humilité et de construire avec les populations et non à leur place.

.....Agence Ecofin

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